11/05/18 - la dernière ligne droite française - jour 17 - La Ciotat - Un petit plus sous la pluie
comme tant d'autres ...
une dernière transition en forme de duo,
finir la danse
C’est l’heure à laquelle mes amis m’ont envoyé un message :
« we’re here »
Ils étaient là ... enfin … quelque part .
Mais pour aller où ?
Comme vous le remarquez, il s’agit à nouveau d’un texte sans filet.
Si ce n’est celui de ma mémoire.
Alors que s’est-il passé ce vendredi-là ?
Une vidéo m'a éclairé quant à l'après-midi.
Nous étions le lendemain de l'Ascension,
un de ces fameux ponts qui jalonnent notre joli mois de mai.
Voilà pourquoi nous ne sommes pas allés répéter à Martigues mais à La Ciotat.
Pour le matin ?
Aucune trace dans mes carnets.
Je n’ai donc consigné nulle part cette étrange matinée ?
Probablement parce que je pensais ne pas l’oublier,
et pourtant ...
C'est un message du mardi précédent retrouvé sur une messagerie qui a réveillé ma mémoire.
Un message que j’ai envoyé à Cheng Wei et que j’avais écrit en français :
« Salut David
C'est Claude qui écrit pour Cheng Wei
Il voudrait savoir s'il était possible de rencontrer les personnes dont tu lui as parlé vendredi 11 mai
Merci
À bientôt »
Le David auquel je m’adresse, est un chorégraphe marseillais que nous avons rencontré
le soir où mes amis sont arrivés chez Soline.
Il est revenu chez elle un des soirs suivants et Cheng Wei avait continué à discuter avec lui
jusqu’à obtenir du jeune homme,
la promesse d’un rendez-vous au Ballet National de Marseille avec lequel il collaborait.
Mon naturel pessimiste et ma vision du Marseille culturel
m’avaient laissé assez circonspect quant à la réalisation de cette promesse.
J’avais prévenu mon ami quant à d’éventuelles déconvenues
mais, comme plus d’une fois à ces sujets, il ne m’avait écouté que d’une oreille
se laissant pousser par son enthousiasme et ses envies.
Mercredi dernier, en rentrant de la belle journée de répétition,
il m’avait demandé s’il ne fallait pas relancer le chorégraphe à promesses,
et s’il obtenait un rendez-vous, quand est-ce que l’on pourrait y aller.
Je n’avais pas dit non quant à la relance, et avait proposé ce vendredi 11 mai
puisque nous pouvions organiser la journée un peu plus librement sans impératifs martégaux.
Pour être sûr que David comprenne, Cheng Wei m’avait demandé de lui envoyer un message en français de sa part.
Dans les jours fastes qui ont suivi, David lui avait répondu par l’affirmative
et avait proposé que nous nous rencontrions dans les bâtiments du Ballet National dans la matinée.
Ce vendredi 11 à 8h49,
ils sont prêts et m'attendent à la sortie de la station Vieux-Port, près de l'église des Augustins.
Nous prenons le métro jusqu’au rond point du Prado,
faisons un rapide crochet par le Vélodrome, qu’ils avaient déjà vu il y a quelques années,
et puis nous prenons le bus, ligne 19.
De là, nous rentrons par l’entrée nord du parc et nous présentons à l’accueil.
La charmante dame nous dit de patienter ...
Ce que nous avons fait ...
Un moment ...
Plutôt long.
J’en ai profité pour montrer à mes amis une œuvre qui, à mon grand étonnement,
trône toujours sur le mur de droite du hall d’entrée.
Il s'agit d'une fresque de danseurs faisant une ronde.
On y distingue un jeune homme noir qui me ressemble étrangement ....
Et pour cause !
Cela avait été une commande de Roland Petit, le grand patron des lieux à l’époque.
Il avait demandé à un professeur des Beaux-arts,
qui à partir de photos tout ce qu’il y a de plus contemporaines,
faisait soit des vieux clichés, soit des œuvres qui avait l’aspect de fresques monochromes,
de remplir ce grand mur vide à l’entrée de la grande maison.
Comme ce professeur avait une danseuse dans ses élèves
et que je travaillais dans la même compagnie que cette danseuse,
je m’étais retrouvé embarqué dans cette réalisation.
Je ne manquais jamais de dire à tous mes amis en visite dans le lieu,
d’aller me saluer quand ils rentraient dans le bâtiment.
Nous avons donc fait le pèlerinage devant la photo fresque pendant le premier temps d’attente
et puisque personne ne venait nous chercher, je me suis lancé dans une visite guidée des studios,
presque tous vides pour la plupart (comme bien souvent ...).
Wan Chu a été bien étonnée de voir autant de beaux espaces de travail inoccupés,
alors que nous devions squatter un studio à 25 kilomètres de là ...
Dans nos déambulations, nous sommes tombés sur David qui répétait.
