06/04/18 - Pavillon Noir - Jour 18 - Sale journée poplitée
avancer quand même,
malgré tout
pour soi et pour toute l'équipe à ses côtés
J’ouvre un œil.
Via ma tablette multifonction, j’écoute les informations sur France Info
et je me rendors aussi sec.
7h30.
Le réveil sonne
(j’ai bien fait de le mettre hier soir).
Je descends dans le brouillard le plus total jusqu’à la boulangerie.
Deux brioches aux pépites de chocolat.
Je remonte, me fait un thé
et regarde à la télé les informations que j’écoutais une heure et demi plus tôt.
Le mélange taïwanais Oolong 913 - viennoiseries de chez Mandonato, particulièrement réussi,
contribue à la dissipation de ce brouillard matinal,
laissant pleinement la place à ce nouvel événement qui me colle aux basques ces temps-ci :
des douleurs aux genoux.
La chose s’est installée insidieusement ces derniers temps.
Ceux qui me suivent m’ont d’ailleurs vu régulièrement réouvrir ce chapitre.
Mais là, cela devient vraiment anormalement douloureux.
Au point que j’en ai parlé à d'autres.
Ce qui est plutôt rare
et qui n’est pas la meilleure des choses car forcément, tout le monde y va de son diagnostic,
ce qui me fait encore plus flipper.
Le palais réconforté par les saveurs d’oolong, je me demande si mon corps va tenir cette fois encore.
Sept semaines.
Comment ça va se passer ?
Si la situation n’empire pas, cela va être dur mais supportable.
À quelle intensité est la douleur ? La même qu’hier je crois.
En fait, je n’en sais rien.
Je n’arrive pas à analyser.
Ce matin, l’inquiétude a pris le dessus sur tout.
Il n’est pas encore temps de partir.
Je me mets devant un jeu pour me vider la tête,
ça ne marche que très moyennement.
9h,
douche,
le genou gauche me semble enflé.
Je retrouve un stick d’huiles essentielles.
J’en mets sur les deux.
Ça ne peut pas faire de mal.
9h30,
je pars à la voiture.
Rue Francis Davso,
place d’Estienne d’Orves,
je monte les escaliers vers la rue Fort Notre Dame.
En plus de la douleur à gauche, j’ai un point au genou droit.
Hier, on m’a dit que c’était le ménisque.
Angoisse à tous les étages.
Je prends la route.
Je suis focalisé sur mes genoux.
Que faire ?
Retourner chez le médecin ?
L’ostéo ?
Demander à faire passer des radios ?
M’arrêter complètement et me faire remplacer ?
Par qui ?
Alors que les kilomètres d’autoroute qui séparent Aix de Marseille défilent,
je passe en revue les danseurs marseillais que je connais,
je ne vois pas.
Ah si ! Je trouve quelqu’un (et je ne vous dirai pas qui ...)
Ça me calme un peu.
Donc si autre danseur il y a, il faut envisager une réécriture.
Il faut que je danse le prologue.
Forcément.
Et puis le duo au thé, et puis mon solo,
qui n’est pas encore écrit mais qu’il va falloir que j’envisage autrement.
Adieu les impros de cet hiver.
Aix est en vue.
Il y a des bouchons à l’entrée de la ville.
Ça klaxonne, ça s’impatiente.
Les plus barrés prennent même les rues à contresens ...
Aujourd’hui, je suis prêt à gaspiller dix euros et à laisser ma voiture au parking souterrain.
Pas le courage de tourner en rond en attendant que quelqu’un parte comme moi travailler.
Je continue à penser à la réorganisation de la pièce.
Que dansera le ou la remplaçant(e) ?
L’épilogue, je ne peux pas ne pas le faire.
Pendant que je remanie toutes les actions, je fais machinalement le tour du quartier comme mercredi.
Et comme mercredi, je trouve une place.
10h20,
je dis bonjour à Estelle au rez-de-chaussée de la grande maison.
Elle est toujours souriante Estelle,
cela fait du bien.
Je monte au studio Bossatti focalisé sur mes articulations.
Je flippe tellement que la fatigue du reste du corps me paraît anecdotique.
Je me chauffe sommairement.
Aujourd’hui, Anaïs arrive à midi et je veux avoir révisé tout seul avant qu’elle soit là.
Si je fais une barre complète, je n’aurais pas le temps.
Je me fais un déroulement de la pièce dans l’ordre et en marquant plus ou moins.
Quelques erreurs,
mais plus liées au fait que je suis seul
et qu’une partie de ma conscience reste bloquée dans mes deux genoux.
En terme de douleur ça va aller, il faut juste que « mécaniquement », ça tienne.
Sept semaines ...
11h30,
pause sur le canapé.
Je consigne dans le carnet noir mes atermoiements du matin et aussi ce qui est s’est passé il y a dix jours.
Quand j’écris qu’Anaïs est exaspérément ponctuelle,
(ce qui, nous sommes d’accord, est un adverbe que je viens d’inventer)
elle apparaît dans le foyer.
Il est midi.
Midi pile !
Elle m’énerve.
Je lui raconte la situation.
Elle rit (bien-sûr) et réussit à me faire rire (ça c’était moins sûr).
Exactement midi.
