05/08/2017- 1 - 十鼓 - la découverte
dix tambours,
lieu ô combien atypique,
début d'une jolie journée
partagée entra amis
Samedi 5 août,
12h30,
je passe sous la douche en coup de vent,
persuadé d’être en retard.
Je prépare mon sac,
appareil photo, porte feuille, parapluie
Wan Chu a dit qu’il pleuvrait pleut-être.
Je m’affole.
Je voudrais aller au bar à thé avant qu’ils n’arrivent.
C’est que j’ai rendez-vous avec Wan Chu et Jim tout à l’heure.
Tout a commencé hier matin.
Je passais sur le net après mon petit déjeuner,
et Wan Chu était là.
Elle allait répéter à Tainan et n’en avait pas très envie.
Alors elle regardait son téléphone par distraction, dans le métro qui l’amenait à la gare
et elle était tombée sur moi.
On a parlé de ces gens qui nous font nous lever tôt pour lever la jambe.
Et on n’en a pas dit que du bien ...
Elle a profité de l’occasion pour demander de décaler mon troisième cours chez Solar Site.
Il serait une heure et demi plus tôt.
Pas de souci (ça ferait 12h30 …)
Puisqu’on en était à reparler de Solar, je lui ai dit que j’avais été bien content de l’avoir en cours à mes côtés
mardi dernier.
Elle a répondu par un joli sticker et a vite changé de conversation …
« il y a eu un lieu où j’aimerais vraiment aller, mais je n’en ai pas encore eu l’occasion, tu veux venir avec nous demain ?
- non
- ah .. tu es déjà occupé …
- oh oui, je dois regarder par la fenêtre, aller au Seven Eleven, et regarder par la fenêtre, et prendre une douche, … »
nouveau sticker (un bonhomme qui rit)
« … et puis trouver quelque chose à manger
et peut-être …
regarder par la fenêtre
- pour attraper un oiseau ? … ça me rappelle mes chats … » me répondit-elle.
Après une autre série de divagations (autour des félins cette fois), elle reprit la conversation là où elle l’avait laissée :
« l’endroit est entre Kaohsiung et Tainan.
Je vais demander à Jim comment on peut y aller.
On va peut-être prendre un train, à moins que l’on trouve une voiture …
- vérifions quand même la météo au cas où il y aurait une autre série de pluies
- ah bon ?
- alors on regarde la météo …
et j’ai regardé leur site Web, c’est un endroit très grand et très intéressant.
Et comme je veux te faire une petite surprise, je ne te donne pas l’adresse du site,
juste un indice, c’est à propos de percussions dans la musique chinoise.
- merci de t’occuper de moi
- mais je ne fais rien, j’aime juste passer du temps avec mon ami . Ha ! »
Nous avons repris la conversation le soir :
« Bonsoir,
à propos de demain, disons 13h30 chez toi, si on y va en voiture
- incroyable, justement je me disais que je n’avais pas de tes nouvelles et pof tu apparais (en plus c’était vrai)
je serai en bas de l’immeuble à 13h30
- hahaha ..
et si on n’a pas de voiture, on prendra le train de 13h14.
- ok je me tiens prêt pour 13h alors
- parce qu’il est tard pour demander aux parents de Jim, je te dirai ça demain »
Cette tournure de phrase que je connais si bien.
Je peux lire dans son esprit.
Je lui réponds :
« In wei …. »
Elle rit.
La version française de sa réponse aurait été :
« non pas la peine, on va sûrement avoir la voiture c’est juste qu’il est trop tard pour demander aux parents de Jim maintenant »
Mais il y avait un non à dire donc … « in wei » le fameux « parce que ».
Revenons donc au samedi 5.
Le matin (comme prévu), nous avons eu la confirmation que Jim aurait la voiture de ses parents.
Je sors de la douche en catastrophe,
il est déjà 12h45.
C'est alors que je réalise que …
je m’affole pour rien.
Je n’ai plus besoin d’être en bas à 13h puisque l’on part en voiture … une demi-heure après …
Je me calme,
décide de porter une chemise, plutôt qu’un tee-shirt
et à 13h15,
j’attends l’ascenseur.
J’ai largement le temps d’aller acheter du thé glacé.
Je vais prendre le mélange jade, mon préféré.
