20/04/18 - Pavillon Noir - Jour 21 - Anais apprend sa dernière danse


La course au livreur,
la dernière répétition en tête à tête,
ménager le corps et avance 
avant d'attaquer la dernière ligne droite








Vendredi 20 avril,
14h30.

J’arrive au studio Bossatti et Anaïs est là.
Normal, je suis en retard.
Mais, pour une fois (ou presque), j’ai une excuse :
ce matin, j’ai traqué le coursier qui livrait les premières affiches.

Elles devaient arriver directement au théâtre des Chartreux
mais j’ai cliqué sur le mauvais bouton sur le site de l’imprimeur ...
Du coup, on m’a annoncé qu’elles arrivaient chez moi entre 10h et 13h30,
sauf que voilà, moi à 13h30, je devais être ailleurs.
Alors comme le service de livraison a mis en place un splendide système moderne
qui indique sur un plan où est le coursier, j’ai scruté le camion salvateur jusqu’à ce qu’il soit dans mon quartier,
puis j’ai couru les rues pour essayer de récupérer mon colis le plus vite possible et m’enfuir au Pavillon Noir.

Le seul petit souci c'est qu'au centre-ville de Marseille, il y a beaucoup de commerces,
ce qui engendre un nombre certain de camions de livraisons.
J’ai donc passé une partie de la fin de la matinée à demander à tous les coursiers du quartier :
« vous travaillez pour Colissimo ? »
sans succès.
J’ai tenté autre chose :
le super site toujours aussi moderne disait qu’en contactant le service client, on pouvait changer le lieu de livraison.
J’ai appelé le service en question et expliqué à la dame,
qu’il faudrait que le livreur laisse le paquet au bar du rez-de-chaussée.
Chez Fritz.
Ça n’était pourtant pas bien compliqué !
Et bien malheureusement, mon colis est reparti dans un de ces magasins qui rendent gentiment service,
et de manière toujours aussi résolument tendance, un colis relais.
Il a fallu que j’attende la fin de la course du coursier,
le lointain 13h30
et que je récupère la chose dans la boutique avant de pouvoir enfin m’enfuir transpirer avec ma collègue.

Beaucoup de modernité,
et beaucoup de retard.


Pour ceux qui avaient voté en lisant l'article du 9 avril, vous avez la répons. 

14h30 donc.
J’arrive et je monte fièrement les affiches à Anaïs :
« combien tu en veux ?
- je ne sais pas ... comme tu veux »
J’éclate de rire.
Même pour ça, elle me laisse le soin de choisir.
(du coup, je ne me souviens plus combien je lui en ai donné …)

Avec tout ça, pas le temps de réviser.
Après un échauffement sommaire, on s’attaque au plus vite à ce que j’ai monté mardi :
« Rentrer ».
Quand je lui annonce la chose, elle a ce rare regard inquiet dans lequel je décèle de l’inquiétude.
Je lui ai déjà vu cette mine pendant « Cijin », quand elle avait tout appris,
et que j’avais décidé de changer quelques comptes,
et puis aussi quand je lui avais annoncé qu’elle danserait la chorégraphie de Wan Chu.
Je tente de la rassurer :
« Non mais cette fois, ça n’est pas trop compliqué … et puis tu as déjà appris la moitié des choses »
En lui disant cette phrase, j’essaie aussi de me convaincre.
Moi à qui il reste encore à créer un solo ...
« C’est la dernière de toute façon »
C’est vrai que ce soir, elle sera la première de l’équipe à avoir tout appris.
Enfin, il restera une ou deux petites choses ... mais bon comparé à nous autres,
le plus que gros est fait.
Elle pourrait être soulagée.
Mais elle ne l’est pas.
Et je pense que je vais attendre longtemps avant qu’elle ne le soit.

Transmission.
J’ai du mal à me concentrer.
Difficile de travailler correctement dans cet état.
Heureusement que j’ai filmé mardi.
On prend les phrases dans l’ordre,
celles qu’elle connaît (ça tombe bien c’est le début),
la variante des danses vues en atelier avec les taïwanais l’été dernier,
(oui, je sais .. encore une variante)
la nouvelle phrase,
un petit passage au sol,
les liaisons entre toutes ces choses
et le tour est joué.

