09/04/18 - Pavillon Noir - Jour 19 - On boucle « les filles d’ici »
être clair pour être clair pour les autres,
avancer doucement
en attendant les autres
Mes yeux sont ouverts comme ils pouvaient l’être dans mes séjours taïwanais.
Je reste couché jusqu’à ce que l’envie d’un oolong 913 me pousse à rejoindre la cuisine
en passant par la case boulangerie.
Il est 7h.
Une heure après, je suis devant l’ordinateur.
Un peu de paperasse,
(quand je serai grand, j’aurais un administrateur à plein temps)
et je transfère sur ma tablette un tas d’éléments qui pourront m’être utile :
la vidéo d’Anaïs et Wan Chu (que j’ai partagé avec vous dans l’article précédent),
les enregistrements de la première répétition de Mike,
le petit texte « les filles d’ici » qu’il dira après le solo de Wan Chu.
Je travaille aussi un peu sur la bande son.
Il faudrait que je m’astreigne à ce type d’emploi du temps au moins jusqu’à l’arrivée des amis asiatiques.
Sinon, je vais prendre du retard.
Il reste encore toutes les images à travailler, des musiques à revoir ou à inventer ...
Le sommet de la colline est encore loin.
Heureusement, l'affiche et les flyers sont prêts.
Comment j’ai choisi l'affiche ?
J’ai sélectionné six photos.
Toutes prises à Kaohsiung.
J’ai organisé une mise en page adaptable à toutes les images
et j’ai fait un sondage auprès de l’équipe : Anais, Sylvain, Wan Chu, Cheng Wei,
pour savoir laquelle selon eux ferait la même affiche.
Ils avaient le droit à trois choix.
Voila donc les six affiches envisagées
Quel serait votre choix ?
Vous pouvez me répondre dans l’encart « message » tout en bas.
Un peu tard pour faire partie du vrai sondage
mais vu que l’affiche va apparaître dans un prochain article,
vous pourrez voir si vous aviez fait le même choix que nous.
8h45,
douche.
Je mets sous mon jogging, le pyjama un peu long dont je me sers pour danser.
Il couvre mes genoux.
Cela aidera peut-être à ce qu’ils se chauffent plus vite ?
9h15,
je quitte Marseille sans encombres.
En revanche, il y a un accident à l’entrée d’Aix-en-Provence.
Heureusement, il est indiqué assez tôt pour que je puisse arriver en ville par la nationale.
9h50,
je suis à Aix.
10h,
je suis garé.
Trouver une place du premier coup ?
C’est presque inquiétant.
Je me rends compte que je n’avais pas donné d’heure précise à Anaïs pour la répétition d’aujourd’hui.
Je lui avais juste dit que je travaillerai seul ce matin.
Avant de rejoindre la grande maison, je sors mon portable.
Message d’Anaïs : « 14h ? »
Elle lit dans mes pensées maintenant.
Ça aussi, c’est presque inquiétant.
10h20,
je rentre à peine dans le studio Bossatti.
Pourtant je n’étais pas garé si loin.
Je me traine ... qu’est-ce que je me traine !
En écoutant, « Sept à Sète », je fais juste une petite routine qui me permet d’étirer mon dos
et de vérifier l’état de mes vertèbres.
J’aime bien cet exercice.
En le chorégraphiant un peu, cela pourrait presque faire une danse de prologue.
Une autre fois ...
10h45,
je prends quelques notes sur le carnet noir
10h50,
la barre,
complète.
Malgré tout.
11h30,
le sol du solo de Wan Chu.
Cette fois-ci, j’ai tout dans la tablette :
mes expérimentations,
la danse des deux filles,
(j’ai bien bossé ce matin!)
ma mémoire,
avec tout ça, je vais pouvoir fixer une fois pour toutes ce que nous allons danser assis.
L’écran de l’IPad dans un coin du champ de vision,
j’émets à nouveau des hypothèses.
