15/08/18 - Taiwan été 2018 - Jour 20 - Au bord de mer de la mer de Chine avec miss Double T


Balade au bord de mer,
avec une jeune fille qui a beaucoup de choses à faire et à dire
un dîner tranquille,
au sein d'une famille taïwanaise ... comme les autres 








Mercredi 15 août, 14h


« So ...
here is the Taipei guest's schedule :
Wednesday afternoon (I have rehearsal in the morning), probably go to Taoyuan with Mr Chief, and then have small trip to some nature site or coffee with Ms Tea tea and her grand parents,
then Mr Producer come to meet us in the night, then we drive back to Taipei.

Thursday morning, would you like to give a workshop to Dancecology members and friends?
and then we have a big reunion lunch with uncle C »

Pendant la semaine pluvieuse, j’ai annoncé ma venue à Taipei à Hsiao-Yin et comme tout bon hôte taïwanais qui se respecte, elle a organisé mes quelques jours dans la capitale en m'envoyant le message ci-dessus
(que les non anglophones ne s'inquètent pas, la traduction arrive … plus tard)

Hsiao-Yin …
Dans le précédent article, je vous avais promis que je vous raconterais comment j’ai rencontré cette artiste taïwanaise.

En 2012, lors de la résidence dont je vous parlais aussi dans le texte précédent, j’avais donné un stage et des ateliers.

Y avaient participé des danseurs de différentes universités et aussi un groupe qui en fait, constituait une compagnie.

J’ai très vite sympathisé avec sa chorégraphe Peng Hsiao-Yin.
(et si vous voulez en savoir plus sur notre collaboration, c’est dans ce texte-ci)

Hsiao-Yin m’avait notamment invité à un spectacle de la Cloud Gate Company,
compagnie qui est, en terme de notoriété, l’équivalent d’un Béjart Ballet pour Taïwan.
Les quelques extraits de chorégraphie de la Cloud Gate que j’avais vus à la télé m’avaient déjà particulièrement marqué.
La danse de Lin Hwai-Min, le chorégraphe en chef (qui vient de passer le flambeau) me correspond totalement, aussi bien dans le rythme que dans la fluidité.

Certains trouveraient portant tout ça bien trop lent en Europe.

J’ai donc été ravi de l’invitation de mon amie taïwanaise, d’autant que ce soir-là, ils jouaient « Nine Songs », pièce phare de la compagnie.

Inspirée de neuf chants traditionnels, cette pièce était un mélange de danse chinoise et de danse contemporaine à la sauce Lin Hwai-Min.

Du pur bonheur.

Il faut que je vous parle de la scénographie de ce spectacle, tant elle était ... au delà du grandiose.

Déjà dès le début, un vrai bassin avec des vrais lotus occupait tout le proscénium.
Cheng Wei (qui a fait partie de la compagnie) m’a expliqué qu’ils les faisaient religieusement pousser à l’endroit où la compagnie travaille et qu’ils les transportaient à chaque spectacle.
Ensuite et surtout, il y a le final:
alors qu’une immense lune occupait le rideau de fond de scène, les danseurs amenaient des bougies sur le plateau.
Quatre.
À chaque fois.
Créant une danse faite exclusivement de marches élégantes et de lumières flottant dans l’espace jusqu’à se poser délicatement sur le plateau.

Et puis, certains danseurs ont commencé à apparaître derrière le rideau du fond de scène,
en transparence,
toujours avec des bougies,
toujours quatre à chaque voyage.

Petit à petit, on sentait qu’une forme se construisait (du moins pour moi c’était évident).
Et dans les dernières secondes, le rideau de fond s’est levé, laissant se déverser une rivière de lumière qui arrivait depuis le fond de l’immense théâtre.

800 bougies ...

Les 25 danseurs (je les ai comptés pendant les saluts) avaient fait huit fois l’aller retour depuis la coulisse pour créer ce décor, avec lequel ils n’ont rien fait,
juste saluer.
Une dernière offrande à nous, public.
Un moment inoubliable.

Pour en revenir à Hsiao-Yin.
Pendant les dix jours que nous avons passés ensemble en 2012, je lui ai transmis, à elle et aux danseurs qui l’accompagnent, le matériel de la chorégraphie qui était alors en gestation « notre Sisyphe » et nous avons travaillé sur le matériau de la dernière partie de la pièce, que je n’avais pas encore écrite.
J’aurais aimé qu’ils dansent cette pièce je crois.
(mais si vous avez lu l’article auquel je faisais référence tout à l’heure, vous savez déjà tout ça)


Depuis cette aventure, nous sommes restés en contact.

