13/09/18 - 1 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 19 (1) - matin de stress ... encore


Parce que rien ne marche comme prévu,
parce qu'il y a des choses que je ne maîtrise pas,
parce que tout devrait aller bien plus vite
et que tout ça me fatigue déjà.





 

 




Jeudi 13 septembre, un peu avant 6h,


Parfait.

Je vais avoir le temps de faire de tout ce que j’ai à faire.


C’est ce que je me dis en ouvrant les yeux même si mon corps pense clairement que je ne devrais plus faire grand chose.


Radio.

Petit déjeuner des cookies du supermarché de mardi, je ris de mon aventure dans le même supermarché hier soir.
À chaque gorgée de thé, j’ai la sensation d’entendre les lumières de chaque salle de mon cerveau, s’allumer les unes les après les autres.
Dieu que ça prend du temps.
Mais au moins, ça se met en route.

Le soleil éclaire à peine la ville que je suis déjà devant l’ordinateur.

Message de Wan Chu.

Elle a discuté avec Jim de cette histoire de police de caractères.

Il lui en a conseillé une qui s’appelle « Noto » et me l’a envoyée.

Je lance le téléchargement et m’attaque à la version taïwanaise de « rentrer » dont Cheng Wei m’a transmis les traductions hier soir.


Transformer les noms un à un,

bien respecter l’ordre,
vérifier deux fois à chaque traduction
et se lancer à l'aide de monsieur Photoshop dans la confection des 80 images qui vont constituer le film.

Je regarde si la nouvelle police est téléchargée.

Pas encore ... et ça va prendre de temps.

Tant pis, je fais avec ce que j’ai.
On verra ce que mes amis en diront.
Pour cette animation-là, c’est moins important que dans le grand texte du début.

À ce moment de la pièce, je pense qu’ils vont plutôt regarder la danse.

Au boulot.
Si je respecte bien l’ordre des images en remplaçant les bons noms aux bons endroits, je n’aurais plus qu’à tout remplacer dans la version française du film qui est dans Final Cut (mon cher logiciel de montage) et le tour sera joué.

D’ailleurs, où est cette version française ?

Panique.

Fouille dans l’ordinateur.

Recherches dans tous les disques durs.

Ouf, la voilà.

Je peux commencer.
Copiage, vérification, toutes les images ont l’air d’être prêtes.

Je vais dans Final Cut,

j’installe toutes les images en vérifiant à nouveau, et je lance l’animation.

Bon, évidemment, ça ne marche pas du premier coup.

Je modifie au fur et à mesure.

Ce qu’il y a de pratique c’est que les deux logiciels se connaissent très bien.

Et alors me direz-vous ?

Et bien gain de temps.

Si vous laissez Photoshop ouvert et que vous y travaillez une image que vous avez déjà installé dans un film que vous êtes en train de faire dans Final Cut (qui est donc ouvert lui-aussi), l’image se transforme automatiquement dans le film sans que vous ayez à créer une nouvelle image et remplacer l’ancienne.

Vous n’avez rien compris ?

Ça n’est pas grave.
L’essentiel dans l’histoire c’est que je gagne du temps.

Je reprends donc du début, image par image, et je modifie, je colmate, je rustine.



9h30.
Plus qu’une heure avant de devoir partir au théâtre.
Je suis aux deux-tiers de la création du film et il me reste encore à offrir à la vidéo qui ouvrira le spectacle,
une nouvelle police ... qui se télécharge toujours.
Absolument impossible d’être dans les temps.

Je panique.

Je m’affole.

Je peste contre tout.

C'est quoi ce tout petit wifi ce matin ?
Cette histoire de police ! 
Ils n’auraient pas pu me le dire plus tôt ?

Et ben non puisqu’on n’a vu les films qu’hier.

Mais pourquoi je me suis lancé dans une galère pareille ?

Du texte, des traductions.

Comme si ça n’était pas assez compliqué comme ça ?
Le stress monte, mon dos réagit, je me fais un cocktail de médicaments,

dans quel état je vais finir … ?


Bon
.
Se regrouper.

Retrouver la concentration et le calme.

D’abord, prévenir tout le monde du changement de planning.
Tant pis pour les tops de la fin que je comptais faire avant le déjeuner.
Ça fera un peu plus de tranquillité pour les filles et je suppose que les techniciens auront sûrement des tas de choses à régler.


Cheng Wei accuse réception du message et me relance sur la discussion d’hier soir …
Ce garçon n’a pas toujours le sens des priorités.

Cela dit j’ai réalisé pourquoi il n’avait pas compris ce que je lui avais demandé : il ne connaît pas le mot « fonts » en anglais.

Pour nous c’est facile, notre dossier de police de caractères s’appelle comme ça, mais pour eux, forcément, cela ne fait en aucun cas partie des fondamentaux du vocabulaire que l’on pourrait t’apprendre au collège ou au lycée.
Je réponds à mon ami (qui, je le sens bien, voudrait m’aider) qu’il comprendra tout quand j’arriverai et lui demande de profiter de mon absence pour essayer de régler le problème de format vidéo découvert hier soir.


