16/08/18 - Taiwan été 2018 - Jour 21 - Un cours le matin et Zhuwei le soir
avec mes anciens copains de jeu
une petite sieste,
un pèlerinage
Je suis sous la douche.
Bk y est passé juste avant moi et Hsiao-Yin prépare déjà ses affaires.
Nous partons tous les trois aux alentours de 8h.
Bk va travailler, nous allons prendre le petit déjeuner dehors.
Petite balade dans le quartier qui en est déjà à la fin de son éveil, il ne fait pas encore chaud.
Nous entrons dans un snack de la Ren Ai Road.
Je prends du thé (bien-sûr) et des toasts au poulet fumé.
Comme la plupart des gens, nous parlons peu.
Tout le monde est encore ensommeillé et espère que la dose d’énergie préparée par les cuisines, d’où émanent les seules rumeurs un peu dynamiques, vont nous mettre en route pour une belle journée.
8h30,
je suis installé à l’arrière du scooter.
Hsiao-Yin and the heavy man.
Je suis en effet une charge un peu lourde pour le petit deux roues de ma collègue.
Mais elle a l’habitude.
Du moins, elle l’avait.
Nous avons fait ce voyage plus d’une fois quand je travaillais pour elle.
8h50,
Nous nous garons devant l’école primaire dans laquelle la compagnie a un studio de répétition.
Je reconnais quelques danseurs devant le grand portail :
Pei Pei, dont le prénom m’a toujours fait rire,
la sculpturale Yi-Chin cachée derrière ses grosses lunettes de vue comme si elle faisait tout pour s’enlaidir,
et puis Fu Rong, que j'appelle Fu Fu, avec lequel j’avais un bien joli duo.
Un danseur aux pieds aussi beaux que les miens ne sont pas faits pour la danse.
(enfin .. c’est ce qu’on m’a dit souvent ...)
Il y a deux autres filles.
Une que j’avais croisée à ma sortie de résidence en 2012, et qui me semble-t-il avait participé à un ou deux ateliers et une autre que je ne connais pas.
C’est une étudiante me dit-on.
Un de mes anciens camarades de jeu manque à l’appel.
Pong Pong, que j’appelle mister Pong parce que ça me fait penser à James Bond et que je trouve que ce surnom ne lui va pas du tout,
(c’est vrai quoi ! Pong Pong ... quand tu as dix ans ça va ! Mais 20 ans après ...)
Danseur et professeur de claquettes hors pair, il partage sa vie entre Taipei et Kaohsiung.
Il doit probablement être dans le sud.
Dommage.
Nous montons tous au studio au deuxième étage de l'école.
Ceci est bien une école ... primaire.
Avec son terrain de sports intégré qui reste ouvert le soir pour que les habitants du quartier puissent en profiter ...
9h10, on attaque le cours.
Les cours « compagnie » m’impressionnent toujours (disons encore plus que les autres),
alors ici à Taïwan, avec mes anciens collègues, qui ont été bien compréhensifs avec le vieux danseur qui les accompagnait dans leur création, je me sens tout petit.
Mais je tente de donner le change.
Tant qu’ils y prennent du plaisir …
On ne finira que vers midi.
J’ai dépassé ... comme d’habitude.
La variation a particulièrement convenu aux filles.
Bon Fu Fu est très bien aussi mais quand même Yi-Chin et Hsiao-Yin étaient vraiment magnifiques.
Ça m’a donné envie de retravailler avec elles.
Sur un projet futur ?
Qui sait !
(vous avez remarqué l’habile variante du traditionnel « on verra bien » ? )
Alors peut-être avez-vous remarqué sur la vidéo, une personne couchée au fond du studio ?
C’est la jeune étudiante dont je vous parlais tout à l'heure.
On m’a dit de ne pas en tenir compte.
J’ai obtempéré …
Cela m’a fait plaisir de retrouver mes anciens camarades de jeu.
Je me souviens des moments vécus dans cette école.
ou sur scène
Et aussi avec Hsiao-Yin à ma sortie de résidence en 2012 ...
Je crois que c’est là qu’elle a eu envie que je danse pour elle.