13h25,
je repars du bar avec ma jolie bouteille de plastique translucide,
remplie de ma commande.
(tiens .. il faudra que je pense à leur ramener les vides).
Une voiture se gare devant le 331,
c’est eux.
Je m’approche de la vitre du passager,
Wan Chu est en train de m’envoyer un message.
Je bouge un peu pour qu’elle réalise que je suis là.
Elle lève la tête,
sourit,
je rentre de la voiture en les saluant.
« mais tu es déjà là ?
oui, je viens de faire un petit jogging ... tu sais ... histoire de garder la forme ...
(rires)
… non, je suis juste allé acheter du thé
- oooh ! alors j’y vais »
Wan Chu part au bar,
elle voulait aussi s’acheter quelque chose à boire.
Je discute avec Jim :
« qu’est-ce que tu as pris ?
- le mélange jade
- ah ! il y a du thé vert, du citron, du miel, et puis d’autres trucs mais j’sais plus
- je sais, ça n’est pas le plus original, mais j’aime bien …
- alors ce dîner l’autre soir ? »
Je lui raconte un peu comment s’est passé mon dîner d’anniversaire.
Il sourit quand je lui dis que j’aurais bien aimé un verre de vin.
« Il fallait acheter la bouteille ! .. Tu l’aurais emporté avec le reste »
J’aurais pu ... mais je n’ai pas osé.
Manger seul avec mon litron de vin ?
non vraiment, c’était quand même exagéré.
Et puis, je n’avais pas envie d’avoir du vin à l’appart’.
De la bière c’était nettement suffisant ...
Je lui explique aussi pourquoi j’ai dîné seul,
je sais que Wan Chu avait été un peu peinée de la situation.
Il lui dira.
Wan Chu revient.
« Qu’est-ce qu’il fait chaud ! »
Jim me regarde, on éclate de rire
« Heureusement que tu m’as dit de prendre un parapluie
- mais ils ont dit à la météo qu’il y avait 70% de chances qu’il pleuve »
Elle vérifie
« Tainan ... oui ! 70% »
C’est vrai que le temps peut être radicalement différent entre là-bas et ici,
mais on n’y croit pas trop.
En route.
Nous sortons de la ville par l’est pour rejoindre le périphérique.
Je demande à Wan Chu si elle peut demander aux chorégraphes de Solar Site
s'ils peuvent m’envoyer les photos qu’ils ont faites à la fin du second cours :
« Ça me fera un souvenir ..
Et puis j’aimerais en mettre sur le blog
- je demanderai ...
… Ah ! Au fait, les élèves ont beaucoup aimé ton cours !
la chorégraphe m’a dit qu’elle essaierait d’en organiser un autre,
un supplémentaire …
avant ton départ »
Voilà quelque chose qui me va droit au coeur.
Même si le cours supplémentaire ne se fait pas,
l’idée que les élèves y ont pris du plaisir me fait rudement du bien.
Je lui demande comment se passent les répétitions chez Liao Mo Hsi, là où elle allait l'autre matin.
Elle a un peu de mal.
La danse est un mélange de danse classique dans le bas du corps, qui se modernise en haut, tout en gardant les codes de la danse traditionnelle chinoise, notamment dans les expressions du visage,
et c’est surtout là que ça coince.
Les interprétations ne sont pas toujours subtiles,
(on est rapidement dans un style très démonstratif)
il y a de la pantomime,
et les rôles féminins sont souvent ceux de jeunes filles délicates et ingénues.
Quand on sait ce dont est capable Wan Chu en terme de nuance, de demi-teinte, d’intériorisation,
on imagine à quel point, ça peut être un rôle de composition.
« il y a une scène où la situation est presque comme dans la Septième Nuit ...
mais je dois faire des choses, tellement différentes ... »
Alors, pour ceux qui ont raté la saison 5, c’est la Saint-Valentin Chinoise.
L’histoire de deux amants séparés par un sortilège qui ne les permettait de se voir qu’une seule nuit, la septième de la septième lune.
Dans ma pièce, Wan Chu commençait seule.
À l’écran, des images prises à Sizhiwan (dont je vous reparlerai forcément un de ces jours) au crépuscule.
Par dessus les images, des textes de conversation de ses amoureux.
