12/09/18 - 3 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 18 (3) - Le presque premier filage
des explications qui s'éternisent,
le temps que l'on perd,
inquiétude et déception
Nous avons digéré notre dîner.
L’intermède de l’addition est intégré par tout le monde.
Les réglages lumière manquants sont faits, on va pouvoir reprendre.
Plusieurs choix sont possibles.
Première option :
reprendre les tops là où on s’est arrêté, finir proprement les cinq séquences et tenter un filage technique.
Cela laisserait le temps à Wan Chu d’arriver avant que l’on reprenne du début,
mais avec le temps que prend Cheng Wei à chaque explication, je ne suis pas sûr que l’on ait fini à 22h.
Seconde option :
faire un filage en catastrophe en vérifiant au fur et à mesure tops vidéos et lumières, et en les modifiant le cas échéant.
S’il n’y a pas trop de cas, on aura peut-être fini assez tôt pour fixer précisément tout ce qui doit l'être dans la deuxième partie du spectacle.
Cette deuxième piste me parait la meilleure.
Avec beaucoup de chance, tout sera fini ce soir et on en rira demain,
sinon cela permettra de voir le retard que l’on a pris sur le planning
(histoire que Cheng Wei réalise peut-être qu’il faudra qu’il envisage d’autres manières de travailler les prochaines fois)
J’annonce à tout le monde le retour au plateau.
Wan Chu qui finit à peine son cours quelque part dans la ville, nous rattrapera en cours de route.
Je préviens l’équipe que je vais faire les allers retours entre la salle et le plateau pour voir si tout s’est mis en place.
Je ne redeviendrai danseur que quand cela sera nécessaire.
On reprend.
La première partie va mieux.
Les lumières arrivent et les vidéos au bon moment.
En revanche du côté de l’écran, un nouveau souci apparaît.
Toutes les images me paraissent écrasées.
Je connais ce problème.
Nous avions déjà vécu ça avec Sylvain dans nos premiers projets communs.
C’est une histoire de format.
Il y a le 16/9 dont on se sert beaucoup plus maintenant du fait de l’image numérique et le bon vieux 4/3 qui a été le format que tout le monde utilisait avant.
Quand on projette en 16/9 des images qui ont été créées au format 4/3, cela déforme tout dans la largeur.
Ça arrive parfois quand on règle mal sa télé.
Il va falloir trouver une solution.
Je crois que c'est juste une question de réglage du vidéoprojecteur.
S'ils ont éteint pendant la pause, il a dû se mettre automatiquement en 16/9.
Mais si ça se trouve, c'est tout à fait autre chose.
J’en parlerai après le filage.
Si je m’attaque à ça maintenant, on ne s’en sortira pas.
Du côté des danseurs, il me semble que ça se passe plutôt bien.
Si ce n’est que nos corps ont refroidi et que mes genoux, ce soir, n’ont plus du tout envie de participer à l'aventure.
Çong Yen est exemplaire,
Anaïs l’est tout autant,
Cheng Wei fait le duo du selfie sans sa collègue et même comme ça c’est drôle,
quant à Wan Chu …
Je vous raconte.
Alors que l’on finissait la scène du bureau de tabacs où l’image a disparu au bon moment,
on s’apprêtait à traverser sans elle les autres partitions dansées sur la musique de son solo.
Après le petit duo de transition d’Anaïs et Cheng Wei, nous nous retrouvons tous assis dos rond tête vers le bas.
Les premières notes de la musique commencent.
On pense à Wan Chu qui devrait faire son entrée.
On déroule le dos et là, on la voit, plongée dans son solo comme si de rien n’était, comme si elle avait toujours été avec nous.
J’en ai été tellement stupéfait que j'en ai perdu ma partition.
En fait, elle était arrivée entre temps, avait compris que l’on avait commencé sans elle, et en bonne professionnelle, elle s’était intégrée au spectacle.
