11/09/18 - 2 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 17 (2) - prendre ses marques


Laisser de la place et du temps à tous,
pour travailler
et malgré tout
tenter de respecter l'emploi du temps







Mardi 11 septembre, 11h


Je me transforme en danseur pendant que les filles vont à leur tour découvrir le lieu.

Ha Bao arrive.
Avec une liste.

C’est pour le repas de midi.

Je rappelle tout le monde.

Traductions, explications, tergiversations,
Heureusement qu'il n’y a qu’un seul menu !
Une fois que tout le monde a choisi, nous quittons les loges et investissons pour la première fois l’espace où dans quatre jours, un public viendra découvrir ce que nous avons à raconter.
(quatre jours ! ne pas stresser ... oui enfin bon là, je crois que c’est peine perdue … on a dépassé ce stade .. disons gérer le stress du mieux possible)

L’espace où sera la scène est pour l’instant en confection.
Pendrillons, fixation des tapis …

Nous voilà, aussi bien en terme de temps que d'espace, au milieu de cette partie de la création dans ma création que je ne sais toujours pas gérer.

Après avoir salué nos collègues de la technique, nous allons nous installer dans les dizaines de mètres carrés inoccupés situés de l’autre côté des premières lignes de blocs noirs sur lesquels est installée la régie provisoire.
L’espace qui nous reste est immense.

Bientôt, nos amis y installeront d’autres blocs.
Ils feront office de gradins pour les spectateurs et la régie y prendra sa place définitive.
Mais même à ce moment-là, il restera encore un rectangle équivalent à celui du plateau scénique.

Très pratique pour répéter.
On matérialise cet espace jumeau et le travail commence.


Je confie ma tablette à l’équipe technique pour que nous puissions bénéficier du son qui est déjà câblé.
Ils branchent l’appareil.

Rien.
On vérifie le niveau sonore de l'Ipad, celui de la table de mixage.

Tout a l’air opérationnel et pourtant ...

Rien
(et vous voulez que je ne stresse pas avec tout ça vous ?)
Les techniciens s’affairent.

Changement de câbles, tests avec d’autres appareils, rien n’y fait.
Il y a un problème dans les connexions mais il ne va pas être résolu tout de suite.

Je me prépare à devoir danser avec le volume sonore de ma tablette quand l’ingénieur du son arrive avec un bidule en plastique assorti d’un câble.

Allons bon.
Il va chercher une autre table de mixage élégamment posée sur un chariot et me demande si le Bluetooth fonctionne sur ma petite machine moderne :
« oui oui »
Je récupère ma tablette.

Une nouvelle connexion Bluetooth apparaît, c’est le bitoniau en plastique.
Je clique sur « oui »

Nous écouterons la musique grâce au bidule.

C’est beau le progrès.

Nous en sommes au dernier exercice de la barre quand Çong Yen apparaît.

Parfait timing.

On finit paisiblement l’échauffement et je montre aux garçons la vidéo test des couchers de soleil avec, pour la durée, un enregistrement du jeune acteur comme référence.

Le jeune acteur a un sourire gêné.

Il dit quelque chose en mandarin à son collègue, qui sourit :
« il n’aime pas sa voix
- on en est tous là tu sais .. en plus l’enregistrement est pourri »
Ça ne le rassure pas mais bon, on continue le visionnage.

Résultat ?
J’y suis presque.

Il ne manque qu’une image qui est décalée par rapport au texte.

Je ne peux pas la laisser à cet endroit parce que ça change tous nos repères.

Une petite retouche est donc nécessaire mais cela ne devrait pas prendre trop de temps.

11h45,
on commence à placer les danses.

C’est bien pratique cet espace identique à la scène.

Ça nous fait gagner du temps.

Cela dit, je n’ai pas encore l’impression d’être dans un théâtre.

Tant que nous ne serons pas au bon endroit, avec des pendrillons et des projecteurs, je crois que ce sentiment perdurera.
On avance assez rapidement.

Prologue,
solo de Wan Chu,
pour le duo au thé, la danse est trop à cour.
Il faudra revoir l’amplitude des pas et les angles des diagonales,
mais ce sera facile à modifier.
On enchaîne.
Le scooter,
le duo au parapluie,
Cijin,
là, il a un souci dans la profondeur,
certaines choses paraissent très éloignées, d’autres trop à l’avant-scène,
à revoir de l’autre côté dans le vrai espace délimité avec la vidéo et les pendrillons.
Ce sera notre travail de demain, ou peut-être ce soir.

On a déjà fait plus de la moitié de la pièce.

Cela me désinquiète un peu.
Je crois que l’on peut s’arrêter.



12h15,
j’annonce la pause déjeuner.

Et ce pour plusieurs autres raisons.

D’abord parce que dans le planning, elle était annoncée à midi, et qu’ici on ne rigole pas avec la pause déjeuner,
ensuite, parce que depuis un petit moment, il n’y a plus un bruit du côté de la régie.

Les techniciens ont disparu.

C’est donc que le repas est servi.

Retour aux loges.



Effectivement, les lunch boxes sont là.
Et elle sont très copieuses.
Un peu trop pour Anaïs qui découvre la chose, et qui décide d’en garder « pour plus tard dans la journée ».

L’ambiance est détendue, les smartphones sont proches, on est dans les temps.

Tout est sous contrôle.



Après le déjeuner, Wan Chu s’en va.
Elle a les fameux cours auxquels elle n’avait pas pu échapper.

Je me prépare une pipe, cherche Cheng Wei pour en profiter pour discuter un peu,
il n’est plus là lui non plus.