Son solo parlait de l’absence, du manque de l’autre, de ces soucis de décalage temporel.
Sur scène, Wan Chu s’était révélée redoutable.
Je me souviens avoir dit à Élise,
« bon ... la barre est haute, accrochons-nous ... »
On n’avait même ri avec Cheng Wei, le lendemain de la première
parce qu’après le spectacle, tout le monde ne nous avait parlé que d’elle.
On s’était dit que finalement si on ne voyait qu’elle sur le plateau, on pouvait juste faire de la figuration,
un arbre, une pierre … Pas la peine de s'agiter sur des comptes improbables !
Bref, Wan Chu est capable de nous montrer une guerrière malheureuse d’un seul regard
et on lui demandait d’être triste et fragile en forçant le trait.
Elle n’aimait pas du tout.
Il y avait aussi le fait que la chorégraphe, qui a 73 printemps, travaillait à l’ancienne.
Avec parfois des mots très durs dans la répétition.
Je lui dis :
« tu sais moi dans ces cas, j’adopte la politique du chien.
Je range les oreilles, et j’attends que ça passe »
Je n’y arrive pas toujours mais c’est vrai que je m’y emploie.
« tu as surement raison, je prends souvent trop les choses au pied de la lettre »
C’est vrai qu’il y a eu plein de fois où on l'a vu réagir à des choses qui n'en valaient pas la peine
ou prendre des blagues pour des affaires sérieuses …
Je me souviens d’une fois où je l’embêtais, comme toujours,
et où elle s’était mise à pleurer parce qu'elle pensait que je l’engueulais pour de bon ...
« mais si j’arrive à danser ça, j’aurais encore plus élargi ma palette d’interprète »
Belle philosophie sur le travail du danseur.
Professionnel ou pas.
Nous voilà sur l’autoroute, direction Tainan, vers le nord.
On passe Zuoying, Gangshan,
des endroits où j’irai travailler bientôt.
Elle me demande si j’ai déjà visité des musées à Tainan,
je lui dis que j’étais allé à celui de l’écriture et de la littérature chinoise avec Mimi.
Je lui raconte aussi que j’ai visité Meinong, la première année où je suis venu,
c’est là que j’avais appris mes premiers idéogrammes :
porte (« men » comme dans Tian an men),
et main (que j’ai oublié entre temps).
Dans ce coin, on a aussi emmené les françaises en excursion l’an dernier.
Je redoute une question.
Silence.
Une vingtaine de minutes plus tard.
Nous approchons de Tainan.
Wan Chu a son téléphone GPS.
Elle est sensée guider Jim.
Mais visiblement, elle n’est pas super au point.
Finalement, il trouve tout seul.
« C’est là ! Tu as raison
- Nat ... Tu es la pire des copilotes que je connaisse »
On rit.
Alors vous avez peut-être remarqué que je n’appelle pas Jim par son prénom chinois.
C’est parce que je ne le connais pas.
Il n’a jamais voulu me le dire et je n’ai jamais osé lui demander.
Et en fait, Wan Chu préfère qu’on l’appelle Nat, pour Nataly.
Mais j’ai réussi à l’autoriser à la laisser l’appeler Wan Chu … ou miss Su.
Depuis l’autoroute qui surplombe la forêt, on distingue une grande cheminée avec des inscriptions :
十鼓
« tu connais cette cheminée
- je ne crois pas non
- c’est "cheu gou" … »
Je décortique.
Je crois reconnaître la croix :
« alors cheu ... c’est dix ?
ouiiiiii
et « gou » je suppose que ça n’est pas le même que Gushan ?
- mais si! c’est le même ! »
Wan Chu est épatée que je me débrouille comme ça.
Sept étés, j’arrive à déchiffrer deux mots et elle est épatée ?
Elle est surtout adorable ...
« alors Gu ça veut dire tambour ... tu y es déjà allé ?
non, on m’a déjà montré la cheminée mais je ne sais plus à quelle occasion »
On passe une autre bâtisse.
Une sorte de château très européen :
« ici, il y a aussi un musée, cela appartient à un particulier.
Il collectionne des instruments anciens de partout dans le monde,
parfois ils y font des concerts »
Ça serait donc ici qu’on va ?
Non, on passe le parking.