Ils sont quand-même pas mal mes interprètes d’amis.
Nous avons avancé tant bien que mal jusqu’au solo de Cheng Wei, qu’il n’a pas très bien dansé parce plus assez chaud et pas très concentré, nous arrêtant de temps à autre quand les tops n’étaient pas au bon endroit, ce qui générait comme dans l’après-midi, une nouvelle interminable explication de mon collègue.
Comment voulez-vous qu’il soit concentré après ça ?
(je me demande quand-même ce qu’il avait à raconter à chaque fois …)
Il faudra que l’on refasse proprement les « couchers de soleil ».
Sentant ma contrariété, Cheng Wei faisait l’idiot pour détendre l’atmosphère.
Sauf que voilà, nous autres pauvres français, ayant encore du mal à repérer les mots en mandarin sur lesquels nous devions réagir, nous avions besoin de nos collègues pour faire les actions au bon moment.
Difficile avec un bonhomme qui se couche quand on doit se lever, qui sautille quand on ne doit plus bouger.
On s’est accroché à la pauvre Wan Chu qui elle-aussi avait du mal à rester dans le spectacle avec un clown à côté d’elle.
Ça aussi, il va falloir qu’il apprenne : il y a un temps pour tout.
Maintenant que j’y pense, toujours pendant ces couchers de soleil, Çong Yen nous a aussi fait une sacrée surprise :
je vous avais expliqué (dans cet article-ci) que Mike sifflait avec ses doigts quand il parlait du surveillant de baignade mais que le jeune taïwanais ne savait pas le faire.
J’avais déjà pris l’option « acheter un sifflet » mais avec tout ce que nous avons vécu, j’ai oublié de demander à Cheng Wei de s'en procurer un et je n’en avais pas croisé dans les supermarchés.
Jusque là dans les filages, Çong Yen faisait une sorte de son entre le cri et le sifflement.
Et là, pendant le filage, il a sifflé.
Avec ses doigts.
Comme Mike.
Il s’était entraîné (merci les tutoriels sur Internet) et faisait la chose comme s’il l’avait fait depuis sa plus tendre enfance …
Sacré Çong Yen.
Cheng Wei ayant fini sa danse, on en était à la nouveauté : l’addition.
Anaïs briefe Wan Chu sur son rôle dans la scène.
L’apprenti assistant va expliquer ce qui se passe en régie …
On est parti pour un nouveau discours.
Les filles se couchent par terre, Çong Yen sort ses textes et révise.
Je craque.
Mais qu’est-ce qu’il a donc de si long à raconter ?
Il me fait penser à cette serveuse de restaurant … dont je ne vous ai pas parlé !
Alors lundi soir en rentrant de Fo Guan Shan, nous sommes allés dans un restaurant de fondue.
Un peu comme celui où nous avons emmené Anaïs et William le soir où leurs valises sont arrivées.
Le paragraphe que je m’apprête à écrire aurait donc dû s’insérer à la fin de l’article où je vous racontais notre excursion au monastère géant.
Donc,
de retour de Fo Guan Shan, Cheng Wei nous a proposé de dîner ensemble.
C’était en centre ville sur Zhongshan road.
Ha Bao nous a rejoint avec sa compagne ainsi que Yung Hua, la copine de Cheng Wei, qui (comme hélas un peu trop souvent) n’était pas de très bonne humeur …
Dans ce restaurant, il y avait une serveuse un tout petit peu trop zélée.
Elle décrivait systématiquement et avec moult détails, tous les produits qui arrivaient sur la table.
C’était assez charmant au début.
En milieu de repas, on a commencé à en rire,
et puis est arrivé le moment où cela devenait vraiment fatiguant :
quand vous demandez un bol de riz supplémentaire, et que la jeune femme vient vous expliquer de quelle région vient le riz, le nom du producteur et quand il a été récolté, le tout en mandarin, vous avez juste envie qu’elle s’en aille s’occuper d’autres tables.