Et à chaque voyage, je tâche de passer leur rendre visite.
Ce séjour ne dérogeait pas à la règle et donc, comme je vous le disais au tout début, Hsiao Yin avait organisé tout mon séjour :

Mercredi matin : repos (elle est en répétition)
Départ en début d’après-midi pour une balade en famille au bord de mer
Jeudi matin 9-11:30 : cours à la compagnie puis déjeuner avec les danseurs
Après je suis off jusqu’à mon retour dans le sud samedi.
C’est étonnant comme ici, quand vous avez travaillé avec quelqu’un, même s’ils sont devenus des amis, c’est rare que l’on ne vous propose pas un petit quelque chose ...
(peut-être que ça n’arrive pas à tout le monde en même temps)


Nous sommes donc mercredi, il est 14h et Peng Hsiao-Yin prépare ses affaires.

J’ai comaté toute la matinée pendant qu’elle répétait et je me mettais en route tranquillement quand elle a déboulé calmement dans la maison.
Il y avait donc un changement de programme.
Pour les anglophones, vous avez lu plus haut que nous devions partir avec Chief (de son nom chinois Chi-Fu), le frère de la chorégraphe overbookée,  pour rejoindre le grand-père de la petite Cha Cha, qui était notre guide pour l’excursion de l’après-midi.
(c’est compliqué tous ces prénoms hein ?
En plus court, ça donne : je devais partir avec le frangin de ma pote rejoindre leur père qui allait nous emmener en balade.
Il y avait avec nous, un charmant bambin, la fille de ma copine)

Finalement, Hsiao-Yin a eu le temps de passer par chez elle après sa répétition.

Nous partirons donc tous les deux, laissant Chief vaquer à ses occupations.

Voilà, son sac est prêt.

Nous quittons l’appartement.
Pour la première fois, je ne quitte pas le quartier en métro ou à l’arrière d’un scooter, mais en bus.
Nous passons donc devant la station Dingxi et allons un peu plus au sud attendre à l’arrêt.

La ligne que nous allons emprunter dessert Taoyuan, la ville de l’aéroport.
C’est là que la famille Peng habite.
Comme mes cartes de transport sont valables partout, je monte crânement dans le bus comme n’importe quel autochtone.
Le temps du trajet, Hsiao-Yin me raconte un peu ce que devient sa compagnie.

Ils font de plus en plus de choses en plein air et elle se spécialise dans la vidéo danse.

Bk fait déjà des photos somptueuses, à eux deux ils doivent faire un boulot fabuleux.

Quand nous arrivons à Taoyuan, nous devons attendre un moment.

Le grand-père a un peu de retard.

« Tu verras, Cha Cha, c’est un phénomène »
Hsiao-Yin n’exagérait pas :
quand nous montons dans la voiture, la petite fille est pleine conversation avec son grand-père, et ça a l’air très sérieux.
Je m’installe à l’avant aux côtés du grand-père pour que mes retrouvailles avec la jeune fille ne soient pas trop ... violentes.
Il faut dire que l’an dernier, quand on s’était croisé, elle avait surtout eu très peur de ce grand bonhomme beaucoup trop bronzé pour être honnête.
Les deux dames étaient donc à l'arrière.
Cha Cha retrouvait sa mère et avait visiblement beaucoup de choses à lui dire, à elle-aussi.

La jeune maman n’est pas encore installée que le premier « Mama » retentit, suivi d’un tout un tas de choses que je ne comprenais pas plus que le dialogue précédent avec le grand père.

« hello miss Double Tea ! »
(oui le prénom Cha Cha n’a rien à voir avec une danse latine, la jeune fille s’appelle Thé Thé, double Thé m’est apparu comme une évidence dans un pays où on aime les surnoms)
La jeune fille me regarde.

On sent bien que mon visage ne lui est pas inconnu.
Sa mère lui souffle la réponse : « Hello ! »
Elle ne dit rien.

Elle observe.
Puis, elle revient à la discussion qu’elle avait commencé avec sa mère comme s’il ne s’était rien passé.

Elle avait quand même des journées entières à lui raconter et c’était bien plus important que de dire bonjour en anglais à un inconnu.

Nous quittons la ville pour aller vers la mer.

Là, j’entends la jeune fille bredouiller des choses qui semblent être de l’anglais.

Je me retourne.

Elle était effectivement en train de me parler.
C’est que, du haut de ses deux ans, la jeune Cha Cha a déjà fait quelques voyages, dont un séjour en Australie.
Et sa troisième grand-mère, Elisabeth Cameron, une danseuse australienne, toujours en activité, qui a elle fêté ses quatre-vingt printemps il y a déjà quelques années, lui a parlé en anglais.

