26/03/18 - 2 - Pavillon Noir - Jour 14 (2) - traverser à nouveau toutes les danses créées et avancer un peu


se replonger dans tout
non sans difficultés,
se retrouver comme un danseur qui reprendrait ...
son propre rôle.










Comme j'ai pris beaucoup de temps pour revenir vers vous,
je vous conseille, si vous avez le temps, 

de relire au moins l'article précédent car il parle du début de cette même journée.
Sinon, il y aura dans ce texte toute une série de liens 

qui vous renvoient à des rafraichissements de mémoire dans des articles écrits il y a bien longtemps.
Et toujours, dans la rubrique « archiver » à gauche de la colonne de texte, vous pouvez retrouver tous les articles depuis le tout début de l'histoire.




Lundi 26 mars, midi

J’attaque la barre.
Je fais tous les exercices.
Dans leur version la plus longue,
même les abdos, surtout les abdos,
les cocktails et la cuisine réunionnaise n’ont pas arrangé ma tendance à l’embonpoint
quand je ne fais pas grand chose.
Alors oui, j'avais enseigné, mais ça n’a rien à voir avec le travail que je reprends là, maintenant.
Je me souviens d’une élève qui, en reprenant les cours en septembre, m’avait dit :
« bon .. Y a tout à refaire »
Et bien voilà, j’en suis là.

J’enchaîne directement avec la traversée.
Commencer par le plus dur ?
Je ne sais pas ce qui m’a pris.
En même temps, ça me permettrait de mesurer immédiatement l’ampleur des dégâts.
Dans cette partie de la pièce il y a tout :
un top départ pour le moins difficile à repérer,
cette rythmique à sept temps,
un travail directionnel comme je les aime (enfin surtout sur les autres),
et ce travail sur quatre phrases avec tout un tas de variantes excessivement « piégeuses ».

Le résultat n’est pas très encourageant :
je perds une temps certain à repérer notre entrée,
je mélange les versions,
je ne retrouve pas toutes les durées.

Il va falloir que je me replonge dans tout ça avec la béquille de la vidéo de fin janvier.


13h30,
déjeuner au soleil,
un bagel un peu sec et une soupe très moyenne
mais au moins le soleil réchauffe ma carcasse vieillissante.
Je monte prendre un café à la machine et redescends aussitôt.

Une collègue passe.
De ces artistes de la région que j’admire beaucoup,
qui réussit tout,
la pédagogie, la création,
qui aurait pu se lancer dans l’aventure d’une compagnie,
mais qui a préféré d’autres priorités,
et en ces jours de fatigue,
je la comprends.
Elle me raconte un peu sa vie,
je la regarde
avec ses fringues vintage savamment désorganisés,
une sacré classe cette Christine.
Elle part travailler, j’y retourne aussi.

14h15.
Cette fois-ci, je reprends dans l’ordre.
Le prologue d’abord.
Trois versions de la même phrase,
des temps d’arrêt différents, des directions différentes,
juste se souvenir de quand et où.
Tout seul ça n’est pas simple.
Je m’y prends à plusieurs fois mais je m’en sors.

Ensuite, il y a le solo de Wan Chu.
Je m’attaquerai à ce qu’on y fait tout à l’heure si j’ai le temps.

Puis le duo au thé.
Cette chose que j’ai déjà dansée plusieurs fois,
sur scène, en tournage vidéo pour les kimonos.
Même combat,
des soucis de durée,
des mélanges de phrases,
je suis proche du découragement.
Le chorégraphe n’est pas content de son boulot : tout est nul, ou presque.
Le danseur est dépité de son manque de mémoire, de ses limites physiques :
« quand Anaïs va revenir, elle va se souvenir de tout et je vais ramer ... »
Nouveau découragement
mais raison de plus pour remonter sur le vélo :
Je ne peux être totalement ridicule demain !
Je m'accroche.
Même si je n’ai qu’une seule envie : rentrer chez moi et me jeter sur le sofa en m’abrutissant devant une feuilleton.
Je fais, refais, refais encore.
C’est bien pour ça que l’on appelle ces moments,
des répétitions.

Avec un peu de persévérance, l’horizon s’éclaircit.
Je peux enfin me souvenir de tout.
En téléchargeant les vidéos sur ma tablette, je pourrai tout vérifier la prochaine fois.

Puisque je fais dans l’ordre, je traverse à nouveau ... la traversée.
Ça va mieux que ce matin,
(heureusement !),
mais je me trompe encore souvent, par manque de concentration.
Tout en dansant, je repense à mes élèves faisant ces mouvements et je me trompe …
comme eux.
Je pense aussi à Anaïs, Wan Chu, Cheng Wei, et forcément ça emm§ne mon esprit bien ailleurs.
En plus je n’ai pas tiré le rideau qui occulte le miroir,
j’arrive à me tromper dans les directions ... en croisant mon reflet du regard ...
Un calvaire.
Mais là aussi, en insistant, tout se remet en place.
Il y a bien quelques transitions qui coincent mais je travaillerai tout ça quand Anaïs sera là
et quand les deux autres amis seront revenus.

Cijin.
Quand j’attaque la danse, je me rends compte que les basses sont bien trop importantes pour être honnêtes.
Je vais voir à la table de mixage.
Les basses sont à fond.
Les locataires avaient sûrement besoin de quelque chose de bien plus tellurique que moi pour pouvoir vibrer correctement.
Je comprends mieux pourquoi ce matin toutes les basses étaient à revoir.
Cela va être plus facile demain matin ...

Je fais mon petit solo sans souci majeur (au moins ça !)
Le sol accroche un peu pieds nus,
comme souvent ici,
mais j’arrive à gérer la chose en préservant mes genoux.

Après Cijin,
tout est à faire ... mais seulement avec les autres.

Bon, la majeure partie du voyage est faite, je crois que je peux souffler un peu.

16h30,
je fais une pause écriture,
puis je reprends le travail de création par la seule chose que je puisse vraiment commencer tout de suite
vu mon état général (je me traîne décidément beaucoup aujourd’hui)
et celui de mes genoux (dont il va falloir que je m’occupe sérieusement) :
la danse au sol qui sera faite par le groupe pendant le solo de cette chère Wan Chu.
Je m’étais promis de le faire aujourd’hui et il me reste juste assez de temps.
J’aime bien ça.

J’avais déjà travaillé sur ça avant de partir.
Je jette un œil à ce que j’ai fait ... et je décide de ne rien garder.
Il faut quelque chose de vraiment simple pour ne pas court-circuiter la soliste.
Peut-être un leitmotiv comme pour le prologue,
ou alors une longue phrase dont on s’extraira les uns après les autres.

J’écoute la musique en boucle.
D’abord, repérer les moments où les danseurs rejoignent la soliste.
Pour Anaïs c’est simple, c’est quand le zhiter commence.
Pour Cheng Wei, c’est à la danse des lotus, moins difficile à repérer musicalement.
Il faut que je calcule le nombre de mesures.
Ça se fera en comptant.
Pas le choix.
Quant à moi, ce sera probablement, là où on s’est arrêté du solo de Wan Chu.
(finalement, c'est bien que l'on n'ait pas pu aller plus loin)
Je laisse le shunt final pour Mike.
Il dira le texte qui parle des filles taïwanaises.
Cela veut dire qu’il faut qu’il soit levé avant.
Je décide d’un repère.
On verra en fonction de la danse.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui.
Je trouve que c’est peu.
Mais je ne crois pas que j’aurais pu faire mieux.
Ce soir, je n’ai pas de cours,
je vais me reposer,
et demain ... sera un autre jour,
espérons que je sois plus frais.





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