13/09/18 - 2 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 19 (2) - c'est pas gagné ...
mais quelques avancées du côté des images.
Cheng Wei se réveille,
il n'y a plus qu'à croiser les doigts
Au programme, la barre et un filage technique que j’espère enfin réussi.
Si tout ce qui a, plus ou moins, été réglé hier se passe bien, il ne nous restera après qu’à préciser les tops de la dernière partie qu’avec un peu de chance, Beï Ji aura trouvé tout seul.
La régie est installée, nous avons donc le son dans les enceintes de la scène.
En route.
Premières notes, premier plié,
du côté de mon corps, ça n’augure rien de bon.
Mes deux genoux sont en feu.
Mon dos me signale qu’il est lui aussi de la fête.
Je me suis dopé pourtant !
Tenir jusqu’au bout.
Quatre jours, quatre petits jours.
Une fois la barre terminée, chacun finit de se chauffer comme il veut,
et nous voilà prêts à tenter à nouveau l'aventure.
15h,
tout le monde se prépare,
on installe tous les accessoires en coulisses,
(cela s'appelle faire la mise, vous vous souvenez ?)
Le sac !
J’ai oublié le sac marron dans lequel il y a la tasse et le thé.
Tant pis.
On fera sans.
Prologue, première danse, c’est laborieux.
De tous les côtés.
Le sol nettoyé récemment accroche énormément.
Cela n’aide pas à la concentration.
Côté image, c’est pire.
Les tops vidéos ne sont pas précis.
La photo du bureau de tabac disparaît trop tôt.
Les problèmes de format ne sont pas réglés.
Je suis dépité.
Et je culpabilise parce que je me sens responsable d’un certain manque de concentration du côté des danseurs.
Mon énervement, que je n’ai pas réussi à contenir en arrivant ce matin CF1., a forcément contribué à ce que la tranquillité, dont nous avons besoin sur le plateau, nous fasse cruellement défaut.
Avec les tops qui cafouillent et le tapis qui colle, c’est bien difficile de ne se focaliser que sur la danse.
Je croise le regard d’Anaïs.
Elle aussi, semble déçue.
Connaissant son degré d’exigence, je la comprends.
Forcément.
Je tente de la rassurer comme je peux :
« bon, c’est le mauvais filage … il y en a toujours un de toute façon … il vaut mieux que ça arrive aujourd’hui … »
Pas sûr que mes petites phrases de réconfort aient été efficaces.
Mais je ne peux pas faire plus, mon esprit est en ébullition.
Il y a tant de choses à revoir.
On fait une petite pause.
Histoire de retrouver le calme et la détermination.
17h,
je m’attaque aux problèmes techniques.
Il faut revoir tous les tops mais je veux, avant toute chose, régler les deux principaux problèmes.
D'abord , la photo pour la scène du bureau de tabac . Que s'est-il passé ?
Ça a bien marché hier soir pourtant.
La jeune femme me présente ses excuses pour son erreur.
Elle le fait d'ailleurs pour toutes ses erreurs.
Bon ! C’est bien d’en être consciente mais s'il y a une chose que j’ai bien compris depuis hier, c'est qu’elle était une pro de l’excuse.
J'insiste pour savoir ce qui s'est passé.
Et je fais bien :
la technicienne m’explique qu’elle a tenté une mise en pause automatique avec une durée calibrée.
Sauf que ladite durée dépend du temps que l’on prend pour installer les accessoires ainsi que de la longueur de nos dialogues.
Difficile de garder une vitesse constante quand on est quatre à parler.
(déjà que quand on est seul …)
Tout ça fluctue, bien évidemment.
Si Fred n'avait pas laissé la levée de la pause aux soins des machines, ça n’était pas pour rien.
Je dis (une fois de plus) à la jeune fille que ça n’est pas grave pour cette fois (même si ça n’est pas du tout ce que je pense), lui raconte que Fred faisait tout ça « à la main » et que je pense vraiment que c'est la meilleure solution.
Je crois qu'elle a compris.
On verra ce soir ...
Maintenant, le problème de la taille de l’image.
Je ne peux pas laisser toutes ces heures de travail être gâchées par un mauvais réglage.
D’ailleurs, je m’étonne qu’ils ne se soient pas rendus compte eux-même qu'il y avait un problème, vu que cela avait bien marché mardi, et même hier après-midi.
Ils n'ont pas vu que quelque chose avait changé ?
Mais bon, c’est mon bébé, je le connais mieux que quiconque, c’est à moi de le défendre.
Là, se présente à nouveau à moi, cette fameuse barrière de la langue.
(et ça n’est pas « fameuse » que j’ai envie d’écrire …)
J’explique à Cheng Wei ce que je semble être le seul à voir, à savoir que les images sont déformées.
Jusqu’ici (comme disait l’autre …) tout va bien.
Mais comment expliquer en anglais à mon ami, mon hypothèse sur le problème de format, lui qui est très loin de toutes ces considérations cinématographiques ?
Je tente d’abord avec des mots :
« Le vidéo projecteur est calibré en 16:9, il faut juste le mettre en 4:3 et recadrer »
Pas sûr qu’il ait compris mais il se tourne vers la régie et se lance dans une explication que je trouve encore plus interminable que la veille.
« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » comme dirait l’autre (mais pas le même autre que tout à l’heure)
Je sens que mon collègue ne sait pas vraiment de quoi il parle.
Pendant que cela continue à discuter, je vais dans la loge, prend l’ordinateur et revient montrer à Cheng Wei, ce que je veux et ce que je vois.
D’ailleurs, je vais vous le montrer aussi.
Prenons, cette photo du lac de Chengcing au format 4:3.