En revanche on se rapproche de la cheminée.
Jim demande à Wan Chu si on doit sortir avant ou après le pont.
« euh … »
on est sur le pont, qui nous fait rater l’entrée de notre lieu de balade.
« c’était là … »
On rit encore.
Après un demi tour et quelques autres écarts de notre itinéraire,
nous nous garons enfin au parking,
au pied de la cheminée.
Dans la petite cahute qui fait office de billetterie, deux jeunes filles souriantes.
Je prépare mon portefeuille (je connais mes hôtes, il va falloir les prendre de vitesse ...).
Une des jeunes filles dit quelque chose à Wan Chu :
« oh ! tu as une réduction parce que tu es étranger ! »
Un sens particulier de l’accueil décidément.
Elle donne d’autres explications.
Je comprends que c’est par rapport à des événements qui se passent à heure fixe.
Nous voilà donc dans 十鼓.
Une idée de génie de conservation du patrimoine aussi bien culturel qu'industriel.
C’est une ancienne raffinerie de sucre de canne.
Ils ont gardé les bâtiments tels quels et ont réaménagé intérieurs et alentours autour d’un thème : les percussions.
C’est aussi une résidence d’artistes (et pas seulement des musiciens),
il y a des expositions (desdits artistes ou pas),
des activités pour les enfants,
des restaurants et peut-être des choses que je n’ai pas découvertes.
Première étape.
Le temple.
Ici, on prie pour tout.
Chez les bouddhistes, il y a une multitude de dieux ayant chacun leur domaine d’intervention.
On bénit les immeubles quand on y pose la première pierre,
les salles de spectacles dans lesquelles on joue,
d’ailleurs toutes les religions cohabitent,
il y a une mosquée à la gare,
depuis ma fenêtre, je vois deux croix latines et le toit d’un temple,
et tout ça se passe ... sans souci.
Donc le temple.
Et une première série de tambours qui sont chacun dédiés à un thème particulier
et au dieu qui s’en occupe (amour, prospérité, fertilité, réussite aux examens ...)
Au centre, un plus gros tambours, qui permet des voeux plus généraux.
Le fonctionnement est simple,
vous faites brûler de l’encens,
vous priez,
vous tapez sur le bon tambour, et le message est envoyé.
Jim est retourné à la voiture pour troquer son parapluie contre un éventail.
C’est vrai qu’il fait une chaleur à crever,
70% de probabilité qu’il pleuve ?
Wan Chu va l’entendre souvent celle-là ...
Pendant ce temps, on se promène un peu dans l’ancienne usine entre silos et entrepôts.
Là par exemple, les anciennes carrioles ont été transformées en tables où les gens peuvent déjeuner.
Quand Jim revient, ils organisent la visite.
Il y a deux choses que Wan Chu veut faire.
Apparemment, ça rentre dans le planning : l’une est à 15h30, l’autre est à 16h.
On a encore un peu de temps avant pour se promener,
et regarder par exemple, ces téméraires braver leur peur en se jetant du haut de ce bâtiment
Il y a plusieurs niveaux de promenade,
au sol, à mi hauteur, et parfois tout en haut.
les silos et les citernes réaménagés sont reliés par des passerelles
On aurait aimé passer par les cailloux,
mais c’était réservé au personnel …
La chance
Nous prenons une autre allée, sans tables, mais plus décorée.
Sur la gauche, là où les portes sont ouvertes,
il y a un atelier de confection de tambours,
où sont expliquées les différentes étapes de fabrication.
Il y en a douze.
Depuis la peau,
au choix de la caisse de résonance,
aux dernières étapes.
Nous avons même la chance de voir un artisan achever la confection d’un des instruments.
Il est en train de couper l’excédent de pot d’un tambour qui a l’air fini.
J’ose demander qu’est-ce qui différencie ces deux tambours.
Wan Chu traduit.
Il sourit et me dit d’aller taper sur celui qui n’en est qu’à l’avant-dernière étape.
Un son mat et sourd sort de mes mains.
Il n’est pas prêt !
On a l’impression que la peau est tendue,
mais il faut la tendre encore.
Mon regard s’éclaire.
Il sourit et se remet au travail.