D’autant qu’à chaque fois, il a fallu qu’un de nos amis traduise consciencieusement.
Vous imaginez bien que la conscience a fini par se transformer en :
« qu’est-ce qu’elle a dit ?
- la même chose que la dernière fois c’est le même riz »
Ou alors :
« et là c’était quoi ?
- rien ! »
Je me souviens particulièrement de l’épisode du bol de riz parce que le comportement de la serveuse était au centre de nos conversations quand elle est apparue, les bols à la main, qu’elle s’est mis à parler, parler, parler, et que nous nous retenions de rire.
Fin de la digression.
Voilà à quoi Cheng Wei me faisait penser dans ces explications sans fin et je me suis évidemment empressé de le dire à Anaïs.
Cela a eu le mérite de nous faire rire un peu.
Pour en revenir à notre filage technique, j’ai interrompu le jeune homme pendant son explication de l’addition.
Je lui ai demandé l’heure :
« 21h40 »
Ça n’était plus la peine de continuer.
Le temps qu’il finisse son bla bla et que l’on se remette en route, il sera temps de ranger les affaires.
Je prends la décision d’arrêter et de faire venir plus tôt tout le monde demain.
C’est dommage mais nécessaire.
Que de temps perdu quand-même.
Il y a toujours des moments de flottement pendant ces mises au point techniques mais là, entre la conversion des vidéos (ses doubles excuses ont finalement pris tout leur sens) et les histoires de notre collègue, on a bien perdu trois heures.
Rendez-vous à 11h30 demain matin.
On commencera par les tops manquants avant de danser pour de bon.
Enfin … j’espère.
Il n’y a que trois séquences à régler dont l’addition qui a déjà été expliquée.
On devrait avoir fini avant de déjeuner.
De toute manière, si je vois que cela prend trop de temps, cette fois-ci, je demanderai à Cheng Wei d’abréger.
Retour aux loges,
rangement des affaires
et lever de camp.
22h10,
nous laissons les taïwanais à leur scooter et nous rejoignons le métro.
La pluie a cessé, nous sommes une fois de plus dans « l’après », mais je n’arrive pas à savourer l’instant.
On a pris trop de retard pour que je sois détendu.
Dans le métro, pour masquer mon inquiétude, je parle.
Je parle sûrement trop.
Mais je ne sais pas trop quoi faire d’autre.
Rien n’est encore perdu,
je sais que d’une manière ou d’une autre, on s’en sortira,
que dans cet endroit-même, il y a un peu plus de deux ans, on s’est posé tous les soirs la question du stop ou encore, sachant que nous n’avions pas d’autre choix que celui d’avancer.
Je sais bien que j’ai une équipe en or, que tout rentrera dans l’ordre
et qu’au pire, je fermerai les yeux, je ferai le deuil de certaines choses et en « faisant avec » on sauvera les meubles.
Je sais aussi que ces meubles sont déjà bien jolis.
Mais je ne peux pas m’empêcher d’être anxieux et il faut bien le dire un peu déçu.
Et puis toujours cette fatigue, pesante, qui transforme chaque petit obstacle en grosse colline.
Je me demande si je pourrai continuer comme ça longtemps.
C’est le grand bouillon dans mon cerveau alors que la ligne orange nous ramène vers le centre.
Je pense à tout ça mais je dis tout autre chose.
Je parle et Anaïs rit.
La vie suit son cours.
22h40,
j’ai souhaité bonne nuit à mon amie et je remonte Zhongshan road.
En vue, de Cisian, je me demande si j’ai de quoi petit déjeuner.
Heureusement, il y a toujours (enfin très souvent) une partie de mon cortex, qui dans l’organisation de ma tête, supplantera mes autres pérégrinations mentales, celle qui est en liaison directe avec mon estomac.
Les chroniques ? Je m’en moque.
Ai-je assez à manger pour demain ?
