27/08/18 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 2 - Retrouver Wan Chu et les solos des chroniques


C'est toujours agréable de retrouver une amie
C'est tout aussi agréable de retrouver des danses
Premières répétitions en mouvement
qui augurent de belles choses pour les quinze jours à venir








Lundi 27 août, 6h30


Bien que je me sois couché beaucoup trop tard à cause de ma sieste vespérale inopinée, j’ai bien les deux yeux ouverts alors que la lumière peine à s’installer sur Kaohsiung.

Luis fait encore des siennes et même si on peut aller travailler, Gushan n’est toujours pas réapparue et les équipements de pluie sont de rigueur.


Après avoir petit déjeuné, je rédige un article pour le blog, me demandant comment je vais aller jusqu’au bout de la journée vu le peu d’énergie et le trop plein de douleurs dont m'alerte mon corps,
d’autant que je suis un petit peu patraque du côté des intestins ce matin.


Je pars au dernier cours avec les petits diables du studio de Hsu Ling avec dix bonnes minutes de retard.

Mais j’ai de la chance.
Le bus est arrivé juste à temps pour que je puisse dire « hello » en faisant coulisser la grande porte à 10h pétantes.

Mes sympathiques stagiaires sont tous là.
Ils sont prêts et juste à l’opposé de moi du point de vue énergétique.

Ça saute, ça fait des roues, ça rit.

On est loin de l’intimidation des premiers jours.

Heureusement, leur humeur est communicative et je traverse les deux heures en leur compagnie avec grand plaisir sans trop puiser dans mon capital énergie.

Il faut dire qu’après une semaine d’apprentissage, ils sont presque autonomes.
C’est surtout ma voix qui travaille.

Un petit quart d’heure avant la fin du cours, on filme la variation.
(vous l’avez vu dans cet article-ci).

Je comptais le faire au dernier moment, mais le jeune Oscar et sa toute petite sœur devaient partir plus tôt.
Oscar est facile à repérer, sa soeur, ça n’est pas compliqué, elle a la taille de ma jambe.
C’est la plus jeune et la moins grande.

Une famille de danseurs nés.
Sans ces deux-là, ça n’aura pas eu la même saveur …


Je les ai donc filmés avant leur départ.

12h20,
je suis dans l’ascenseur.

D’habitude à cette heure-là, je suis dans le métro.

Ça n’est pas trop grave car aujourd’hui Cheng Wei ne vient pas me chercher.

Il n’a pas cours ce matin.

Je pensais qu’il se reposait mais un SMS reçu pendant que j’allais vers l’est sous terre avec la ligne orange, me révèle qu’il en est rien.
Il sera en retard, son meeting s’éternise.
À la manière dont il écrit, j’ai l’impression qu’il m’avait parlé de ce rendez-vous, mais vraiment je ne m’en souviens pas.
Peut-être pense-t-il l’avoir fait ?
Dans ces périodes chargées où les échéances approchent, ce genre de choses arrive si souvent
(en tous cas, à moi, ça m’arrive tout le temps).

À la sortie du métro Fongshan, je passe au Seven Eleven acheter de quoi me faire un déjeuner et je vais au studio sous une pluie battante.

Je suis à peine arrivé que, derrière une voiture sombre, apparaît Wan Chu dans un imperméable rose.
Mais vraiment rose.

Ce qui me fait rire.

Forcément.

On a dîné chez elle samedi soir.
Désolé je n’ai aucune trace de cette soirée dans mes carnets et c’est bien dommage,
mais je l'ai noté dans mon emploi du temps et ça n’est pas une erreur parce que je me souviens que l’on a attendu le dernier moment pour se décider à ne pas annuler à cause de Luis (oui ! encore elle) et des trombes d’eau qu’elle déversait sur le centre-ville.

Puisque Cheng Wei est en retard, cela nous donne l’occasion de discuter, juste tous les deux.

J’aime bien ces moments.

D’autant qu’avec Wan Chu, ils sont particulièrement rares.
 