Je retourne dans la salle, tout est éteint.

Les techniciens attaquent les réglages des projecteurs.

Je sens que l'on ne va pas pouvoir répéter de sitôt.
Le retard s’installe insidieusement.

Comme Wan Chu ne revient que vers 16h30, je leur demande s’il sera possible de faire quelque chose à cette heure-là.

Beï Ji le patron de l’équipe me lance un « ok » dans un grand sourire.
Ce genre de ok souriant et sibyllin qui m’inquiète d’autant plus.

Trouver du positif dans ces grains de sable.

Vu qu’il n’y a pas de danse possible pour le moment, je dis à Anaïs qu’elle est libre jusqu’au retour de sa collègue.

L’occasion de passer un peu de temps avec William, au parc par exemple.

J’aurais aimé revoir le duo au parapluie et aussi placer le solo de Cheng Wei mais bon, sans le jeune homme trop agité, c’est un peu difficile.

Espérons que les techniciens nous laisseront assez de temps sur le plateau d’ici la fin de la journée pour que nous puissions au moins « placer » toutes les danses dans ce nouvel espace.

Je fume donc tout seul.
Quand j’ai fini ma pipe, je repars à la recherche de Cheng Wei.


En fait, il est à l’entrée du théâtre en pleine discussion avec Ha Bao.

Le souci avec eux c’est que comme quand ils discutent ils parlent assez fort, je ne sais jamais de quelle teneur est le sujet de la conversation.

Lorsque l’un des deux reprend son souffle, je me risque à demander ce qui se passe à Cheng Wei.
Il me lance un glacial :
« il y a très peu de places de vendues, surtout pour la première »
C’est donc sérieux, je disparais.


Les filles parties, le garçon agité est énervé et occupé, il ne reste plus que Çong Yen.
Puisqu’il est disponible et toujours partant pour bosser, j'en profite pour lui raconter ce que je veux qu'il fasse après la scène du scooter : raconter à sa façon en quoi c'est pratique, expliquer au public qu'en France ça n'est pas du tout comme ça et raconter ce qu'il passe quand il pleut, ce qui me permettra d'apparaître avec l'imperméable.
Il peut écrire un texte ou improviser autour d'une trame, ça m'est égal.
« ok ! »
Mais un ok clair et franc.
Il a compris.
« tu y penseras plus tard et si tu es prêt, tu tenteras au filage de ce soir
- ok ! »
On enchaîne avec la fameuse séquence des couchers de soleil maintenant que le film est (presque) fini.
Je lance le film en coupant le son et il s’entraîne.

Je le laisse seul prendre le temps de trouver son rythme, de gérer les paragraphes, de voir où il peut prendre une pause,
et retourne entendre où en sont les deux amis à l’entrée.

Il y a des rires, cela semble plus détendu, j’ose une intervention.

Effectivement, ils sont en train de fumer.

L’orage de tout à l’heure a l’air bien loin.

Je propose à Cheng Wei de revoir les sous-titres de la première partie où il manque trois phrases.
Il me regarde et je sais ce qu’il va me demander.
Je devance donc la question en y répondant :

« oui, tu peux finir ta cigarette »
Le temps qu’il arrive, je lance l’ordinateur et le logiciel de montage.

Tout est prêt.

Si on bosse bien, il ne restera plus qu’à insérer les trois phrases manquantes.

Quand je suis de retour dans la loge Çong Yen s’est endormi.
Je lui fais confiance.
S’il s’est écroulé c’est qu’il en avait besoin et que le boulot est fait.

Voilà Cheng Wei.

On attaque.

Je lui montre ce que j’ai fait, il me dit ce qu’il ne va pas, me montre des mots que je n’ai pas saisi, on fait des essais.

On avance.

Mais je sens que mon ami à l’esprit ailleurs.

Il me répond de façon quasi mécanique.

Je sais bien que ça n’est pas la partie la plus agréable du boulot mais tout le monde sera bien content de voir le film fini.

Il devrait le comprendre.
Je me sens un peu seul.
J’ai l’impression d’être l’empêcheur de tourner en rond qui pourrit les pauses de tout le monde.
Même si je sais que c’est avant tout mon projet, et que mon ami a sans aucun doute bien d’autres choses à penser, j’aurais aimé un peu de soutien.

C’est là qu’il devrait être un assistant.

Tant pis.



On arrive tant bien que mal au bout du sous-titrage.

J’ai laissé les phrases écrites en français à l’endroit où la traduction s’insérera.

Ce texte a l’air assez simple à traduire.

J’espère que Cheng Wei aura le temps de le faire ce soir.

En tous cas, pour l’instant ça n’est pas son problème.

Dès la dernière phrase placée sous la bonne image, il disparaît.


Je n’ai plus grand chose à faire.

Alors comme ce cher Çong Yen, je m’apprête à faire une petite sieste.

Vu le travail qu’il nous reste dans les deux heures trente de répétition à venir, que j’enchaînerai avec un cours de rattrapage (toujours à cause de Luis), il vaut mieux que je sois en forme.
Je m’installe dans un fauteuil et attends les bras de Morphée.

(alors oui ! moi-même en tapant ce texte, je me dit que plutôt que de dormir, ce moment de flottement était idéal pour préparer le contenu du cours du soir mais visiblement, ce jour-là, mon corps m’a dit tout autre chose, et je l’ai écouté).

Que s'est-il passé dans la soirée ?
Vous avez le temps ?
C'est par ici.
Je vous préviens, c'est un peu long ...






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