Finalement, j’en reviens à ce que j’avais plus ou moins transmis à Anaïs.
Une phrase simple, mise en boucle avec quelques variantes rythmiques pour ne pas louper les points de rencontre :
celui où Anaïs se lève,
celui où les deux filles nous rejoignent au sol et où Cheng Wei se lève,
et le moment où on se rejoint tous.
Cela donne trois boucles.
Ma foi, je crois que je tiens ma partition.
Une boucle simple ..
Tout ça pour ça.
En même temps, je ne pouvais pas trop compliquer la danse pour ce cher Mike, qui est avec nous à ce moment-là
(il a bon dos Mike ...)
13h15,
je vais déjeuner dehors.
Le désormais traditionnel soupe et sandwich que j’avale au soleil sur le coin de l’immeuble.
Les beaux jours sont là.
Aujourd’hui, ils proposaient un gaspacho.
Je tente.
Cela ressemble plus à une purée de tomates à peine diluée qu’à une bonne soupe onctueuse
mais bon, n’en parlons plus.
C’est consistant.
Je teste aussi une boisson à l’aloe vera saveur mangue.
C’est dégueulasse.
Heureusement, j’ai une bouteille d’eau !
Car oui, j’ai pensé ce matin à partir avec une bouteille d’eau.
Ça aussi, c’est presque inquiétant d’ailleurs.
14h,
Anaïs apparaît de l’autre côté de la rue.
Je scrute mon téléphone montre, espérant que 14h01 apparaisse
et que je puisse lui reprocher cette glorieuse minute de retard.
Rien.
Exaspérément ponctuelle, je vous dis
(et cet adverbe n’existe toujours pas)
On remonte au studio.
Pendant qu’elle se chauffe, je lui fais un résumé de mon week-end calme.
Je la sens fatiguée.
Même si elle ne le montre pas.
14h30,
révision de tout.
Elle accroche sur le duo au thé !
Quand je vous dis qu’elle est fatiguée ...
Tout commence à couler presque de source maintenant.
C’est tellement agréable.
On peut enfin prendre le temps de travailler le début du duo de la pluie.
Retrouver des sensations,
des amplitudes perdues pendant ma disparition dans les terres orientales et australes.
C’est étonnant de voir que chez elle, c’est souvent une question d’espace,
un travail quasi géométrique :
un pas plus grand et tout se cale.
Une modification d’orientation et cette phrase se réorganise.
Elle a ce visage de mécontentement de ne pas avoir trouver ces chemins toute seule.
Je souris.
Si elle savait que ces petites choses qui entretiennent mon cerveau de pédagogue, participent, autant que les cours,
à me sentir ... utile.
Cette danse est calée.
On en revient aux filles d’ici .
Je lui propose de danser sa partition pour se replonger dans l’histoire
pendant que de mon côté, je révise le sol fixé ce matin
ce qui me permettra de lui livrer enfin la version définitive.
Elle me répond : « ok ! »
Comme d’habitude.
En même temps, elle n’a pas le choix.
Mais je n’ai jamais connu de danseur qui dise aussi rarement « non » ou « oui mais » qu’Anaïs.
On lance la musique,
tout se cale parfaitement, comme par magie.
Et comme j’ai appris à me méfier de la magie, on refait immédiatement.
Dès le deuxième essai, la vie reprend son cours : je ne retrouve plus ma structure.
La regarder danser du coin de l’oeil tout en tentant de faire de même ne facilite pas les choses.
Mais je sens bien que ça n’est qu’une partie de l’explication.
J’ai encore besoin de travail.
Heureusement, Anaïs est exigeante,
et elle n’a pas encore complètement intégrée la dernière partie de la danse de Wan Chu.
Pendant qu’elle répète,
je répète.
Une boucle aussi simple …
C’est fou quand même !
Une fois qu’elle se sent prête et que l’on travaillé ensemble certains passages où je la sens fragile,
je lui apprends la dernière partie.