Vu qu’elle a des élèves de la même classe d’âge que ceux que j’ai croisés une dernière fois ce matin-là, on parle des jeunes taïwanais
.
Et puis aussi des ados, qui, s’ils sont quand même bien moins compliqués que les européens, ne sont pas non plus faciles à gérer ici.

Wan Chu me demande quelle est la durée habituelle des cours en France.

Je lui explique que l’on est plutôt sur des cours d’une heure pour les plus jeunes,
et que l’on passe à 1h30 quand les choses deviennent sérieuses, mais que la tendance est à raccourcir les cours à 1h15.
(et d’ailleurs une proposition d'une intervention de cette durée m’a été faite pour la rentrée ...

j’ai imposé 1h30 …
et je pense qu’ils ne me prendront pas ...
mais ça m’est égal)
Wan Chu est étonnée :
« comment peut-on tout faire en 1h15 ?
- tu sais, moi j’ai déjà du mal à être satisfait tant qu’un cours n’approche pas les deux heures alors ...
- c’est vrai »
Elle rit.
« C’est pour ça que le cours que tu donnais ce matin durait 2h ? »
Là, c’est le contre-exemple parfait.

Avec des élèves si jeunes, je trouve ça bien trop long.

Mais ... j’ai fait ce que l’on m’a demandé
(et, même si mon corps et mon cerveau ne me disent pas merci, il faut bien avouer que financièrement ça m’a bien arrangé)

Elle me parle de la Solar Dance Company, où elle est danseuse et assistante.

Il avait été question que je travaille avec eux mais je n’ai jamais eu de nouvelles.
(je vous en avais parlé ici)

J’ai enfin le fin mot de l’histoire.

Ça n’est pas qu’ils n’ont pas voulu donner suite mais ... ils n’avaient pas eu les moyens financiers de mener à bien le projet et n’avaient pas osé me le dire.

Je suis un peu déçu bien-sûr mais surtout étonné.

Ne pas oser me dire qu’ils n’ont pas eu de subventions ?

C’est une des excuses préférées en France.

Que ça soit vrai ou non, cela permet de botter en touche en incriminant ces méchants décideurs,
même si on découvre quelques mois plus tard que l’argent est finalement arrivé ... mais pour quelqu’un d’autre.
Encore une différence entre nos deux pays : la façon de communiquer.

Les non-dits sont parfois plein de poésie mais pour le travail, ça n’est pas le plus simple.
Elle est bien d'accord.
Même pour elle qui a pourtant l'habitude, ça n'est pas toujours facile.
Puisqu'on en est à évoquer ce sujet, on reparle de Su Ling à Tsoying bien sûr.

Wan Chu non plus ne comprend pas pourquoi je n’y bosse plus autant qu’avant.
Ça n'est pas gai tout ça.
Surtout dans une semaine de pluie.
Pour nous faire rire, je lui montre le final du gala de danse de la MPDS dont le thème était Michael Jackson (comme les trois quarts des écoles du monde entier, anniversaire de sa mort oblige).

Objectif atteint : quand elle me voit faire les célèbres mouvements du chanteur danseur, armé de mon gant argenté, elle éclate de rire.
Puisque cette vidéo est sur les réseaux sociaux, on parle aussi de ce moyen de rester en contact.
Je lui dis qu’elle devrait y être plus présente.

Je sais bien ce qu’elle en pense, et je ne suis pas loin d’être d’accord avec elle, mais c’est devenu un élément incontournable de notre communication en tant qu’artiste.
Ces réseaux servent aussi à avoir des nouvelles rapides des amis lointains :
« juste une phrase de temps en temps, une photo ... en plus, cela te permettra de voir que tes amis français t’ont envoyé des messages sur Messenger ... »
Elle sourit :
« je sais ... j’essaierai »

Cheng Wei arrive sur ces entrefaites, je profite pour lui dire que lui aussi devrait y être plus présent.

Il le sait, je lui ai déjà dit ...
 :
« I know but I don’t care »
Oui mais non, il ne faut pas s’en foutre là.
C’est étonnant de l’entendre dire ça, lui qui a constamment quelque chose à vérifier sur son portable et qui, par ailleurs, est très efficace pour le « socializing » comme ils disent ici.
Je l’engueule un peu, comme d’habitude, et je conclus par une adresse détournée à Wan Chu :

« bon, au moins toi tu réponds sur Messenger »
La danseuse rit encore …

Le rendez-vous de travail du matin semble avoir été concluant.

