12/09/18 - 1 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 18 (1) - au deuxième jour


Une autre journée racontée en trois articles,
qui commence paisiblement
(enfin presque)
malgré quelques tracasseries d'images






Mercredi 12 septembre, 5h


L’aube entame à peine sa route que j’ai les deux yeux grands ouverts.

Pourquoi ?

Allez savoir ?

La journée d’hier s’est plutôt bien passée, on est dans les temps, l’ambiance est bonne,
je n’ai aucune raison de m’inquiéter outre mesure mais …
mes yeux fixent désespérément le plafond du 9e étage de Zhongshan road.

Mon corps, lui, n’est pas du tout d’accord avec mon regard.

La désincrustation du lit est difficile.

J’ai beau me dire que finalement, ça n’est pas si mal d’être réveillé tôt vu qu’il me reste plein de petites choses à finir, la mécanique a décidé de poser une et une seule question au décideur de sous la boite crânienne : Pourquoi .

Après moult contorsions et tergiversations (à moins que ça ne soit l’inverse), je m’extrais malgré tout de ce lit confortable pour me lancer dans les rituels du matin.
Petit déjeuner sur léger fond de radio, le tout à toute petite vitesse.

Je regarde la lumière éclairer le ciel.

Un peu trop mitigé pour être honnête.

C’est vrai qu’il y a ce typhon dans le Pacifique qui ne va tarder à traverser la région.

Ces tempêtes tropicales étant capricieuses, on ne sait pas encore dans quelle sauce on va être trempé.

Je m’en inquièterai en temps voulu.

Mais il semble que cela approche.

Pourvu que …

Non, j’ai dit que je m’en inquiéterai plus tard.

6h30,
je prends mon carnet et raconte la journée d’hier avec tous les détails que vous connaissez maintenant.

Cela vous a permis d’avoir la chose en trois articles.

C’est pas du luxe ça ?
Et bien figurez-vous que cela va continuer pour aujourd’hui, et même demain et puis même pour le jour du départ, qui approche, et ce mercredi matin, je m’efforce de ne pas y penser



7h45,
il semble que la mécanique et l’intellect se soient mis d’accord,
même le ciel est plus bleu que je ne le pensais.
Je me lève, allume l’ordinateur et corrige toutes les petites choses aperçues dans les vidéos hier.

D’abord, les trois phrases manquantes du premier texte.
Je visionne une dernière fois la nouvelle mouture avant de l’enregistrer.
Je me demande si le public aura le temps de tout lire.
Il y a tellement d’idéogrammes !
Ils me diront tout à l’heure.
Au pire, il y a encore demain matin …

Je passe ensuite aux couchers de soleil.

Quelques décalages temporels, un changement de photo, tout me paraît correct,
j’autorise l’ordinateur à confectionner la version définitive.
En langage informatique ils appellent ça « l’exportation »
(et si on veut montrer aux autres que l’on a vraiment l’habitude de faire ce genre de choses,
on dit l’export, c’est plus … enfin bon on dit, l’export ...
j'ai d'ailleurs déjà employé ce terme dans ce blog plus d'une fois ...
bref, maintenant vous savez)

Pendant l’export (donc …), j’écris la bafouille à propos de Çong Yen que m’a demandé Cheng Wei hier soir.

Çong Yen !
J’ai laissé sa voix dans le film.

Je l’avais laissé pour avoir les repères pour les images.

J’arrête l’export, j’enlève la piste son de la voix de Çong Yen et je relance l’ordinateur.
La machine m’annonce que ça ne sera prêt que dans trente minutes.

Ça va être juste.
Mais comme parfois, la durée évolue pendant le travail, je me dis qu’il n’est pas encore temps de s’affoler.

En attendant, je fais un peu de promotion sur les réseaux sociaux.
Mes amis n’ont pas fait grand chose.

C’est bien la peine de se disputer après à propos du petit nombre de tickets vendus à l’avance s’ils ne tentent pas de rectifier le tir …



9h30,
le film n’est pas fini.

Je vais sous la douche.
Cela sera peut-être fini quand je serai propre.

Ah !
Une idée !
J’ai l’impression qu’à cette heure-ci, je dois pouvoir arriver au parc aussi vite en bus qu’en métro.
Jetons un œil sur le site des transports en commun de Kaohsiung pour voir à quelle heure passe le magique 248.

Je pourrais expliquer à Anaïs où prendre le bus, ça nous ferait une petite balade matinale.