Mais il ne faut pas trop traîner,
il est presque 15h30,
et d’autres découvertes nous attendent ...
lieu ô combien atypique,
début d'une jolie journée
partagée entra amis
12h30,
je passe sous la douche en coup de vent,
persuadé d’être en retard.
Je prépare mon sac,
appareil photo, porte feuille, parapluie
Wan Chu a dit qu’il pleuvrait pleut-être.
Je m’affole.
Je voudrais aller au bar à thé avant qu’ils n’arrivent.
C’est que j’ai rendez-vous avec Wan Chu et Jim tout à l’heure.
Tout a commencé hier matin.
Je passais sur le net après mon petit déjeuner,
et Wan Chu était là.
Elle allait répéter à Tainan et n’en avait pas très envie.
Alors elle regardait son téléphone par distraction, dans le métro qui l’amenait à la gare
et elle était tombée sur moi.
On a parlé de ces gens qui nous font nous lever tôt pour lever la jambe.
Et on n’en a pas dit que du bien ...
Elle a profité de l’occasion pour demander de décaler mon troisième cours chez Solar Site.
Il serait une heure et demi plus tôt.
Pas de souci (ça ferait 12h30 …)
Puisqu’on en était à reparler de Solar, je lui ai dit que j’avais été bien content de l’avoir en cours à mes côtés
mardi dernier.
Elle a répondu par un joli sticker et a vite changé de conversation …
« il y a eu un lieu où j’aimerais vraiment aller, mais je n’en ai pas encore eu l’occasion, tu veux venir avec nous demain ?
- non
- ah .. tu es déjà occupé …
- oh oui, je dois regarder par la fenêtre, aller au Seven Eleven, et regarder par la fenêtre, et prendre une douche, … »
nouveau sticker (un bonhomme qui rit)
« … et puis trouver quelque chose à manger
et peut-être …
regarder par la fenêtre
- pour attraper un oiseau ? … ça me rappelle mes chats … » me répondit-elle.
Après une autre série de divagations (autour des félins cette fois), elle reprit la conversation là où elle l’avait laissée :
« l’endroit est entre Kaohsiung et Tainan.
Je vais demander à Jim comment on peut y aller.
On va peut-être prendre un train, à moins que l’on trouve une voiture …
- vérifions quand même la météo au cas où il y aurait une autre série de pluies
- ah bon ?
- alors on regarde la météo …
et j’ai regardé leur site Web, c’est un endroit très grand et très intéressant.
Et comme je veux te faire une petite surprise, je ne te donne pas l’adresse du site,
juste un indice, c’est à propos de percussions dans la musique chinoise.
- merci de t’occuper de moi
- mais je ne fais rien, j’aime juste passer du temps avec mon ami . Ha ! »
Nous avons repris la conversation le soir :
« Bonsoir,
à propos de demain, disons 13h30 chez toi, si on y va en voiture
- incroyable, justement je me disais que je n’avais pas de tes nouvelles et pof tu apparais (en plus c’était vrai)
je serai en bas de l’immeuble à 13h30
- hahaha ..
et si on n’a pas de voiture, on prendra le train de 13h14.
- ok je me tiens prêt pour 13h alors
- parce qu’il est tard pour demander aux parents de Jim, je te dirai ça demain »
Cette tournure de phrase que je connais si bien.
Je peux lire dans son esprit.
Je lui réponds :
« In wei …. »
Elle rit.
La version française de sa réponse aurait été :
« non pas la peine, on va sûrement avoir la voiture c’est juste qu’il est trop tard pour demander aux parents de Jim maintenant »
Mais il y avait un non à dire donc … « in wei » le fameux « parce que ».
Revenons donc au samedi 5.
Le matin (comme prévu), nous avons eu la confirmation que Jim aurait la voiture de ses parents.
Je sors de la douche en catastrophe,
il est déjà 12h45.
C'est alors que je réalise que …
je m’affole pour rien.
Je n’ai plus besoin d’être en bas à 13h puisque l’on part en voiture … une demi-heure après …
Je me calme,
décide de porter une chemise, plutôt qu’un tee-shirt
et à 13h15,
j’attends l’ascenseur.
J’ai largement le temps d’aller acheter du thé glacé.
Je vais prendre le mélange jade, mon préféré.
13h25,
je repars du bar avec ma jolie bouteille de plastique translucide,
remplie de ma commande.