Il y aurait peut-être des pistes vers l’Australie (ce qui plait à Wan Chu parce qu’elle n’y est jamais allée)
J’aime l'enthousiasme de Cheng Wei.

Rien n’est fait, mais il imagine déjà.

On en revient à nos Chroniques.
Wan Chu nous annonce qu’elle a pu libérer des créneaux dans lesquels nous pourrions répéter.
Je vois avec Cheng Wei comment on s’organise.

Le garçon est confiant mais c’est bien le seul.
En général, c’est moi qui suit avare en répétitions mais là, il me dépasse largement.

Pour lui, tout va aller vite.
Mais pour Wan Chu et moi, ces heures de travail supplémentaires, ça n’est pas du luxe.
J’arrive à négocier une journée de plus au théâtre.
À l’arrière des gradins, il y a un espace aussi grand que l’espace scénique dont on se sert.

Ce sera parfait pour organiser les placements pendant que les techniciens bossent sur le plateau.
« Mais j’avais prévu une excursion de deux jours !
- Cheng Wei, il faut qu’on bosse quand même ! … 
on fait une balade d’une journée et on reprend le taff.

Je t’assure qu’on en a besoin
- Ok … »

Je comprends bien mon ami.
Comme nous rentrons en France le lendemain du spectacle, il veut absolument faire ce que l’on fait à chaque fois, s’offrir un moment de détente en faisant découvrir un peu du pays à Anaïs.
Et comme pour « In Wei » il n’avait pas pu le faire, il veut être sûr que cette fois, on le fera.
Mais il faut aussi que le spectacle soit beau.
Alors on coupe la poire en deux.
Anaïs ne va pas nous en vouloir je pense ...

(souvenez-vous, elle est comme Wan Chu : plus elle fait, mieux c’est ... Ça la rassure)

Nous montons mollement au studio.

Cheng Wei me demande si j’ai reçu le message de Hsu Ling pour le dîner, je lui dis que oui et que j’ai déjà vérifié sur le plan où était le lieu de rendez-vous.
« C’est à quel endroit ? » me demande Wan Chu.

Je lui montre l’adresse de l’hôtel.
« Ah ! je vois où c’est ! C’est après le pont »

J’éclate de rire.

« Merci Wan Chu ! Avec cette indication, je suis sauvé »
Ça n’est pas comme si Kaohsiung était une ville traversée par un fleuve ...

sans compter le canal d’Hebei et peut-être d’autres petits cours d’eau que je ne connais pas,
par dessus lesquels on trouve un certain nombre de ... ponts !
Elle rit aussi.

On revient lentement au travail.
Wan Chu me dit qu’elle a besoin de redevenir une danseuse moderne.
Les stages qu’elle a suivis ces derniers temps ont été essentiellement en danse classique :
« I might be too balletish »

J’aime bien cet adjectif, que j’ai du mal à traduire et qui n’existe d’ailleurs peut-être pas vraiment,
mais qui résume bien l’état dans lequel Wan Chu pense que son corps pourrait être en ce moment.


Malgré les besoins de Wan Chu d'éloigner son corps d'un fonctionnement de ballerine, je les laisse se chauffer chacun de son côté.

Plus l’énergie de donner un cours.
Comme souvent dans cette situation, ils ont du mal à se mettre en route.

Et comme d’habitude, c’est Wan Chu qui démarre la première.

Cheng Wei reste encore un temps certain dans sa position préférée : couché sur le dos jambes et bras écartés comme une étoile de mer.
Je le secoue un peu verbalement pendant que je cherche les vidéos de contrôle des deux solos sur ma tablette.
Il fait mine de s’étirer … je ne sais quel partie du corps.
Je lui fais confiance
(mais il y a quand même une toute petite partie de moi qui espère qu’il ne se blessera pas, ou plutôt qui a peur que l’inverse n'arrive)

Une fois chauffés, ils se rapprochent de moi, et nous regardons ensemble leurs danses là où nous les avions laissées en février.