Quelle riche idée elle a eu là.
On déjeune dans un restaurant japonais tout proche.
Il a l’avantage d’avoir des menus avec photos (pas besoin de traduction) et comme la commande est prise sur une machine automatique, je peux presque me débrouiller tout seul.
(entre nous, j’ai quand même demandé à mes amis de me confirmer que j’appuyais sur les bons boutons).
Le repas est convivial.
Beaucoup de rires, comme d'habitude,
beaucoup de Google translator, comme d'habitude aussi.
Chaque fois que je les vois, c'est un peu comme si je ne les avais jamais quittés.
Pourtant ...
L’après-midi a l’air chargée pour tout le monde.
Ça discute sérieusement en mandarin au moment de se quitter.
C’est qu’ils ne pouvaient pas me laisser comme ça, en me montrant l'arrêt de bus le plus proche.
Si personne ne retourne vers Dingxi, quelqu'un doit m'en rapprocher.
Finalement mon taxi scooter de retour sera Chief, le frère de Hsiao-Yin, qui nous avait rejoint pour le déjeuner.
Il va me déposer à une station de métro (une nouvelle ... il faudra que je fasse gaffe à ne me pas tromper comme avant-hier)
14h30 (et des poussières),
je suis de retour à Dingxi.
Je m’accorde une petite sieste.
Il fait trop chaud pour faire quoi que ce soit d’autre de toute façon.
Je déciderai de ce que je ferai de ma soirée en fonction de l’heure où je me lève.
Finalement, je dors deux petites heures.
Ce qui me laisse juste le temps de faire un de mes pèlerinages préférés :
Zhuwei et son coucher de soleil, le long du fleuve Tamsui.
Douche rapide,
appareil photo et sac marron,
je pars vers la station de métro en faisant un crochet par le Seven Eleven pour m’acheter une bière.
Alors avant, pour aller à Tamsui, j’avais juste à m’asseoir et à attendre une petite heure.
Maintenant il faut que je change de ligne.
Tant pis.
Mais j’ai deux ou trois possibilités de correspondance.
Et comme il est encore assez tôt, les bureaux étant loin de leur heure de fermeture, les métros ne sont pas encore bondés.
Vu que j'ai le choix,
(oui parce que s'il y avait eu du monde, j'aurais calculé le parcours où j'avais le plus de chances d'avoir une place assise voyez ?)
j'opte pour ce qui me paraît le plus pratique : changer à Guting.
Ça se fait de quai à quai et la plupart du temps, les rames des deux lignes sont en réelle correspondance.
Vous sortez, vous traversez le quai et vous prenez la rame qui vous attend sur la voie d’en face.
Plus pratique que ça, y a pas.
En plus c'est la station juste après Dingxi.
Je ne peux pas trouver mieux.
Mon sac marron lesté de ma canette de bière,
je prends la ligne jaune comme d’habitude et je m’arrête à la station suivante.
Je traverse le quai, saute (calmement) dans la rame d'en face,
et je suis prêt à traverser la ville, assis confortablement près d’une fenêtre dans la ligne rouge.
Pour rejoindre Zhuwei, cela va prendre une grosse demi-heure.
Un quart d’heure sous le centre-ville et puis on rejoint l’air libre.
Le métro aérien m’impressionne toujours un peu ici.
Il est parfois très près des immeubles (pauvres habitants) et croise le couloir aérien qu’empruntent les avions pour atterrir à l’aéroport de Zongshan, qui est en pleine ville.
(oui ! c’est très dangereux ...)
La ligne sillonne ensuite de quartier en quartier dans ce que j’appelle la section des « ch ».
La plupart des noms de stations commencent par « ch » ..
Sauf que ça ne s’écrit jamais ch.
Il y en a qui commencent par Q, d’autres par Sh.
On s'arrête ensuite à Beitou où l’on peut prendre une navette pour aller vers des bains,
puis à Fuxinggang, qui est plus facile à prononcer qu’il n’y paraît
(du moins c'est ce qu'il me semble quand la dame annonce la station car honnêtement je n’ai jamais essayé de le dire),
et nous rejoignons le fleuve Tamsui à Guandu.