(tiens .. il faudra que je pense à leur ramener les vides).
Une voiture se gare devant le 331,
c’est eux.
Je m’approche de la vitre du passager,
Wan Chu est en train de m’envoyer un message.
Je bouge un peu pour qu’elle réalise que je suis là.
Elle lève la tête,
sourit,
je rentre de la voiture en les saluant.
« mais tu es déjà là ?
oui, je viens de faire un petit jogging ... tu sais ... histoire de garder la forme ...
(rires)
… non, je suis juste allé acheter du thé
- oooh ! alors j’y vais »
Wan Chu part au bar,
elle voulait aussi s’acheter quelque chose à boire.
Je discute avec Jim :
« qu’est-ce que tu as pris ?
- le mélange jade
- ah ! il y a du thé vert, du citron, du miel, et puis d’autres trucs mais j’sais plus
- je sais, ça n’est pas le plus original, mais j’aime bien …
- alors ce dîner l’autre soir ? »
Je lui raconte un peu comment s’est passé mon dîner d’anniversaire.
Il sourit quand je lui dis que j’aurais bien aimé un verre de vin.
« Il fallait acheter la bouteille ! .. Tu l’aurais emporté avec le reste »
J’aurais pu ... mais je n’ai pas osé.
Manger seul avec mon litron de vin ?
non vraiment, c’était quand même exagéré.
Et puis, je n’avais pas envie d’avoir du vin à l’appart’.
De la bière c’était nettement suffisant ...
Je lui explique aussi pourquoi j’ai dîné seul,
je sais que Wan Chu avait été un peu peinée de la situation.
Il lui dira.
Wan Chu revient.
« Qu’est-ce qu’il fait chaud ! »
Jim me regarde, on éclate de rire
« Heureusement que tu m’as dit de prendre un parapluie
- mais ils ont dit à la météo qu’il y avait 70% de chances qu’il pleuve »
Elle vérifie
« Tainan ... oui ! 70% »
C’est vrai que le temps peut être radicalement différent entre là-bas et ici,
mais on n’y croit pas trop.
En route.
Nous sortons de la ville par l’est pour rejoindre le périphérique.
Je demande à Wan Chu si elle peut demander aux chorégraphes de Solar Site
s'ils peuvent m’envoyer les photos qu’ils ont faites à la fin du second cours :
« Ça me fera un souvenir ..
Et puis j’aimerais en mettre sur le blog
- je demanderai ...
… Ah ! Au fait, les élèves ont beaucoup aimé ton cours !
la chorégraphe m’a dit qu’elle essaierait d’en organiser un autre,
un supplémentaire …
avant ton départ »
Voilà quelque chose qui me va droit au coeur.
Même si le cours supplémentaire ne se fait pas,
l’idée que les élèves y ont pris du plaisir me fait rudement du bien.
Je lui demande comment se passent les répétitions chez Liao Mo Hsi, là où elle allait l'autre matin.
Elle a un peu de mal.
La danse est un mélange de danse classique dans le bas du corps, qui se modernise en haut, tout en gardant les codes de la danse traditionnelle chinoise, notamment dans les expressions du visage,
et c’est surtout là que ça coince.
Les interprétations ne sont pas toujours subtiles,
(on est rapidement dans un style très démonstratif)
il y a de la pantomime,
et les rôles féminins sont souvent ceux de jeunes filles délicates et ingénues.
Quand on sait ce dont est capable Wan Chu en terme de nuance, de demi-teinte, d’intériorisation,
on imagine à quel point, ça peut être un rôle de composition.
« il y a une scène où la situation est presque comme dans la Septième Nuit ...
mais je dois faire des choses, tellement différentes ... »
Alors, pour ceux qui ont raté la saison 5, c’est la Saint-Valentin Chinoise.
L’histoire de deux amants séparés par un sortilège qui ne les permettait de se voir qu’une seule nuit, la septième de la septième lune.
Dans ma pièce, Wan Chu commençait seule.
À l’écran, des images prises à Sizhiwan (dont je vous reparlerai forcément un de ces jours) au crépuscule.
Par dessus les images, des textes de conversation de ses amoureux.
Son solo parlait de l’absence, du manque de l’autre, de ces soucis de décalage temporel.