Si je la projette en 16:9, ça devient ça.
Vous me direz, c’est juste un peu plus tassé … ça n’est pas bien grave.
Et je suis d’accord avec vous.
Sauf que s’il y a des personnages sur la photo, cela devient un peu plus problématique.
Par exemple, Cheng Wei et Ha Bao, visiblement heureux sur le Vieux-Port,
Ils sont transformés en ça.
Cette photo étant dans la vidéo l’épilogue, film où il y a beaucoup de visages en gros plan,
vous imaginez le désastre ?
Sur un grand écran ?
Voilà, vous y êtes.
Et Cheng Wei a aussi compris après une démonstration similaire.
Nouvelle discussion, toute aussi longue.
J’essaie de garder mon calme.
Mais avec la douleur, la fatigue, l’inquiétude pour les danseurs,
et la générale qui approche, où en plus, il y aura des photographes,
je suis à deux doigts de … de je ne sais pas trop quoi faire d’ailleurs, mais je n’en suis pas loin.
Finalement, il y a de l’action.
On bouge l’appareil, on change des réglages.
Cela va mieux.
Mais on change à nouveau.
Cette fois-ci on est dans le bon format, mais ça déborde.
Partout.
Sur le sol, les pendrillons, le plafond.
La seule scène qui pourrait éventuellement être dansée comme ça est « la traversée »
Mais pour le reste …
Le poème du thé qui bave allègrement sur le sol et dans les rideaux.
On ne voit que la moitié des phrases.
Je suis désespéré.
Revient alors mon fonctionnement habituel : se mettre en mode « sauver les meubles ».
Je dis à mon ami qu’il faut absolument que les films soient projetés en 4:3 et que pour le reste, ma foi, si ça pouvait déborder de l’écran le moins possible ça serait bien,
sinon, tant pis.
Je m’apprête à partir quand je vois mon ami fondre sur la régie.
Je sais ce qui va se passer quand il est dans cet état : il va se battre.
La discussion reprend mais elle est plus courte.
Et finalement, ils recommencent tout.
L’emplacement du projecteur, le calibrage de l’image de projection, le format et finalement, après quelques atermoiements et autres intermèdes (dont le choix de la viande du dîner où j’ai répondu un « duck » beaucoup trop ferme et définitif), on arrive à quelque chose de bien.
Je suis content.
Je m’en veux.
J’aurais peut-être dû être patient.
Mais je ne suis plus en état.
18h30,
le dîner est arrivé.
J’essaie de retrouver mon calme.
La viande est bonne, l’ambiance aussi.
J’ai l’impression de prendre enfin mon temps quand Cheng Wei vient me rappeler que la générale est en conditions « spectacle ».
On commencera donc à l’heure où aura lieu le spectacle demain,
(mon dieu c’est demain !)
c’est à dire 19h30.
Il fait bien de me le rappeler.
J’étais parti pour commencer le plus tard possible.
On fait une croix sur la révision des tops et on croise les doigts pour que tout se passe comme il faudrait.
Après tout, ça n'est qu'une générale, on a encore le droit à l'erreur.
19h,
les photographes arrivent.
Je dis à Cheng Wei de ne pas filmer la scène du thé, vu que j'ai oublié les accessoires.
Sans thé et surtout sans tasse, ça n’a pas vraiment d’intérêt …
Il met ses chaussures et se dirige vers la porte de sortie en me disant
« No way »
No way peut-être ... mais je ne vois pas trop comment on peut faire autrement.
J'ai oublié mes accessoires, tant pis pour moi.
Pendant que je finis mon repas, je reçois un message avec des photos de tasses.
Mon ami est en train d’en acheter au supermarché et il veut que je choisisse.
Le jeune homme a enclenché le mode assistant guerrier sur tous les fronts depuis l’épisode de la vidéo.
Parfois, il est vraiment remarquable.
Je vais dehors finir ma digestion en fumant une pipe.
La nuit est déjà tombée.
Bon sang que les journées passent vite ...
Je croise Çong Yen, assis devant la porte, profitant de l'air libre et du calme.
Il s’entraîne à dire « crépuscule » en français.
Cela fait partie de son texte dans « les couchers de soleil ».
Le pauvre, le français est une langue parfois bien difficile.
Cela dit, il a autant de mal à dire ce mot en français que Mike en avait à le dire en mandarin.
Cheng Wei revient de ses courses.
Il a du thé (que j’offrirai à Anaïs), une tasse et … un imperméable, que j’avais effectivement aussi oublié.
Je veux lui payer tout ça, évidemment, il refuse.
Je me vengerai.
19h20,
on fait tranquillement la mise.
Cheng Wei revient me rappeler que l’on commence à l’heure …
J'avais déjà bien compris la première fois qu'il me l'avait dit.
S'il insiste, c'est qu'il y a quelque chose d’autre derrière ce message.
Crevons l’abcès.
Je lui demande pourquoi il insiste tant.
Il m’explique enfin.
En fait, les photographes sont payés à l’heure donc s’ils restent plus longtemps, ça sera plus cher.
C’était donc ça !
Mais pourquoi il ne l’a pas dit plus tôt ?
Je lui dis que je m’engage à payer le dépassement horaire éventuel mais que là, il faut qu’il se calme et qu’il redevienne … un danseur.
« ok » dit-il en souriant.
On vérifie que tout le monde est prêt et que tout est en place.
On croise les doigts …
Et en route pour la générale ...
Générale que je vous raconterai dans le prochain article
qui se trouve déjà là >>> derrière ce lien
(Xavier tu peux faire une pause et prendre un thé avant de continuer si tu veux)






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