Wan Chu va continuer à travailler à partir de la tablette.

Cheng Wei préfère, comme hier, l’écran de son téléphone.

C’est mieux comme ça.

Chacun peut travailler de son côté.


Quand ils sont prêts, je leur demande qui veut commencer.

(j’ai ma petite idée et je fais un pari avec moi-même sur qui dansera le premier).

Nous sommes à Taïwan, la réponse qu’ils me font est classique :
ils veulent commencer tous les deux.

J’éclate de rire.
Pas sûr que l’on ait la même réaction en France ...
Après quelques secondes de négociations (et comme j’avais parié) c’est Wan Chu qui commence.

Cheng Wei est galant vous comprenez (et accessoirement, il peut retourner quelques minutes au sol dans la position de l’étoile ...)

On travaille les solos en alternance.
Pendant que l’un danse, l’autre révise, peaufine ou se repose.

Pour Wan Chu, c’est du côté de la musique que ça pêche.

Enfin non, ça ne pêche pas vraiment
mais comme elle ne compte pas la musique, il faut qu’elle retrouve tous ses repères musicaux, les bonnes durées et le bon dosage d'énergie pour que son corps s'organise en conséquence.

Les mouvements sont là.

Il ne reste plus qu’à les faire au bon moment (du moins à celui que j’ai décidé).



Cheng Wei n’a pas ce problème-là, on n’a pas compté son solo.

Il va déjà de repère en repère et se souvient plutôt bien des durées.

Toutes les parties sur lesquelles il accrochait avant passent maintenant sans encombre.

Le corps a tout intégré.

(et je le soupçonne de s’être un peu acharné sur ces moments récalcitrants)

En revanche, il danse super mal la première partie, celle que l’on avait fait le tout premier jour et que je pensais « réglée ».

C’est tellement drôle.

Il fait les mouvements, et en les dansant il se rend compte que c’est super moche sans vraiment savoir pourquoi,
et la tête qu’il fait rend la chose encore plus bizarre.
Que faire de ce genre de situation ?
En rire bien-sûr.

Et puis reprendre en détail tous les chemins pour trouver où et pourquoi ça coince.

À 16h30,
les solos sont revenus dans les corps.

Parfait timing car on doit quitter les lieux à 16h45
et on entend déjà des petites filles crier dans le hall au rez-de-chaussée .
En plus, bien qu'on sente bien que ça n’est pas sa priorité, Wan Chu enchaîne sur un cours avec des élèves à peine plus âgées que celles qui ne vont pas tarder à envahir le studio.
Ils dansent leurs solos une dernière fois et on range nos affaires.

En les filant régulièrement, ça va aller.

Demain on ne se voit pas, mes deux amis sont occupés.
Mercredi, on attaque les danses de groupe.

On laisse partir sur son scooter la taïwanaise à l’imperméable rose (non mais des fois Wan Chu ...)
et Cheng Wei m’emmène au métro Fongshan West, c’est plus prés de chez lui.
Au dernier carrefour avant d’arriver à la station, il me montre une avenue sur notre droite et me dit :

« Hier, ici, j’ai failli noyer le moteur.

Il y avait tellement d’eau que je glissais dessus ... 

C’était drôle !
- ça s’appelle de l’aquaplaning Cheng Wei ...
Et ça n’est pas drôle du tout »
Mais on rit quand même.

Il me dépose à un endroit que je connais par cœur.

La bouche de métro par laquelle je suis sorti la première fois que j’ai pris ce moyen de transport dans ce pays.
J'avais tellement été impressionné par le bruit des scooters que j'avais filmé la circulation à ce carrefour.
Je m'en étais servi pour ma première création taïwanaise.
Si on m’avait dit à l’époque que j’y reviendrai si souvent ...

On se quitte pour une petite heure.
Rendez-vous chez moi à 18h30 pour le dîner avec Shu Ling Fullon Hotel sur Wu Fu 4th road. 
« Après le pont » selon les précieuses indications de Wan Chu ...

Sacrée Wan Chu.

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