C’est là où l’on descend pour aller à la Taipei National University of Arts, la fameuse TNUA, qui envoie des danseurs partout dans le monde.
Voilà, la station d'après, c'est Zhuwei.
J’ai toujours un pincement au cœur quand j’entends les voix du métro annoncer ce prochain arrêt.
Je me souviens de la toute première fois où je l’ai vécu.
J’avais mon gros sac noir et j’allais m’installer au Bamboo Curtain Studio pour cinq semaines de résidence.
J’étais accompagné de Chia Mei, l’assistante de la directrice du lieu.
C’est fou comme ces personnes sont importantes.
Celles qui t’emmènent dans un lieu pour la première fois.
De là, je rejoins la rivière par le petit chemin qui longe le canal.
Et voilà.
Le kiosque, les quelques marches, la rivière, l'embarcadère pour des bateaux croisière
C'est comme ça que l'a appelée Margaret Shu, la directrice du Bamboo Curtain Studio.
Lors de son discours de bienvenue, elle nous avait raconté (je dis nous car nous étions trois artistes en résidence au même moment), que cette montagne changeait de couleur tous les jours.
En fait, c’est le ciel qui lui donne des reflets qui peuvent effectivement être différents d’une journée à l’autre.
D’ailleurs, à l’instar du Gushan, elle peut disparaître dans les nuages les jours de fortes pluies et de typhon.
Mais là, ça n’était pas le cas.
Je m’installe sur la plus haute des marches et je contemple ce paysage que je connais par cœur.
Le petit canal qui se jette dans le fleuve, les barques qui attendent les pêcheurs,
le marais, ses plantes, ses oiseaux, ses petits crabes,
au loin le port de Tamsui et la mer de Chine, en face le quartier de Long ching (qui signifie « qui a la forme d’un dragon)
où ses immeubles, un peu trop modernes pour moi pour cet endroit, sont déjà à l’ombre de la montagne,
alors que le soleil envoie ses reflets sur les bâtiments de Hongshulin le prochain arrêt du métro
et la ligne électrique qui traverse hélas le paysage.
J’ai fait comme partout ailleurs,
à Cijin, à Sizhiwan,
je me suis assis et j’ai attendu.
Le bruit de l’eau,
des vélos,
quelques discussions de passants,
quelques aboiements de chiens jaunes guettant une hypothétique nourriture à chaparder,
et le ciel ...
qui nous offrait un de ces cadeaux.
J’ai laissé passer le crépuscule et je suis rentré à la nuit tombée par le même petit chemin qu’à l’aller.
Peu de monde dans le métro aux premiers stations,
quelques étudiants à Guandu,
un peu plus de monde à Beitou,
la rame s’est remplie dans la section de Ch, surtout à Shipai où il y a un night market.
Là, les odeurs de friture, de viandes, de poissons, envahissent les rames.
Tout le monde a ses petits sachets de nourriture, ses boissons et se raconte des choses que je ne comprends pas mais que j’imagine être des résumés de journée, des potins de bureau, de lycée, de fac ...
On n’est content d’avoir trouvé une place assise avant.
J’ai pris la ligne jaune à Mingqian West Road pour changer.
Il faut marcher un peu, mais j’avais envie de me retrouver dans la foule des taipéiotes rentrant chez eux à toute vitesse pendant que moi, je pouvais prendre mon temps.
(cette envie ne m’arrive que très rarement, rassurez-vous)
Je ne suis pas descendu à Dingxi mais à Yonghe, la station suivante.
Au cœur des quartiers sud de la ville.
C'est là que l’agglomération de Taipei a le plus fort nombre d’habitants au mètre carré m’a-t-on dit.
J’aime bien aller jusque là de temps en temps, pour les mêmes raisons que celles qui me poussent à traîner dans les stations de correspondance à une heure où la foule occupe tout espace possible.
Mais j’aime aussi Yonghe parce que l’on peut, en regardant un tout petit peu mieux, faire des photos comme celles-ci.
Demain, je suis totalement off.
Je me demande ce que je vais faire.















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