Pourtant aujourd’hui, elle a pris les transports en commun.
Comment fait-elle ?
Peut-être qu’elle était en avance et qu’elle attendait l’heure exacte, cachée derrière la porte ?
Je lui demande.
On rit encore et mes angoisses se dissipent, un peu.
Elle me demande comment s’est passée la matinée, je lui raconte mon flip,
qui, maintenant que je me suis plutôt détendu, me paraît bien exagéré,
et nous rions de plus belle.
Ça me fait tellement de bien.
Je travaille avec une perle.
Elle se chauffe pendant que je lui raconte la première répétition de Mike
et deux ou trois choses qu’elle a ratées dans ces derniers jours où, exceptionnellement, nous n’étions pas ensemble.
Même si je vais mieux que quelques heures plus tôt, j’ai quand même la tête et le corps des mauvais jours,
j’aurais aimé qu’elle ne me voit pas dans cet état.
Jamais.
12h30,
on commence les révisions.
Le prologue passe comme une lettre à la poste (à l’époque où la poste était ultra performante).
J’ai même droit à un « oui » presque franc, quand je lui demande si tout s’est bien passé pour elle.
Quand je pose la même question après le duo au thé, qui me semble pourtant tout aussi bien,
elle est beaucoup moins sûre (qui ne tente rien ...).
Le début du duo de la pluie est encore un peu fragile.
Il faudra que l’on prenne un peu de temps pour voir pourquoi.
Je lui parle de ce qui va se passer juste avant : le petit solo sur la voix de Mike,
avec l’option direct live plutôt que l’enregistrement.
Comme d’habitude, elle est partante.
Je profite de cet élan de positivité pour faire une requête déguisée :
« on a deux options, je fais la chorégraphie ... ou tu la fais toi
- ça sera toi !
- tu n’es pas chorégraphe alors ?
- pas du tout »
Ça a le mérite d’être clair
et de trancher vivement avec tant d’interprètes de compagnies contemporaines
qui remettent en cause le travail du ou de la chorégraphe.
Elle tient à sa place d’interprète.
J’inventerai donc quelque chose pour elle.
Mais il faudra quand même que je trouve un moyen de rendre la chose plus personnelle ...
Tout ce qui est révisable est dansé.
Mes genoux sont toujours douloureux mais le plaisir de voir le projet se concrétiser me fait relativiser la chose.
Nous nous replongeons dans le solo de Wan Chu.
Je lui dis tout le bien que je pense du travail que nous avons fait à la dernière répétition.
On parle musique, musicalité et on reprend ce que nous avons traversé,
pour coller au plus près de ce que la taïwanaise danse.
On enchaîne avec la suite, celle qu’elle dansera en trio avec Wan Chu et Cheng Wei,
une danse encore plus chinoise et encore moins simple.
Les marches, les mains, les directions (que je vais en plus peut-être changer ...).
Ça ne paraît pas difficile quand on les voit, mais quand on les fait …
Finalement, les parties les plus simples sont les plus « techniques »,
les plus occidentales peut-être ...
14h30.
C’est dans la boîte.
Enfin non, c’est dans le corps.
La boîte, elle, est vide.
J’ai oublié la carte mémoire de l’appareil photo ...
Les genoux ... Toujours.
Vous n’aurez donc pas de vidéo de cette journée mais je vous offre un de mes fameux montages approximatifs.
Cette fois-ci, j’ai tenté un duo virtuel entre les deux danseuses.
Même si le sol du début, ne semble pas ressembler à ce que j’ai appris à Mike à la dernière répétition.
On aura le temps de revoir tout ça.
Avec Mike, avant l’arrivée de nos deux amis, et puis quand ils seront là ...
Bientôt.
15h,
on lève le camp.
Comme prévu.
Avant de ramener Anaïs chez elle,
(je ne vais quand même pas la laisser prendre le bus !) je passe au Darius.
Pourquoi le Darius ?
Vous vous souvenez peut-être que l’autre jour, j’avais dérogé à ma règle du déjeuner soupe sandwich
en m’octroyant un vrai repas en terrasse ?
(si vous ne vous en souvenez pas, l’histoire est là)
Et bien, j’ai eu la mauvaise surprise de voir sur mon relevé de compte
un décalage de 100 euros sur le débit de ce déjeuner.
J’en avais eu pour un peu plus de 20 euros,
sauf que c’était un peu plus de 120 euros qui apparaissait sur le retour de mon banquier.
Le problème, c’est que je n’avais pas le ticket de caisse,
je ne les garde jamais.
J’ai appelé le restaurant et ils m’ont dit de venir en parler avec le patron.
Quand on arrive, il est 15h passées.
Le bonhomme n’est plus là.
J’explique à nouveau mon histoire au serveur qui était à ce moment-là derrière le comptoir :
je suis venu, j’ai mangé
du bar, des pâtes, un verre de vin blanc et un café
et ça ne peut en aucun cas couter 120 euros.
Le serveur me dit qu’il en parlera au patron et qu’il fera son possible pour que ça s’arrange.
On verra bien.
15h30,
je dépose Anaïs chez elle et repart pensif vers Marseille,
ma conscience s'est installée à nouveau dans mes membres inférieurs.
Il va falloir que je m’en occupe.
Mais comment ?

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