Cela dit, vue l’heure avancée, je crois que pour aujourd’hui je vais plutôt lui dire d’aller seule au théâtre, ça sera plus sûr.

Vous aurez remarqué à quel point ce matin, je me suis désinquiété de tout.

(d'ailleurs le verbe désinquiéter n'existe pas et c'est bien dommage)
Le typhon, mon erreur sur le film qui ne génère pas d’affolement, mon retard, le fait qu’Anaïs ait à faire seule le chemin jusqu’au théâtre alors qu’elle ne l’ai fait qu’une fois hier,
je ne sais pas pourquoi mais jusque là, la concentration a pris le pas sur à peu près tout, et ça n’est pas désagréable.



9h55,
l’ordinateur a fini le film, mes affaires sont faites … et le 248 passe en bas de l’immeuble.

Tant pis, je prendrai le prochain (aucun affolement je vous dis …)

10h,
je quitte l’appartement.

Alors là dans mon carnet, j’ai noté que j’ai mis mes nouvelles chaussures.

J’ai donc acheté des chaussures entre temps.

Je ne crois pas que ça soit celles du marché, je les avais déjà étrennées.

Peut-être que ce sont les sandalettes.

Il me semble que j’en ai acheté d’autres.

Bref, j’ai des nouvelles chaussures et je suis dans l’ascenseur,
avec sur le dos mon sac vert plein à craquer de tout ce qui pourra être utile à cette journée qui va être longue et donc bien chargée puisque nous ne quitterons le théâtre qu’à 22h.

Le bus n’est plus très loin.
Ce ciel est quand même très bleu pour une veille de tempête tropicale.
Je jette un œil sur le site de la météo, il semble que le typhon passe plus au sud et aille ennuyer les philippins.

Ça n’est pas gentil pour eux mais j’en suis bien content.

(et là, il devrait y avoir une phrase du genre « espérons que la tempête capricieuse ne change pas d’avis » et bien, non …rien … désinquiété total)

10h10,
le bus arrive.

On prend place.
Le chauffeur ne démarre pas tout de suite,
il attend un couple de personnes âgées qui a fait signe un peu plus loin et arrive aussi peu lentement qu’il peut (et souvenez-vous, ici, on attend les vieux aux arrêts)
Le monsieur discute avec le chauffeur.

On en arrive à l’habituelle méprise : Fongshan, Gushan.

Il s’est passé plein de choses depuis que je vous ai expliqué cette histoire alors je vous le rappelle :
sur Zhongshan road, à cet arrêt qui est celui de la gare centrale, il y a deux arrêts pour le 248, un pour aller vers l’ouest à Gushan, et un pour aller vers l’est à Fongshan via Weiwuyin.

Nos passagers étaient à l’autre arrêt et se sont affolés voyant le bus s’arrêter cinquante mètres plus haut, mais en fait ils allaient à Gushan (et étaient donc au bon arrêt).

Nous avons attendu pour rien.

Mais ça n’est pas grave.

Je suis dans le bus,
il ne pleut pas,
j’en profite pour écrire tout ce que je viens de vous raconter.


Alors que nous remontons vers l’est (donc!), le fond d’angoisse lance son invasion.

Pourvu que tout se passe bien …

J’espère que je n’ai rien oublié …

Mais pour l’instant, pas de commune mesures avec la semaine dernière.

On passe l’arrêt où Anaïs aurait pu me rejoindre, je me dis que je l’ai un peu laissé tomber la pauvre.

Je sais bien qu’elle n’est pas toute seule, et qu’elle peut comprendre dans quel état je suis, mais quand-même, je fais un bien mauvais « patron »
De toute façon, je n’ai guère le choix.



10h25,
je marche vers le théâtre sous une chaleur qui commence à plomber l’atmosphère.
Bien que l’inquiétude remonte à la surface, je ne me presse pas.
Je m’étonne de cette chapelle, cachée au milieu du parc entre Zhongzen et Wu,


et de ces arbres si proprement rangés et de cette pelouse rigoureusement tondue.


Après avoir traversé Wu Fu road, je prends le temps de faire une photo du nouveau théâtre


et de cet écureuil



Il y a aussi cet arbre majestueux qui trône fièrement dans son champ et qui doit être bien utile en cas de coup de chaud
(d’ailleurs on y a installé des tabourets de fortune, cela doit un point de ralliement)


Vous l’avez peut-être remarqué, le ciel bleu a disparu …
Mais j’ai décidé que non, ce matin, définitivement, ça ne serait pas important.
(enfin … pas trop … pas encore)

Bien qu’ayant pris un peu de temps en chemin, j’arrive au théâtre avant Cheng Wei.

