12/02/18 - Pavillon Noir - Jour 11 - finir Cijin

Une nouvelle danse d'ensemble dans la boîte,
la révision de tant de journées passées ensemble,
du travail, beaucoup, encore
un horizon qui s'apaise










Lundi 12 février
Midi.

C’est l’heure où j’arrive enfin dans la grande maison.
Et pourtant j’ai trouvé une place plutôt rapidement pour un lundi.

La route depuis Sète paraissait sans faille.
Départ à 8h30 le ventre plein des pancakes que Sylvain m'avait faits.
J’avais prévu de prendre l’autoroute pour ne pas perdre de temps.
La tablette était connectée à l’autoradio avec David Bowie et Tori Amos.
Grand soleil,
des camions certes,
mais deux autres voies peu encombrées qui m’ont permis de dire « Montpellier ! »
puis « Nîmes ! Je suis en avance »
À l’embranchement de l’A54, il y avait bien indiqué que la ville d’Arles était déconseillée
mais je ne faisais que la frôler par l’ouest,
je pouvais donc continuer à hurler « Starman » et « Ashes to ashes » tranquille dans ma dynamique 107.

Sauf que voilà,
les agriculteurs, eux, étaient en colère.
Et je m’en suis vite rendu compte quand j’ai passé le péage de Camargue.
Quelques mètres après la barrière, je me suis retrouvé dans un inextricable bouchon,
causé par lesdits agriculteurs qui avec leurs engins bloquaient l’autoroute dans les environs.

Prendre son mal en patience.
Ne plus espérer passer la troisième avant longtemps,
s’étonner de cette dame qui nous demande de lui laisser de la place parce qu’elle veut faire demi-tour,
volonté tuée dans l’œuf par un gendarme qui a du mal à lui expliquer sans exploser de rire
que c’est impossible et interdit.

Rouler au pas,
couper le moteur,
démarrer,
rouler au pas,
couper le moteur,
démarrer,
accélérer un peu,
envisager une fin,
voir les feux stop des voitures,
couper le moteur ...

Dans une des multiples pauses forcées, j’appelle le Pavillon Noir
pour leur dire de ne pas espérer me voir avant la fin de matinée.
(les gendarmes n’étaient plus là)

Je passe Arles aux alentours de 11h,
et toujours accompagné de ce fidèle David B.,
je finis ma traversée de la Crau,
rejoins le péage de Lançon-Provence,
bifurque sur l’A8 direction Nice,
prends la sortie à Aix-ouest,
traverse la ZAC, puis l’ancienne ZUP
et me gare avenue Ferdinand de Lesseps,
dans un soulagement tenté d’une certaine exaspération.

Je comprends bien que les agriculteurs soient mécontents.
Si seulement, ils avaient pu l’être demain ...

12h10,
je rentre dans le studio Bossatti.
Anaïs arrive dans moins de deux heures
et je vais déjeuner avec Gilian.

Pas le temps de commencer quelque chose.
Je m’adonne à mon activité de secours : le carnet noir.

La boule d’avant-voyage continue de monter,
alimentée par le fait que j’ai prévu trois jours de répétition cette semaine,
ce qui ne me reste qu’une journée pour faire mes affaires,
et par les phrases sibyllines de mes amis de là-bas loin :
Su Ling a finalement répondu à mon mail du tremblement de terre,
finissant son message, après m’avoir dit que tout allait bien, par un « God bless Taiwan, see you soon »
qui me faisait comprendre qu’elle savait que j’arrivais,
mais ne m’en disait pas plus sur d’hypothétiques activités dans son fief.
Quant à Cheng Wei son « there’s something we have to discuss » de la veille me travaillait quand même un peu ...

Alors, Gilian, c’est un prénom qui devrait dire quelque chose à ceux d’entre vous qui suivent ce blog depuis le début.
Elle est à l’origine de l’aventure des kimonos.
Comme elle est particulièrement douée de ces deux mains,
je me suis permis de lui demander si elle pouvait me tricoter un bonnet en coton.
Celui que je porte ici sera bien trop chaud pour l’aventure formosane.
Elle a fait ça en moins de temps qu’il ne faut pour le dire
et après s’être courus après toute la semaine dernière,
nous avions convenu d’un rendez-vous à 13h15 au pied du Pavillon.