Dans le doute, je fais un crochet au supermarché.
Il ne ferme qu’à 23h.
C’est quand même pratique ces horaires.
Mais je dois avouer que j’ai quand-même eu un doute et, devant la porte du supermarché, j’ai attendu que quelqu’un d’autre s’aventure à l’intérieur pour être sûr que l’on avait encore le droit de rentrer.
À 22h40, on n’a pas idée !
Et bien si.
Me voilà en flagrant délit de bon vieux réflexe d’européen.
J'entre donc le plus nonchalamment possible dans le mini temple de la consommation.
En arrivant au rayon biscuits, je me suis soudainement souvenu que j’étais à ce même endroit pas plus tard que la veille.
Étant rassuré sur le fait que j'avais tout ce qui me fallait pour survivre jusqu'au repas de midi,
je suis ressorti dignement, me drapant dans une seconde couche de ridicule.
Hebei Road est tranquille ce soir.
Je prends le temps d’immortaliser le moment.
En fait, elle était arrivée entre temps, avait compris que l’on avait commencé sans elle, et en bonne professionnelle, elle s’était intégrée au spectacle.
Ils sont quand-même pas mal mes interprètes d’amis.
Nous avons avancé tant bien que mal jusqu’au solo de Cheng Wei, qu’il n’a pas très bien dansé parce plus assez chaud et pas très concentré, nous arrêtant de temps à autre quand les tops n’étaient pas au bon endroit, ce qui générait comme dans l’après-midi, une nouvelle interminable explication de mon collègue.
Comment voulez-vous qu’il soit concentré après ça ?
(je me demande quand-même ce qu’il avait à raconter à chaque fois …)
Il faudra que l’on refasse proprement les « couchers de soleil ».
Sentant ma contrariété, Cheng Wei faisait l’idiot pour détendre l’atmosphère.
Sauf que voilà, nous autres pauvres français, ayant encore du mal à repérer les mots en mandarin sur lesquels nous devions réagir, nous avions besoin de nos collègues pour faire les actions au bon moment.
Difficile avec un bonhomme qui se couche quand on doit se lever, qui sautille quand on ne doit plus bouger.
On s’est accroché à la pauvre Wan Chu qui elle-aussi avait du mal à rester dans le spectacle avec un clown à côté d’elle.
Ça aussi, il va falloir qu’il apprenne : il y a un temps pour tout.
Maintenant que j’y pense, toujours pendant ces couchers de soleil, Çong Yen nous a aussi fait une sacrée surprise :
je vous avais expliqué (dans cet article-ci) que Mike sifflait avec ses doigts quand il parlait du surveillant de baignade mais que le jeune taïwanais ne savait pas le faire.
J’avais déjà pris l’option « acheter un sifflet » mais avec tout ce que nous avons vécu, j’ai oublié de demander à Cheng Wei de s'en procurer un et je n’en avais pas croisé dans les supermarchés.
Jusque là dans les filages, Çong Yen faisait une sorte de son entre le cri et le sifflement.
Et là, pendant le filage, il a sifflé.
Avec ses doigts.
Comme Mike.
Il s’était entraîné (merci les tutoriels sur Internet) et faisait la chose comme s’il l’avait fait depuis sa plus tendre enfance …
Sacré Çong Yen.
Cheng Wei ayant fini sa danse, on en était à la nouveauté : l’addition.
Anaïs briefe Wan Chu sur son rôle dans la scène.
L’apprenti assistant va expliquer ce qui se passe en régie …
On est parti pour un nouveau discours.
Les filles se couchent par terre, Çong Yen sort ses textes et révise.
Je craque.
Mais qu’est-ce qu’il a donc de si long à raconter ?
Il me fait penser à cette serveuse de restaurant … dont je ne vous ai pas parlé !
Alors lundi soir en rentrant de Fo Guan Shan, nous sommes allés dans un restaurant de fondue.