C’est donc en toute logique que Cha Cha m’ayant entendu parler avec sa mère, un langage similaire à celui de sa troisième grand-mère, a décidé d’entamer le dialogue, dans ce qui devait être ma langue.

Cette jeune fille a tout compris.



Après avoir traversé un port de pêcheurs, nous avons garé la voiture, et traversé un joli petit parc avant de rejoindre la mer.


Le ciel est gris aujourd’hui ...

Dommage.




Nous nous installons dans les rochers pendant que Cha Cha s’invente des histoires.



Je fais remarquer à sa mère que nous avons déjà affaire à une danseuse.

Elle éclate de rire.

Pour l’instant, on veut surtout que sa fille soit heureuse et qu’elle se fabrique de beaux souvenirs.



Son grand-père va la rejoindre.




Il lui trace un chemin sur le sol, lui raconte des choses,
et revoilà la jeune fille embarquée dans de nouvelles aventures.



Je profite de l’air marin, espérant qu’il me donne un plein stock d’énergie,

(je me trouve encore bien fatigué ces jours-ci) tout en continuant à discuter avec Hsaio-Yin de nos projets respectifs.
L’idée des chroniques lui plait.

Elle va essayer de venir nous voir (la famille de Bk est de Kaohsiung).

Je suis presque certain qu’elle ne pourra pas.

Un week-end de libre ? dans son emploi du temps de ministre ?
Enfin bon, disons que si elle vient, ça serait une bien belle surprise.

Nous passons la soirée chez les Peng.
En guise d’apéritif, nous avons eu un spectacle de Cha Cha.

Sa grand-mère était professeur de piano.

La jeune fille s’est donc lancée dans une performance gestuelle et musicale allant du piano droit au plancher, en passant par ses jouets, le tout dans une démarche résolument contemporaine.
Quand son père, le fameux Bk, est arrivé juste quelques minutes trop tard,

j’ai bien senti sa cruelle déception de ne pas avoir assisté à l’événement
(lui qui doit assister consciencieusement à toutes les créations de sa fille, quelque soit le moment, quelque soit l’endroit).
A suivi un dîner familial comme je les aime.
Tout un tas de choses sont posées sur la table : viandes, poissons, légumes
et tout le monde pioche et fait son mélange dans son bol de riz.

(bon, je dois vous avouer que j’ai fait l’impasse sur le poisson ... le dépiauter avec des baguettes était au dessus de mes forces)

Puis est venu le moment de rentrer à Taipei.

Comme Hsiao-Yin est en pleine création, la petite Cha Cha reste souvent chez ses grands-parents.

La séparation a bien-sûr été rude. :
« je veux aller à Taipei » disait-elle en boucle d’une voix sanglotante.
Cependant, je sentais bien que les parents étaient au bord du fou rire.
Quelque chose m’échappait dans l’histoire, je le saurais sûrement plus tard.

Une fois la jeune fille consolée, Cha Cha et son grand-père nous ont accompagné à la voiture,
et nous avons réussi à nous enfuir entre deux accalmies de pleurs :
« on se revoit samedi » lui a dit sa mère avec beaucoup de tendresse

Un retour à la capitale où le rire ne nous a pas quittés.

Blagues en deux langues, plaisanteries sur le fait que Bk aime presque plus sa voiture que sa femme et sa fille, et donc explication de « je veux aller à Taipei »
En fait, dans une des sitcoms taïwanaises relatant la vie de jeunes filles provinciales rêvant d’aller à la grande ville, quand l’une des filles du groupe réussit à partir et que les autres restent, cette phrase revient très régulièrement dans la bouche des actrices et souvent, entre deux séries de sanglots,
à l’instar de la petite Cha Cha qui avait semble-t-il exactement la même intonation qu’une des actrices.

D’où le fou rire contenu.

Arrivés à la maison, nous avons fini la bière entamée la veille
(si si un demi-litre à deux ! .. en deux jours)
et nous nous sommes couchés tôt.


Demain, Bk part de chez lui avant 8h.

Quant à Hsiao-Yin et moi, pour être opérationnel à 9h au studio, il ne fallait pas nous plus que l’on traîne.

Ah !
Pour les anglophones, vous vous demandez peut-être qui Hsiao-Yin appelle Mister Producer.
Ou alors peut-être que vous avez déduit (parce que vous êtes particulièrement perspicaces) que Mister Producer était Bk et vous vous demandez alors pourquoi elle l’appelle comme ça.
Et bien c’est à cause de moi.
Bk est l’administrateur de la compagnie que dirige Hsiao-Yin, et quand je dansais pour elle, je l’appelais « mister Producer » prétextant que j’en avais peur parce que c’était lui qui nous payait.
Il faudrait que je fasse gaffe à ce que je dis parfois …





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