02/09/18 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 8 - Anaïs et Çong Yen
une répétition où tout va presque bien,
la naissance d'un nouveau duo
et une soirée en forme d'énigme
J’ai raté France Inter, il est minuit.
La fatigue des premiers jours revient par une toute petite porte et s'installe, discrètement.
L’enthousiasme d’être ici et de travailler sereinement avait sûrement pris le pas sur la baisse d’énergie mais là ... mon corps me rappelle que rien n’est réglé.
Encore faudrait-il savoir ce qu’il y a à faire ...
Enfin bon, le ciel est beau.
Un grand bleu comme on l’aime.
Le soleil sera magique quand il se couchera si rien ne change entre temps.
Tout ça augure d’une belle journée.
Les omelettes achetées avant-hier à mon snack préféré sont encore bonnes
(du moins j’ai décidé qu’elles le sont)
Ça sera donc mon petit déjeuner du jour.
J’enchaîne avec la rédaction dans mon petit carnet des trois journées que vous avez lu ces derniers jours.
Quelles journées !
Beaucoup de stress pour bien peu de choses au bout du compte.
C’est bien mieux comme ça je crois.
Je passe ensuite par l’ordinateur.
Il faut que je télécharge deux ou trois nouvelles musiques dont je vais peut-être me servir en cours.
J’en profite pour mettre en forme un article sur le blog.
Il ne me restera plus qu’à le relire demain pour le publier.
Sur les réseaux sociaux, notre photo de fin de dîner d'hier a beaucoup de succès :
avalanches de likes et ... un éclat de rire ...
d’Anaïs évidemment.
Cette semaine, il faudrait que toutes les danses des chroniques soient dans les boîtes crâniennes
(et dans les corps qui, en principe, vont avec).
Cela devrait aller.
Enfin je crois ...
Il subsiste tout de même un fond de doute, que je crois légitime, parce que si en nombre d’heures, nous sommes largement dans les temps, en terme de présence réelle de tous et surtout de réserve énergétique,
là, je ne suis pas sûr que ça passe.
C’est qu'à partir de demain, ce cher Cheng Wei a décidé de mener de front deux aventures.
La nôtre dont j’espère qu’il fera sa priorité mais aussi celle de sa création suivante où les les danseurs de Hong Kong partageront la scène avec Yung Hua.
Cela implique que le jeune chorégraphe enchaînera dans la même journée les deux créations. Je sens déjà venir les jours de fatigue du danseur créateur boulimique de projets ...
Risque de fissure physique et mentale chez Restless Cheng Wei.
Il va falloir gérer.
Nous verrons bien comment nous traverserons la chose.
Pour le moment, restons-en à ce 2 septembre.
Le planning de ce jour nous amènera à ne répéter qu’à 16h.
Wan Chu a des cours avant et moi aussi.
Je retrouve les danseuses rencontrées hier pour le deuxième niveau du stage organisé par la Weidancecompany.
Aujourd’hui Anaïs vient avec moi.
Elle m’attendra à 12h30 sur le quai du métro.
Je ne sais pas du tout dans quel état je suis parti de l’appartement
et si, pour une fois, j’ai été relativement à l’heure au rendez-vous du quai.
Rien dans mes notes.
On attaque les quinze jours avant les spectacles, et vous le savez maintenant, ce sont des jours où mes écrits ont quelques lacunes temporelles.
En revanche, je peux vous dire qu’à 12h50, nous sortions du métro.
Avec tout ça, je ne crois pas vous avoir raconté où se déroule le stage.
Dans l’article d’hier matin, j’ai évoqué un bâtiment désaffecté.
Et dans celui du 30 août … le débarquement des français avait tellement attiré mon attention
que toute cette histoire est passée à la trappe.
Cet endroit mérite pourtant d'être présenté.
Il s'agit d'anciens bureaux d’un dépôt de bus de la ville.
On a offert à des associations culturelles et sportives la possibilité d’occuper ces bâtiments désaffectés pour une somme modique.
Riche idée non ?
Cheng Wei y travaille régulièrement.
C'est notamment là qu'il donne les cours pour acteurs que suit Çong Yen.
Dans la salle au premier étage, où nous étions hier.
Aujourd’hui, nous déménageons.
Pas d'escaliers à monter, nous restons au rez-de-chaussée
(et ça n'est pas moi qui vais m'en plaindre ...).
Quand Anaïs et moi arrivons dans cet autre studio, aucune bière ne m’attend près de la sono.
Une bonne raison de faire semblant d’engueuler Ha Bao qui, en bon taïwanais, ne saisit pas tout de suite que je plaisante puisque je hausse le ton.
Il a ce regard interloqué qui m’avise tout de suite que je suis allé trop loin :
« Ha Bao … I’m joking … »
Le voilà rassuré.
Pas toujours facile de trouver le bon curseur ici.
Surtout quand je fais semblant d’être en colère.
Ça me rappelle les premiers jours de Wan Chu et Cheng Wei dans le sud de la France.
Ils avaient l’impression que les gens se disputaient bien trop souvent ... en fait, ils ne faisaient que parler.