Un peu comme celui où nous avons emmené Anaïs et William le soir où leurs valises sont arrivées.
Le paragraphe que je m’apprête à écrire aurait donc dû s’insérer à la fin de l’article où je vous racontais notre excursion au monastère géant.
Donc,
de retour de Fo Guan Shan, Cheng Wei nous a proposé de dîner ensemble.
C’était en centre ville sur Zhongshan road.
Ha Bao nous a rejoint avec sa compagne ainsi que Yung Hua, la copine de Cheng Wei, qui (comme hélas un peu trop souvent) n’était pas de très bonne humeur …
Dans ce restaurant, il y avait une serveuse un tout petit peu trop zélée.
Elle décrivait systématiquement et avec moult détails, tous les produits qui arrivaient sur la table.
C’était assez charmant au début.
En milieu de repas, on a commencé à en rire,
et puis est arrivé le moment où cela devenait vraiment fatiguant :
quand vous demandez un bol de riz supplémentaire, et que la jeune femme vient vous expliquer de quelle région vient le riz, le nom du producteur et quand il a été récolté, le tout en mandarin, vous avez juste envie qu’elle s’en aille s’occuper d’autres tables.
D’autant qu’à chaque fois, il a fallu qu’un de nos amis traduise consciencieusement.
Vous imaginez bien que la conscience a fini par se transformer en :
« qu’est-ce qu’elle a dit ?
- la même chose que la dernière fois c’est le même riz »
Ou alors :
« et là c’était quoi ?
- rien ! »
Je me souviens particulièrement de l’épisode du bol de riz parce que le comportement de la serveuse était au centre de nos conversations quand elle est apparue, les bols à la main, qu’elle s’est mis à parler, parler, parler, et que nous nous retenions de rire.
Fin de la digression.
Voilà à quoi Cheng Wei me faisait penser dans ces explications sans fin et je me suis évidemment empressé de le dire à Anaïs.
Cela a eu le mérite de nous faire rire un peu.
Pour en revenir à notre filage technique, j’ai interrompu le jeune homme pendant son explication de l’addition.
Je lui ai demandé l’heure :
« 21h40 »
Ça n’était plus la peine de continuer.
Le temps qu’il finisse son bla bla et que l’on se remette en route, il sera temps de ranger les affaires.
Je prends la décision d’arrêter et de faire venir plus tôt tout le monde demain.
C’est dommage mais nécessaire.
Que de temps perdu quand-même.
Il y a toujours des moments de flottement pendant ces mises au point techniques mais là, entre la conversion des vidéos (ses doubles excuses ont finalement pris tout leur sens) et les histoires de notre collègue, on a bien perdu trois heures.
Rendez-vous à 11h30 demain matin.
On commencera par les tops manquants avant de danser pour de bon.
Enfin … j’espère.
Il n’y a que trois séquences à régler dont l’addition qui a déjà été expliquée.
On devrait avoir fini avant de déjeuner.
De toute manière, si je vois que cela prend trop de temps, cette fois-ci, je demanderai à Cheng Wei d’abréger.
Retour aux loges,
rangement des affaires
et lever de camp.
22h10,
nous laissons les taïwanais à leur scooter et nous rejoignons le métro.
La pluie a cessé, nous sommes une fois de plus dans « l’après », mais je n’arrive pas à savourer l’instant.
On a pris trop de retard pour que je sois détendu.
Dans le métro, pour masquer mon inquiétude, je parle.
Je parle sûrement trop.
Mais je ne sais pas trop quoi faire d’autre.
Rien n’est encore perdu,
je sais que d’une manière ou d’une autre, on s’en sortira,
que dans cet endroit-même, il y a un peu plus de deux ans, on s’est posé tous les soirs la question du stop ou encore, sachant que nous n’avions pas d’autre choix que celui d’avancer.
Je sais bien que j’ai une équipe en or, que tout rentrera dans l’ordre
et qu’au pire, je fermerai les yeux, je ferai le deuil de certaines choses et en « faisant avec » on sauvera les meubles.