Celle que je fais avec eux.
Cette phrase est une variante ... de la variante de la première partie de Wan Chu,
phrase que j’ai créée avec la consigne à la fois contraignante et libératrice
d’enlever tout ce qui serait susceptible de me faire mal à mes genoux capricieux et endoloris.
Décliner les choses à l’infini, un de mes jeux préférés … au grand désespoir de mes interprètes …
C’est une danse un peu plus rapide que ce que je fais d’habitude.
Ce qui va bien avec l’idée que j’ai de ce chœur final,
et de cette vélocité contrôlée que peuvent avoir les taïwanais au quotidien.
(sauf qu'ils sont bien plus rapides dans la vraie vie, et même souvent dans leur danse,
que cette petite phrase finale)
En général je teste les matériaux sur mes élèves.
Et Anaïs en fait souvent partie.
J’ai testé ces bouts de danse en atelier ce week-end mais, fait rarissime, elle n’était pas là.
Alors je lui transmets en tête à tête.
Cela faisait très longtemps que ça n’était plus arrivé.
Depuis, justement, le début du duo de la pluie, que nous avons travaillé juste avant.
Après cet interlude transmission phrases dansées toutes fraîches,
nous reprenons la danse de Wan Chu du début.
Anaïs peaufine la gestuelle, la musicalité, les appuis parfois complexes
et je tente de réussir enfin la fameuse boucle au sol et ses variantes trompeuses.
Si le chorégraphe adore les variantes, le danseur les apprécie décidément beaucoup moins.
On ajoute une fin : une sortie à reculons ornée de ports de bras.
Elle fera écho à l’entrée de Wan Chu.
(si ça ne vous dit rien, pour vous rafraîchir la mémoire, c’est ici)
Pour Anaïs , ce sont les mêmes bras que sa partenaire.
Une sortie calquée sur l’entrée.
Pour les garçons (c’est à dire pour Cheng Wei et moi), je crée une formule voisine.
J’organise une série de retours allers en alternant marches neutres et ports de bras :
les garçons reculent sans ports de bras pendant que les filles en ont,
on fait les deux versions tous ensemble
puis les garçons (donc toujours Cheng Wei et moi) reprennent seuls leur partition,
et sortent quand Mike entame une marche neutre en disant le petit texte sur les filles d’ici :
« Quand on demande à Wan Chu
qu'est-ce qui lui vient à l'esprit
quand on dit « Taiwanese girl »
elle nous répond « pretty »
Mais nous, nous savons bien tous
que ça cache bien d'autres choses
Se contenter d'un seul mot
serait vraiment un gâchis »
C’est très clair dans la tête du chorégraphe,
(qui, comme vous l’avez remarqué, parle parfois du danseur, donc de lui-même, à la troisième personne du singulier … quand je vous dis que l’on n’est nombreux dans ma tête)
C’est presque compréhensible dans les gribouillis de son carnet,
ça ne l’est peut-être pas encore pour vous
mais quand on le fera, vous verrez, je suis sûr que ça va marcher !
(enfin ... je crois)
Quand j’arrive enfin à me dépatouiller correctement de cette danse au sol,
ce qui veut dire que du côté d’Anaïs, on est au niveau du limpide,
on filme.
Plusieurs versions, sous plusieurs angles, pour que l’on puisse voir le sol, et le debout,
pour que toutes les connexions soient claires à l’écran et dans les corps
et que l’on puisse s’en servir sans soucis quand viendra le temps des transmissions futures.
(ça sent aussi le gros boulot de montage avec un paquet de mes fondus improbables ...
mais bon, c’est le prix à payer je crois)
je jette Anaïs hors du studio,
et elle ne demande pas son reste.
Elle est vraiment fatiguée aujourd’hui.
« Les filles d’ici » sont bouclées.
On avance doucement.
Ce qui n’avance pas, c’est ce qui se passe dans mes genoux.
Demain, j’appelle le docteur.




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