Je me replonge dans la confection de la vidéo de « rentrer » et arrive à une version que je considère honorable.
Il me reste à transformer le texte du film d’introduction en changeant la police existante par celle … qui justement vient de finir d’être téléchargée …
Enfin !

Je regarde mon nouveau jouet.

En fait, il n’y a pas une nouvelle police mais cinq avec pour chacune d’entre elle différentes possibilités d’épaisseur.

J’en choisis une au hasard et modifie le premier texte,
je ne vois pas vraiment la différence avec la police précédente.

J’abandonne.

Je pars avec l’ordinateur et on règlera tout ça là-bas.

Il faudra bien trouver des solutions de toutes façons.

On n’a pas le choix.



12h30,
je prépare mes affaires pendant que les exports des films se finissent (vous savez que c’est maintenant …)
C’est qu’aujourd’hui il faut tout emmener, il y a des photographes !
C’est vraiment le jour tiens !

Ils ne pouvaient pas venir demain ?

Cette journée ne commence pas bien du tout.

On est le 13 mais pas un vendredi pourtant.

13h,
je quitte enfin l’appartement,
en retard et bien énervé.

Petit moment de bonheur, un 248 arrive juste quand je passe devant l’arrêt.

Le chauffeur me demande si je vais bien à Fongshan, je hoche la tête sans un sourire et fonce m’asseoir au fond.

Le pauvre, il n’y est pour rien mais il emportera aujourd’hui une partie de mon aigreur.

Du coup, je n’ai vu sa réaction et je sais pas où va le bus.

On verra, comme hier au niveau de Cisian road, s’il tourne à gauche, vers l’est, ou pas.



13h10,
on est dans la bonne direction.

J’envoie un message annonçant mon arrivée et ma mauvaise humeur.
Trouver une bonne nouvelle.

Je regarde la météo.

Le typhon confirme son voyage vers les Philippines.

C’est déjà ça.

13h25,
je traverse le parc sous une chaleur écrasante et je suis déjà fatigué.
Voir le verre à moitié plein … c’est quand-même mieux que de marcher sous la pluie.

13h30,
je suis enfin dans les loges.
Ils finissent le déjeuner.
Tout est calme, j’essaie de ne rien changer à l’ambiance.


Cheng Wei m’annonce qu’il doit aller chercher une nouvelle table pour le décor :
« faites la barre sans moi »
Et bien non mon gars, même si je ne comprends pas pourquoi tu n’as pas fait ça avant que j’arrive, puisque tu ne devais pas avoir autre chose de prévu que ce que nous n’avons pas encore fait, nous ferons la barre tous ensemble.
Je lui lance un « non non. On t'attend. Va chercher les tables ! Je vais finir les films » sur un ton qui ne va pas du tout à l'ambiance du moment.
Moi qui voulait maintenir le calme, c'est raté.
Je sors l’ordinateur, l’installe, l’allume et branche le disque dur dans lequel sont les vidéos.

Je montre à Wan Chu le paquet de 30 polices.

Elle ne sait pas trop quoi choisir.
« Jim m’a dit de prendre la plus lisible »
Je comprends bien mais selon lui, ou selon toi, laquelle est la bonne ?
On finit par en prendre une au hasard, elle choisit l’épaisseur et je transforme tout.



Cheng Wei est de retour au moment où le film est fini.

Il semblerait que les dieux du chrono soient à nouveau avec nous.

J’en profite pour leur montrer la nouvelle version de « rentrer ».
Je leur explique dans les grandes lignes le processus de fabrication : les textes, les images, l’animation,

c’est 5h de travail quand-même !
Et je montre à Cheng Wei que le dossier de polices s'appelle « fonts » dans nos ordinateurs.

J’emporte tous les nouveaux films à la régie.
Pendant que nous nous chaufferons, notre « amie » les convertira au format que son logiciel préfère.
(non mais ça quand-même …)

Puisque tout le monde est là, nous pouvons investir le plateau.
Mais là, ma photothèque me rappelle un certain souvenir :


Cette photo, prise à 13h55, nous montre l’élégant port de tête de cette chère Wan Chu.
Elle maintient en équilibre sur le sommet de son crâne l’affiche du spectacle.
La plupart des ses sœurs (je parle bien évidemment de l’affiche, pas de Wan Chu) sont disséminées partout dans la ville, du moins je l’espère.
Celle-ci sera punaisée par Ha Bao à l’entrée du théâtre.
Pourquoi Wan Chu fait-elle cela ?
Je ne m'en souviens plus du tout.
Mais visiblement, on en a ri.

Un peu de légèreté dans cette matinée de stress où,
cerise sur le gâteau,
la préposée aux images vient de nous annoncer un petit souci supplémentaire :

pour une raison qui lui échappe, son logiciel moderne n’arrive pas à convertir la nouvelle version du poème du thé en mandarin que j'ai faite hier soir en rentrant.
Tant pis.
Nous ferons le filage et la générale avec le texte en français et je ramènerai le film pour le convertir chez moi ce soir.
Ça n’est pas non plus demain matin que je vais me détendre.

Vous connaissez le système,
Soit vous faites un pause (Monique ! tu peux attendre le café suivant)
Soit vous cliquez sur cette phrase pour lire la suite.






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