13h10.
Je lui envoie un message pour qu’elle me prévienne quand elle est arrivée.
« I’m downstairs »
Une partie de sa famille est britannique et comme elle sait que l’anglais ne me pose pas de problèmes,
elle m’écrit indifféremment dans les deux langues.

Je descends la retrouver.
Elle s’est installée sur les marches des escaliers qui séparent le Pavillon Noir du Conservatoire.
Au soleil.

J’ai emmené la créatrice dans mon circuit méridien habituel,
qui passe forcément par l’endroit où j’achète ma soupe et mon sandwich.
Pour une fois j’ai mangé sur place, et accompagné.
Elle me donne mon nouveau bonnet en fibre de bambou et coton
« Je ferai des photos !
- volontiers ! »

14h,
nous revenons de ma soupe,
Anaïs arrive du parking en même temps que nous.
Gilian nous laisse,
nous montons dans le studio.
Pendant que ma partenaire se chauffe, je lui dis tout le bien que l’on a écrit sur elle,
suite à la diffusion de la vidéo de « la traversée », et par rapport au cours de mercredi dernier.
« texte d’Anne-Gaelle »
« texte de Fabienne »
Elle accepte non sans difficulté les compliments,
ça n’est pas moi qui vais lui jeter la pierre ...

Au travail.
Cijin toujours.
Je fais les modifications auxquelles j’ai pensé depuis jeudi dernier,
je précise des choses qui nous avaient échappé,
je réajuste en fonction des erreurs repérées dans les vidéos,
modifie quelques comptes,
Anaïs désespère devant autant de perversité dans les comptes que je lui donne.
En travaillant avec elle,
qui n’a pas autant d’automatismes dans mon travail que celles qui travaillaient avec moi jusque là
puisqu’elle me connait depuis moins longtemps,
je me rends compte de mon souci quasi maniaque du détail.
Ce regard, cette qualité, ce retard de tête.
Ça n’avait jamais été aussi flagrant jusque là.

On filme.
Plein de fois.
Il y a ses erreurs, ses doutes,
ce visage qui se ferme quand elle n’est pas contente d’elle,
cette moue que je commence à bien connaître
au point de pouvoir l’imiter,
on en rit,
beaucoup,
et c’et bien.

On avance encore sur Cijin,
au point d’avoir fini vers 15h30.

On filme,
encore,
plein de fois,
montage en vue
(ne dites plus rien, je suis perdu ...)


On passe à la révision du reste.
Elle sait tout,
mieux que moi.
Je crois que c’est ce que l’on peut désormais appeler une habitude.
De mon côté, je lutte.
Il y a la boule du départ,
et ces gens qui passent dehors,
et le genou,
autant d’excuses qui font que je rame toujours
pendant qu’elle peaufine quelque chose qui est déjà bien et qu’elle veut faire mieux.
Il y a quand même une ou deux fois où on ne refait ... qu’à cause de moi.
(elle est patiente)
et ça me met un peu mal à l'aise.
Alors quand je sens que le gros y est.
On passe à autre chose.
J’ai encore demain pour régler les comptes avec moi-même (dans tous les sens du terme)
et répéter seul.
Ça me permettra de ne pas m’appuyer sur elle.

Quand je regarde la pendule, il est déjà 17h30.
On a bien bossé et il fait encore jour.
Deux bonnes nouvelles.
On s’arrête là pour aujourd’hui.

18h,
je me suis traîné jusqu’à la voiture.
Mon genou, qui ne fait pourtant plus mal, m’inquiète un peu.
J’espère que ça n’est pas quelque chose de plus grave,
ou une nouvelle douleur chronique qui est en train d’emménager.
Kentucky bird et pipe en cuir vert.
En route pour les embouteillages.


Soirée en somnolence.
Je rentre dans un cycle où je m’endors sur le sofa quinze minutes après m’être réveillé.
Se coucher trop tôt serait un appel à l’insomnie mais je crois que je ne vais plus lutter.

23h.
Journée finie.








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