Résumer cette après-midi en un paragraphe …
Quand je le relis, ça me parait si léger.
C’est quand même plus facile à écrire qu’à transmettre … et à danser !

Comme d’habitude, une fois que nous nous sentons prêts, nous filmons.
Pour aller au plus simple, j’ai recours à l’ingénieux système trouvé pendant « In Wei » .


Je laisse tourner la caméra.
Je verrais bien après ...
De toute manière, l’arrivée des amis est proche et on le réapprendra avec eux.
D'ici-là, on n’aura pas le temps d’oublier.


Alors oui, j’aurais pu vous faire un fabuleux montage de toutes mes « plantades »,
mais non, assez d’autoflagellation,
j’ai posté la fois la plus honorable.
(en plus, j’ai eu l’élégance de souvent me planter hors champ
et d’ailleurs plantade n’est pas un mot français mais n’en parlons plus)


16h25,
je la laisse partir,
à regrets.
Je suis tellement plus détendu quand elle est là.
Mais elle a deux cours à donner (et c’est pas avec ce que je la paye qu’elle survivra).

Pause canapé dans le foyer,
classique prise de notes dans le carnet noir,
l’équipe du théâtre s’agite.
Je vous le disais dans l’article précédent, j’ai récupéré des heures supplémentaires de répétition
du fait du tournage dans le studio l’autre jour.
Ce soir il y a un spectacle dans la salle du bas.
La Maison ne fermera pas à 18h.
Alors les heures en plus, c’est aujourd’hui.

16h45,
retour au studio malgré la fatigue qui décidément ne me lâche plus
et une nouvelle douleur dans le bas ventre à gauche.
Sûrement le fameux psoas.

Je refais « Rentrer » tout seul et je rame.
Manque de concentration.
La seule fois où ça marche c’est quand je ne réfléchis plus.
C’est peut-être ça la solution.
(je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis pas complètement convaincu).
Je file toutes les autres danses.
Pour la mémoire, et pour voir aussi si cela passe physiquement.
Le genou gauche, et maintenant le droit qui commence à pincer, le psoas, le dos ...
J’en ai marre d’avoir mal.

18h30,
je quitte la maison.
Vidé.
Et je me rends compte que ... j’ai oublié de déjeuner.
Ceci explique peut-être un peu cela, mais bon quand même, je me traine vraiment ces jours-ci.
Pourvu que ça tienne …

Nous sommes à trois semaines des premières restitutions publiques.
Il ne nous reste que deux demi-journées au Pavillon Noir.
La prochaine fois, ils seront là.

Ils arrivent le 24.
Mardi prochain.
Cheng Wei le matin et Wan Chu le soir.
Non, ils n’arrivent pas par le même vol.
Pourquoi ?
Je vous le raconterai la prochaine fois.
Ce jour-là, en tous cas, il y a des préavis de grève dans les aéroports et dans les trains,
autant de raisons supplémentaires de ne pas être serein.

La première semaine de leur séjour, Anaïs ne sera pas avec nous.
Mike non plus.
Elle sera en résidence avec une autre compagnie, Artéchanges
et lui sera en stage.
Je travaillerai d’abord avec mes amis taïwanais, séparément.
Un peu comme là-bas, où j’avais commencé avec Cheng Wei en tête à tête
pendant que Wan Chu était en France.
Ça n’est peut-être pas si mal.
(en vous indiquant le lien expliquant pourquoi Wan Chu était en France,
j'ai relu l'article en entier, l'automne des chroniques,
je n'en étais qu'aux prémices ... que de chemin parcouru !)


J’appréhende un peu ce mois de dernière ligne droite
mais je me languis tellement,
tellement
que l’on travaille tous ensemble.
Enfin.


D’ici là, tant de choses à faire encore :
deux musiques à revoir,
l’ensemble des musiques à harmoniser,
finir le montage des images des « couchers de soleil »,
monter le film entier,
organiser le séjour des amis,
organiser la résidence,
les présentations publiques,
à Sète, à Martigues …

À propos de Martigues, ils ont fait une affiche différente de l’officielle.
Avec les cheveux d’Anaïs sur fond de béton brut d’un des murs du Pavillon.


Pourquoi pas ?
On est loin d’une évocation de Taïwan mais c’est bien joli.




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