Sur scène, Wan Chu s’était révélée redoutable.
Je me souviens avoir dit à Élise,
« bon ... la barre est haute, accrochons-nous ... »
On n’avait même ri avec Cheng Wei, le lendemain de la première
parce qu’après le spectacle, tout le monde ne nous avait parlé que d’elle.
On s’était dit que finalement si on ne voyait qu’elle sur le plateau, on pouvait juste faire de la figuration,
un arbre, une pierre … Pas la peine de s'agiter sur des comptes improbables !
Bref, Wan Chu est capable de nous montrer une guerrière malheureuse d’un seul regard
et on lui demandait d’être triste et fragile en forçant le trait.
Elle n’aimait pas du tout.
Il y avait aussi le fait que la chorégraphe, qui a 73 printemps, travaillait à l’ancienne.
Avec parfois des mots très durs dans la répétition.
Je lui dis :
« tu sais moi dans ces cas, j’adopte la politique du chien.
Je range les oreilles, et j’attends que ça passe »
Je n’y arrive pas toujours mais c’est vrai que je m’y emploie.
« tu as surement raison, je prends souvent trop les choses au pied de la lettre »
C’est vrai qu’il y a eu plein de fois où on l'a vu réagir à des choses qui n'en valaient pas la peine
ou prendre des blagues pour des affaires sérieuses …
Je me souviens d’une fois où je l’embêtais, comme toujours,
et où elle s’était mise à pleurer parce qu'elle pensait que je l’engueulais pour de bon ...
« mais si j’arrive à danser ça, j’aurais encore plus élargi ma palette d’interprète »
Belle philosophie sur le travail du danseur.
Professionnel ou pas.
Nous voilà sur l’autoroute, direction Tainan, vers le nord.
On passe Zuoying, Gangshan,
des endroits où j’irai travailler bientôt.
Elle me demande si j’ai déjà visité des musées à Tainan,
je lui dis que j’étais allé à celui de l’écriture et de la littérature chinoise avec Mimi.
Je lui raconte aussi que j’ai visité Meinong, la première année où je suis venu,
c’est là que j’avais appris mes premiers idéogrammes :
porte (« men » comme dans Tian an men),
et main (que j’ai oublié entre temps).
Dans ce coin, on a aussi emmené les françaises en excursion l’an dernier.
Je redoute une question.
Silence.
Une vingtaine de minutes plus tard.
Nous approchons de Tainan.
Wan Chu a son téléphone GPS.
Elle est sensée guider Jim.
Mais visiblement, elle n’est pas super au point.
Finalement, il trouve tout seul.
« C’est là ! Tu as raison
- Nat ... Tu es la pire des copilotes que je connaisse »
On rit.
Alors vous avez peut-être remarqué que je n’appelle pas Jim par son prénom chinois.
C’est parce que je ne le connais pas.
Il n’a jamais voulu me le dire et je n’ai jamais osé lui demander.
Et en fait, Wan Chu préfère qu’on l’appelle Nat, pour Nataly.
Mais j’ai réussi à l’autoriser à la laisser l’appeler Wan Chu … ou miss Su.
Depuis l’autoroute qui surplombe la forêt, on distingue une grande cheminée avec des inscriptions :
十鼓
« tu connais cette cheminée
- je ne crois pas non
- c’est "cheu gou" … »
Je décortique.
Je crois reconnaître la croix :
« alors cheu ... c’est dix ?
ouiiiiii
et « gou » je suppose que ça n’est pas le même que Gushan ?
- mais si! c’est le même ! »
Wan Chu est épatée que je me débrouille comme ça.
Sept étés, j’arrive à déchiffrer deux mots et elle est épatée ?
Elle est surtout adorable ...
« alors Gu ça veut dire tambour ... tu y es déjà allé ?
non, on m’a déjà montré la cheminée mais je ne sais plus à quelle occasion »
On passe une autre bâtisse.
Une sorte de château très européen :
« ici, il y a aussi un musée, cela appartient à un particulier.
Il collectionne des instruments anciens de partout dans le monde,
parfois ils y font des concerts »
Ça serait donc ici qu’on va ?
Non, on passe le parking.
En revanche on se rapproche de la cheminée.
Jim demande à Wan Chu si on doit sortir avant ou après le pont.