Les filles attendent dans les loges, chacun sur leur téléphone.

Paisibles.
Tout est calme.



Puis la tornade arrive.

Il dit nerveusement bonjour, pose ses affaires.

Il est déjà passé par la régie, il faut que j’y amène les nouvelles vidéos.

Là, maintenant,
parce que la jeune femme qui s’en occupe veut les avoir tout de suite.
Le temps que j’obtempère, notre ami est déjà en route pour la régie.
Je le suis, tranquillement.



Alors il faut que je vous explique.
Les loges sont à l’arrière de la scène.
On accède au plateau par deux entrées situées de part et d’autre du mur du fond.
Ce qui fait que quand je dirige vers Beï Ji, je remarque de nouveaux projecteurs latéraux installées en coulisses, les tapis de sol nettoyés mais je ne vois pas ce qui est projeté sur les pendrillons.
Quand je suis en bord de scène, là où sera le premier rang de spectateurs, Cheng Wei, déjà assis en régie, me dit :
« tourne toi »


Le choc.
Le créateur lumière avait recopié à l’identique ce qu’avait mon cher Fred à l’identique.
Les projections, les petites lampes !


« wow ! c’est magnifique ! »
Je lis la fierté dans le regard de Cheng Wei.
« Beï Ji ! tu n’étais pas obligé de faire la même chose ! »
Mon ami traduit.
« Ça lui plaisait vraiment, alors il a fait pareil »
Ces gens sont incroyables.
On a donc un peu plus de Fred avec nous …

Je donne mes vidéos l’assistante à la vidéo.

Une femme un peu trop maquillée à mon goût (mais elle n’a pas à me plaire).

Un peu trop souriante aussi (et ça, ici, je sais que ça n’est pas forcément bon signe).
Elle comprend à peine l’anglais.
Vu le nombre de films (sans parler du nombre de tops), je sens que l’explication va prendre un peu de temps.
(d’autant que Cheng Wei est déjà reparti faire … ce qu’il a décidé qu’il avait à faire).
On verra bien.

Comme le plateau est prêt, je dis aux filles qu’elles peuvent commencer à s’étirer et à se chauffer un peu avant que l’on fasse la barre.

Cela me laisse le temps de voir avec la jeune femme comment on s’organise.

Elle veut tous les films maintenant.
Elle n’a pas enregistré ceux que l’on avait testé hier.
Je regarde si j’ai tout emporté.

Et je réalise qu’il me manque encore deux choses.

Dont une de taille …
D’abord, le poème du thé est toujours en français (pas de souci, j’ai la traduction et l’ordinateur, je ferai le remplacement à la pause)
mais il manque la vidéo de « rentrer », ce qui est beaucoup plus problématique.
Cela montrait tout l’itinéraire de Kaohsiung à chez moi avec toutes les options possibles
(ne me dites pas que vous avez oublié ? souvenez-vous ! bon ok, alors j’en ai parlé ici … et puis même )
Il y avait donc tout un tas de noms de lieux.

Alors je pourrais juste tout traduire en anglais mais tant qu’à faire les choses correctement, il allait me falloir les dix-sept noms en mandarin avec lesquels j’allais pouvoir créer les quatre-vingt images utiles à la réalisation de l’animation.

Nous avions prévu de commencer plus tard demain matin … j’ai de quoi m’occuper !

La jeune femme a tous les films.
Elle me fait comprendre que l’on verra pour les tops plus tard.
Je vérifie qu’elle a le bon ordre et signe le rappel des troupes.

On peut commencer la journée : la barre.
J’appelle Cheng Wei, demande à monsieur Bitoniau, ingénieur du son de son état.




Et nous pouvons …

Et nous ne pouvons rien du tout.

Ha Bao fait son apparition.

Il est énervé.

Allons bon.

Discussion avec Cheng Wei.

Nous ne saurons pas la raison de la contrariété mais nous en connaîtrons la principale conséquence sur notre avenir proche : nous mangerons la même chose que la veille.

Ma foi, jusque là, je pense que nous tiendrons le choc.



11h20,
on commence enfin la barre.

La suite, c'est par ici  >>>




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