Nous nous sommes rappelés à son bon souvenir
et nous sommes repartis attendre encore un peu ...
Pendant cette deuxième session d’attente, je reconnais l’homme très pressé qui fait irruption dans le hall.
C’est le patron de la maison.
Sa manière de monter dans les bureaux sans regarder dans notre direction,
après avoir pourtant discuté avec la dame de l'accueil,
me fait douter de l’avenir de notre rendez-vous,
mais je ne dis rien à Cheng Wei.
À la fin de ce deuxième moment de patience, David vient nous chercher.
En fait, il était arrivé en retard ce matin-là,
Tellement en retard qu’il est arrivé ... après nous.
Il était descendu directement répéter, oubliant que l'on devait se voir ce matin.
Il nous invite à assister à la répétition dans laquelle il s'était plongé,
une création qu'ils présenteront dans une dizaine de jours à la Vieille Charité.
Il est déjà bien plus tard que prévu.
En rejoignant le studio, j’envoie discrètement un message à Anaïs et Mike.
Vu le rythme qu’avait pris la matinée et la longueur de diverses attentes,
j’étais absolument incapable d’annoncer une heure de répétition viable.
Je mets nos camarades en standby, expliquant la situation.
je les recontacterai quand nous serons sortis.
Lors de la pause déjeuner de ses danseurs, David nous conduit dans la partie administrative du bâtiment,
où nous … patientons encore un peu,
le temps qu'il aille expliquer le pourquoi de notre visite,
(visiblement, comme je l’avais subodoré, il n’avait pas préparé la chose).
Nous attendons dans le couloir qui donne accès aux bureaux.
L’ambiance semble tendue.
Probablement en rapport avec le pas pressé du patron tout à l’heure.
Après un long conciliabule que nous observons de loin,
on nous envoie la personne la plus bilingue de la maison.
Discussion fort sympathique qui a débouché sur ...
un échange de cartes de visite entre Cheng Wei et notre interlocutrice,
et, pour ma part, une évocation avec elle de vieux souvenirs,
car elle était déjà dans l’équipe du ballet à l’époque de Roland Petit
et qu’à l’époque, j’y connaissais quelques danseurs.
Pas de patron, trop occupé.
Pas de bras droit non plus.
Il y avait des réunions.
La dame qui avait pris un peu de son temps pour discuter avec nous
était la responsable des tournées internationales.
Elle était d'ailleurs allée à Taïwan, il y a ... un certain temps.
Cheng Wei avait perdu de son enthousiasme lorsque nous sommes repartis à l’arrêt de bus.
Il pensait pouvoir se présenter et parler de ses projets.
C’est ce que David lui avait dit.
Enfin c’est ce qu’il avait compris.
Je lui ai rappelé nos discussions sur le milieu,
surtout en France, surtout à Marseille.
Ça n’est pas comme au Bureau Officiel de Taipei en France,
où l’on obtient un rendez-vous dès le premier mail envoyé.
Nous repartons vers le centre-ville pour prendre la voiture et aller travailler à La Ciotat,
après avoir trouvé de quoi déjeuner.
Le soleil est doux.
Nous rentrons par le bord de mer.
Cela va tempérer les désillusions matinales de mon jeune ami.
Impossible de vous dire à quelle heure nous sommes arrivés au studio.
Pas de traces
(je le répète à nouveau je sais … mais c’est rageant quand même !)
En revanche, je me souviens de ce que nous avons fait.
Avant le filage, nous avons créé ce que j'évoquais mercredi.
La transition avant le duo au parapluie que j’avais décidé de développer.
L’idée était de faire danser Anaïs pendant que Mike disait le texte qui m’avait inspiré le duo,
sans autre musique que le timbre et le rythme de sa voix.
Un rapport entre le texte et le mouvement que nous n'avions pas encore exploré.
On se lance.
Mike parle, je danse, Anaïs capte tout ce qu’elle peut.
On avance comme ça, phrase par phrase,
avec, comme pour les solos des taïwanais,
des moments transformés par le corps d’Anaïs que je laisse comme elle les danse,
et d’autres où je lui fais des demandes plus précises.
On ajuste.
Anaïs doit ralentir ou suspendre le mouvement à certains endroits, accélérer à d’autres,
Mike doit faire de même dans sa manière de réciter le texte.
On fait tourner la chose jusqu’à ce … qu’elle m’échappe,
et que, comme quand la danseuse est avec Cheng Wei,
ils s’accordent assez pour se comprendre sans mon intermédiaire.
Avec cette dernière petite histoire, il n’y a plus de danse à apprendre.
Juste à faire, refaire, et refaire encore,
pour que tout rentre dans les corps pour les jours J approchants.
On file tout le spectacle une fois,
histoire d'entretenir toute la machine,
et on rentre.
Demain,
un petite matinée martégale et ...
en route pour Sète.


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