« euh … »
on est sur le pont, qui nous fait rater l’entrée de notre lieu de balade.
« c’était là … »
On rit encore.
Après un demi tour et quelques autres écarts de notre itinéraire,
nous nous garons enfin au parking,
au pied de la cheminée.
Dans la petite cahute qui fait office de billetterie, deux jeunes filles souriantes.
Je prépare mon portefeuille (je connais mes hôtes, il va falloir les prendre de vitesse ...).
Une des jeunes filles dit quelque chose à Wan Chu :
« oh ! tu as une réduction parce que tu es étranger ! »
Un sens particulier de l’accueil décidément.
Elle donne d’autres explications.
Je comprends que c’est par rapport à des événements qui se passent à heure fixe.
Nous voilà donc dans 十鼓.
Une idée de génie de conservation du patrimoine aussi bien culturel qu'industriel.
C’est une ancienne raffinerie de sucre de canne.
Ils ont gardé les bâtiments tels quels et ont réaménagé intérieurs et alentours autour d’un thème : les percussions.
C’est aussi une résidence d’artistes (et pas seulement des musiciens),
il y a des expositions (desdits artistes ou pas),
des activités pour les enfants,
des restaurants et peut-être des choses que je n’ai pas découvertes.
Première étape.
Le temple.
Ici, on prie pour tout.
Chez les bouddhistes, il y a une multitude de dieux ayant chacun leur domaine d’intervention.
On bénit les immeubles quand on y pose la première pierre,
les salles de spectacles dans lesquelles on joue,
d’ailleurs toutes les religions cohabitent,
il y a une mosquée à la gare,
depuis ma fenêtre, je vois deux croix latines et le toit d’un temple,
et tout ça se passe ... sans souci.
Donc le temple.
Et une première série de tambours qui sont chacun dédiés à un thème particulier
et au dieu qui s’en occupe (amour, prospérité, fertilité, réussite aux examens ...)
Au centre, un plus gros tambours, qui permet des voeux plus généraux.
Le fonctionnement est simple,
vous faites brûler de l’encens,
vous priez,
vous tapez sur le bon tambour, et le message est envoyé.
Jim est retourné à la voiture pour troquer son parapluie contre un éventail.
C’est vrai qu’il fait une chaleur à crever,
70% de probabilité qu’il pleuve ?
Wan Chu va l’entendre souvent celle-là ...
Pendant ce temps, on se promène un peu dans l’ancienne usine entre silos et entrepôts.
Là par exemple, les anciennes carrioles ont été transformées en tables où les gens peuvent déjeuner.
Quand Jim revient, ils organisent la visite.
Il y a deux choses que Wan Chu veut faire.
Apparemment, ça rentre dans le planning : l’une est à 15h30, l’autre est à 16h.
On a encore un peu de temps avant pour se promener,
et regarder par exemple, ces téméraires braver leur peur en se jetant du haut de ce bâtiment
Il y a plusieurs niveaux de promenade,
au sol, à mi hauteur, et parfois tout en haut.
les silos et les citernes réaménagés sont reliés par des passerelles
On aurait aimé passer par les cailloux,
mais c’était réservé au personnel …
La chance
Nous prenons une autre allée, sans tables, mais plus décorée.
Sur la gauche, là où les portes sont ouvertes,
il y a un atelier de confection de tambours,
où sont expliquées les différentes étapes de fabrication.
Il y en a douze.
Depuis la peau,
au choix de la caisse de résonance,
aux dernières étapes.
Nous avons même la chance de voir un artisan achever la confection d’un des instruments.
Il est en train de couper l’excédent de pot d’un tambour qui a l’air fini.
J’ose demander qu’est-ce qui différencie ces deux tambours.
Wan Chu traduit.
Il sourit et me dit d’aller taper sur celui qui n’en est qu’à l’avant-dernière étape.
Un son mat et sourd sort de mes mains.
Il n’est pas prêt !
On a l’impression que la peau est tendue,
mais il faut la tendre encore.
Mon regard s’éclaire.
Il sourit et se remet au travail.
Mais il ne faut pas trop traîner,
il est presque 15h30,
et d’autres découvertes nous attendent ...





















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