Je sais aussi que ces meubles sont déjà bien jolis.
Mais je ne peux pas m’empêcher d’être anxieux et il faut bien le dire un peu déçu.
Et puis toujours cette fatigue, pesante, qui transforme chaque petit obstacle en grosse colline.
Je me demande si je pourrai continuer comme ça longtemps.
C’est le grand bouillon dans mon cerveau alors que la ligne orange nous ramène vers le centre.
Je pense à tout ça mais je dis tout autre chose.
Je parle et Anaïs rit.
La vie suit son cours.
22h40,
j’ai souhaité bonne nuit à mon amie et je remonte Zhongshan road.
En vue, de Cisian, je me demande si j’ai de quoi petit déjeuner.
Heureusement, il y a toujours (enfin très souvent) une partie de mon cortex, qui dans l’organisation de ma tête, supplantera mes autres pérégrinations mentales, celle qui est en liaison directe avec mon estomac.
Les chroniques ? Je m’en moque.
Ai-je assez à manger pour demain ?
Dans le doute, je fais un crochet au supermarché.
Il ne ferme qu’à 23h.
C’est quand même pratique ces horaires.
Mais je dois avouer que j’ai quand-même eu un doute et, devant la porte du supermarché, j’ai attendu que quelqu’un d’autre s’aventure à l’intérieur pour être sûr que l’on avait encore le droit de rentrer.
À 22h40, on n’a pas idée !
Et bien si.
Me voilà en flagrant délit de bon vieux réflexe d’européen.
J'entre donc le plus nonchalamment possible dans le mini temple de la consommation.
En arrivant au rayon biscuits, je me suis soudainement souvenu que j’étais à ce même endroit pas plus tard que la veille.
Étant rassuré sur le fait que j'avais tout ce qui me fallait pour survivre jusqu'au repas de midi,
je suis ressorti dignement, me drapant dans une seconde couche de ridicule.
Hebei Road est tranquille ce soir.
Je prends le temps d’immortaliser le moment.
En revanche, l’alcôve est bien triste la nuit.
23h10,
je suis au neuvième étage, épuisé par le stress.
Je mange un pot de glace devant la télé sans la regarder vraiment.
Cheng Wei m’envoie les noms pour la vidéo de « rentrer »
Parfait.
Je vais pouvoir travailler demain matin.
J’en profite pour lui demander une police de caractère qui soit adaptée au texte du premier film.
Il ne comprend pas.
N’aurait-il pas remarqué que la police du texte n’était pas correcte ?
Je n’ai plus ni la patience, ni l’énergie pour lui expliquer ce que Wan Chu m’a dit ce matin :
« oublie .. demain, je ramènerai l’ordinateur encore une fois et on fera ça sur place »
Il me répond d’un « désolé » qui en dit long.
D’un côté, il n’a vraiment pas compris ma question, probablement parce que nous sommes tous les deux fatigués,
de l’autre, par la sécheresse de ma réponse, il se rend compte que je ne suis pas content de la journée.
Je suis, à mon tour, désolé du ton de ma phrase.
J’aurais préféré rester calme et parler avec lui, plus tard, tranquillement, de tout ce qui s'est passé aujourd'hui,
mais là, je n’en peux plus.
Il faudrait que j’aille me coucher.
Mais avant, comme je sais que « rentrer » va me prendre beaucoup de temps demain matin, je remplace le texte du poème du thé par sa version en mandarin.
C'est toujours ça de fait.
Au moment de choisir la police, j’ai un doute.
J’en prends une qui me paraît jolie …
Conviendra-t-elle ?
On verra bien.
0h30,
extinction des feux
Je ne m’étais pas trompé.
La journée a été longue.
Mais un peu plus compliquée que je ne l’imaginais.
Que va-t-il nous arriver demain ?




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