Le cours se déroule paisiblement.
Les élèves sont un peu plus détendues qu’hier.
Anaïs a convenu avec moi après le cours de la qualité de leur écoute et de leur capacité de mémorisation.
Certes, elles connaissaient déjà les exercices de la barre découverte la veille mais contrairement à bien des stages, j’ai bien senti qu’elles se souvenaient clairement des choses.
Il n’y avait plus qu’à … travailler.
Ne subsiste alors que ce petit bémol lié à la communication.
C'est toujours un frein à tout ce que je pourrais leur dire à ce stade de l’apprentissage.
Je ne suis jamais vraiment sûr qu’elles comprennent tout ce que je dis en anglais.
Mes gesticulations (légendaires) et mes onomatopées improbables pallient certains manques
mais comme elles s’expriment peu, je garde des parts de frustration dans le gâteau de mon contentement.
En tous cas, elles rient.
Et ça, c’est génial.
À ce propos, un des sujets de plaisanterie du jour a été l’organisation de la classe.
Elles étaient bien rangées en ligne ... et par style de coiffure.
Une ligne pour les danseuses sans frange,
et une pour les danseuses avec frange.
La dernière ligne étant constituée de celles que j’ai appelé « les vieilles » et qui sont en fait les pros.
Comme je ne connaissais pas le mot frange en anglais, je mimais les cheveux avec ma main sur mon front.
« one line with the … »
« one line without »
« and … the old ones »
Cheng Wei est arrivé vers 14h55.
Le jeune homme commence à bien me connaître.
C'était le moment parfait pour apparaître dans le studio, histoire de me rappeler discrètement
qu’officiellement le cours s’arrête dans cinq minutes et que je ne dois pas trop déborder vu qu’on enchaîne avec la répétition à 16h.
(bon, on avait quand-même un peu de temps vu que le studio de Fongshan n’est pas très loin, mais un temps de pause ne sera pas du luxe).
On filme la variation,
Je crois que dans la nomenclature officielle (estampillée par le Ministère) cela s’appelle le « retour au calme ».
Ce sont essentiellement des mouvements du haut du corps avec peu de déplacement qui permettent aux corps et aux esprits de laisser la pulpe qui a été bien secouée jusque là, de se redéposer à sa place.
En danse classique, cela s’appelle les « ports de bras ».
Un exercice qui finit le cours et qui s’achève par une révérence au professeur (si, si !).
Je ne sais pas si ça se fait encore.
En tous cas, je l’ai eu fait dans les années ... euh ... disons les années 90.
Finalement, nous faisons à peu prés la même chose : des ports de bras.
Mais moins codifiés.
15h15,
nous sortons du bâtiment.
Pendant qu'Anaïs et moi allons au studio en métro, Cheng Wei va s’acheter à manger
(ce qui est une bonne chose ... vous vous souvenez de ces migraines d’hier soir ?
on y échappera probablement aujourd’hui).
Comme je vous le disais, ça n'est pas très loin.
Juste à deux stations.
Nous sommes à Weiwuyin, nous passons Fongshan West, et nous sortons à Fongshan
où comme pour le premier jour taïwanais d’Anaïs et William, nous traversons les petites rue du quartier pour arriver à côté du salon de coiffure.
16h.
Après une pause bien méritée, nous sommes prêts à répéter.
Tout le monde est déjà chauffé des cours donnés dans la journée.
On reprend partie par partie les danses d’ensemble revues les jours précédents.
Il nous restera les solos des taïwanais et les deux danses finales.
Tout se passe bien pour la mémoire, mais Wan Chu a mal au dos, ce qui m’inquiète un peu.
D’autant que Cheng Wei me dit que : « quand c’est comme ça, il faut qu’elle se repose sinon c’est pire … »
Je la laisse partir plus tôt et nous en profitons pour réviser le duo au parapluie …
toujours sans parapluie … mais avec un nouvel accessoire
nous sortons du bâtiment.
Pendant qu'Anaïs et moi allons au studio en métro, Cheng Wei va s’acheter à manger
(ce qui est une bonne chose ... vous vous souvenez de ces migraines d’hier soir ?
on y échappera probablement aujourd’hui).
Comme je vous le disais, ça n'est pas très loin.
Juste à deux stations.
Nous sommes à Weiwuyin, nous passons Fongshan West, et nous sortons à Fongshan
où comme pour le premier jour taïwanais d’Anaïs et William, nous traversons les petites rue du quartier pour arriver à côté du salon de coiffure.
16h.
Après une pause bien méritée, nous sommes prêts à répéter.
Tout le monde est déjà chauffé des cours donnés dans la journée.
On reprend partie par partie les danses d’ensemble revues les jours précédents.
Il nous restera les solos des taïwanais et les deux danses finales.
Tout se passe bien pour la mémoire, mais Wan Chu a mal au dos, ce qui m’inquiète un peu.
D’autant que Cheng Wei me dit que : « quand c’est comme ça, il faut qu’elle se repose sinon c’est pire … »
Je la laisse partir plus tôt et nous en profitons pour réviser le duo au parapluie …
toujours sans parapluie … mais avec un nouvel accessoire
17h45,
le duo est assez au point pour s’octroyer une autre pause.
D’autant que dehors, le ciel nous fait de jolies choses avec les statues du temple tout proche.
Je vais vite jeter un œil.
Il faudra que je trouve du temps pour aller voir ce temple de plus près.
18h20,
on reprend le travail avec Çong Yen qui est arrivé pendant que je m’extasiais sur le ciel.
Les danseurs de Hong Kong sont là aussi.
Yung Hua s’occupe des nouveaux touristes.
Ils vont travailler dans le grand studio pendant que nous, nous nous attelons à la création de la version taïwanaise du solo d’Anaïs.
Première rencontre entre les deux artistes.
Aussi intimidés l’un que l’autre.
Si vous vous souvenez, ce solo, qui est juste avant « Cijin », est dansé sur le poème « que faire de beau lorsque tombe la pluie ? » récité par Mike dans la version française.
Nous avons déjà travaillé l’adaptation taïwanaise avec Çong Yen mais maintenant, il va falloir que la danseuse et l’acteur trouvent leur rythme.
Première étape.
Trouver les points de repère en mandarin, en espérant qu’Anaïs puisse les capter facilement.
Il y a le « ... rêveur et un petit peu patient » où elle est de profil et regarde sa montre.
Ça, dans la traduction, il semble que c'est quelque chose de l'ordre de « hsinyou ».
Ensuite, elle est encore de profil quand Mike dit « que faire de beau lorsque tombe la pluie ? ».
Là, Çong Yen semble finir une phrase par un mot de l'ordre de « samana »
(et donc je sais déjà qu'il y a des phrases ou des mots qui ont été inversés car la pluie se dit « hu » (雨 ).
Quand elle va au sol, c'est facile, ça parle de thé, il faut donc repérer le « tcha ».
Et la dernière phrase sur laquelle elle se lève et court a l'air de commencer par un « siao »
(sauf que je sais que ça n'est pas « siao » puisque « siao » ça signifie petit, mais on s'en fiche un peu).
On a donc nos repères.
Anaïs « n'a plus qu'à » se laisser bercer par le son de la voix de son partenaire qui la suit le plus tendrement possible.
(bon pour la tendresse, on travaillera plus tard).
Seconde étape.
Tenter la chose en l’état pour voir les différences de durée avec le texte français.
Qu’est-ce qui est plus long ? Qu’est-ce qui est plus court ?
Et qui s’adapte en ralentissant ou en accélérant.
On avance à tâtons, avec l'aide de Cheng Wei, au fur et à mesure que les repères vocaux s’éclaircissent pour Anaïs et que Çong Yen capte quel mouvement va avec quelle phrase,
jusqu’au moment où ma foi, on arrive à un nouveau duo dont tout le monde s’accorde à dire qu’il est ...
possible.
On le filme une première fois.
Il est 19h,
Cheng Wei, qui est resté regarder la naissance de ce duo que nous avions tenté avec lui vendredi, part en catastrophe.
Il a une autre répétition qui l’attend.
Pas celle avec les nouveaux arrivés, non non, encore une autre, au studio où j’avais fait danser les tous jeunes gens en centre-ville.
(vous vous souvenez ? sinon .. c’est par là)
Il en a pour 20 minutes de scooter.
Je ne veux pas savoir à quelle heure il devait commencer et encore moins connaître le temps qu’il va prendre pour traverser la ville en prenant beaucoup trop de risques sur son bolide.
Croisons les doigts pour que tout se passe bien ...
Une fois la tornade partie, on filme une dernière fois notre travail de cette fin d’après-midi et nous partons aussi.
C'est toujours magique à mes yeux de voir ces séquences se mettre en place.
De voir les interprètes s'adapter l'un à l'autre.
De les voir transformés par une idée germée quelque part dans un coin de mon cerveau.
Je vous poste juste en dessous la première fois où Çong Yen a lu ce texte.
Si vous avez l'oreille musicale, vous avez sans doute entendu comment le rythme, l'intention, la respiration du jeune homme ont changé.
Puisque l'on en est à faire des comparaisons, je partage à nouveau avec vous la version française.
Cette fois-ci, c'est le flux d'Anaïs auquel il faudra être attentif.
Il est un peu différent que sur la vidéo de 19h.
Nous quittons donc le studio de Fongshan après cette dernière tentative.
Ensuite ?
Qu’est-il advenu de notre soirée ?
Et bien, aucune idée.
Je sais que nous avons fermé le studio en cachant la clé du portail près du compteur électrique,
je sais aussi, par l'heure de création des films dans mon ordinateur, que je les ai téléchargés le soir même
mais sinon ?
Pas de trace nulle part.
Pas une photo, pas un film, pas un écrit.
Les spectacles approchent ...
Je vous ai prévenus.
Peut-être qu’Anaïs se souviendra de quelque chose et m’en fera part quand elle aura lu l’article.
Si elle sait, je vous raconterai.




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