26/07/2017 - Taiwan - Jour 6 (1) - Deuxième cours chez Solar Site

Prendre le temps de ne penser à rien,
retourner dans l'arène sans ma complice Wan Chu,
peaufiner, affirmer et creuser des sillons
Rencontrer des nouvelles personnes pour de nouveaux horizons probables






Mercredi 26 juillet,
5h50,

Plus tard que la veille et juste à temps pour allumer la radio.

J'ouvre la fenêtre, histoire d'avoir accès au ciel.
Je dis bonne nuit à Sylvain de l'autre côté du monde et pense à ...
Et je pense à quoi ?

Quand je redescends de mes rêveries, on est proche de 7h.
J'appuie sur le bouton de la bouilloire.
Quelle riche idée de l'avoir mise à portée de mains.


Le ciel est joliment nuageux
et les brioches au chocolat de la boulangerie de la veille, toujours aussi succulentes.
Cette idée de mettre aussi du chocolat dans la pâte briochée en plus des pépites parsemées bien généreusement,
une réussite.

J'ai juste assez de temps pour mettre les photos au format et publier l'article de ma première soirée de la saison.
En fait non, il ne m'en reste pas assez mais je fais au plus vite pour partir le moins en retard possible.
Et à propos de retard, j'ai déjà quatre jours de décalage pour le blog.
Heureusement qu'après, j'écrirai moins.
(Comment ça ? Et bien parce que ... Je vous l'expliquerai en temps voulu).

La douche, le pyjama et le nouveau tee-shirt dans le sachet plastique,
je suis prêt à retrouver mes étudiants de la veille.

9h18,
je ferme l’appartement.
Dans l’ascenseur, je lance la musique.
ABC, « the look of love »,
Ce tube bien kitsch des années 80 convient parfaitement à ma remontée de Zhongshan road vers la gare.
Les arcades sont toujours aussi vides.
Il est trop tôt.
Mais je sens déjà en approchant du carrefour, cette belle odeur de thé en préparation qui traverse les rideaux de fer des bars à thé.
Et du thé à glacer, il en faudra des litres.
J’ai une petite appréhension à donner ce cours tout seul.
Il n'y aura pas de visage rassurant quelque part dans un coin du studio,
personne pour me faire remarquer discrètement si je fais un impair.
C’était tellement bien avec Wan Chu à droite sur la première ligne juste à côté de la sortie.
J’ai aimé l’avoir juste là, tout au bout de mon champ de vision.

Blondie qui m’accompagne dans la descente à la station, me fait oublier un moment toutes ces choses.
Ça secoue les neurones, ça décrasse les tympans.
« Atomic »

9h28,
je suis dans le métro.
Et Marc Almond nous chante son « Tainted love ».
Je me suis surpris à presser le pas pour ne pas rater la rame.

C’est the Human League qui me poursuit pendant ma sortie de Kaohsiung Arena,
et j’enchaîne avec ce tube quand même pourri : « Fade to grey » du groupe Visage .
Je me souviens de discussions qu’il y avait eu à l’époque sur la traduction du titre.
Dans le texte en français, super mal lu, la jeune fille nous dit « devenirreu gris » en tentant un r français pas très réussi.
Il faut dire que ce r est bien difficile à dire pour beaucoup d'étrangers dans le reste du monde.

Quand je traverse Bo Ai pour prendre Minghua Road,
je lève les yeux au ciel.
Ça commence à blanchir,
on est encore bien loin des signes avant-coureurs du typhon mais dès demain, il va falloir que je garde un parapluie en permanence dans mon sac.

Devant moi, je reconnais le physique d’un des deux danseurs qui prend le cours.
Quand il se tourne pour voir s’il peut traverser la rue, je vois qu’il a des lunettes.
C’est fascinant de voir le peu de gens qui n’en ont pas ici.

Nous montons ensemble au studio.
Alors que je vais me changer, il s’écroule sur le canapé ...
et s’endort.
Il est 9h45,
et ils ne sont que trois.
Habitué à l’organisation lycéenne, je commence à m’inquiéter.
Il n’y a même pas la chorégraphe de Hong Kong qui m’avait pourtant dit à demain hier.
Angoisse.
Surtout que les patrons débarquent à la fin du cours.
Ça la fout mal s’ils ne sont que trois.
Et Wan Chu qui n'est pas là aujourd'hui ...

Je rentre dans le studio.
L’autre danseur, plus débutant, se tapote le dos.
Il a des courbatures.
« It hurts ? »
Il hoche la tête en souriant
« Welcome in my world ! »
Il éclate de rire et reprend ses étirements.
Je profite de l’occasion pour lui donner quelques conseils.

Petit à petit, les autres élèves arrivent.
J’avais mis « Psygothic Variation » pour les réveiller en douceur,
(au fait, vous savez que vous pouvez cliquer sur les liens de couleur pour voir les vidéos, entendre les musiques et des tas d'autres choses ?)
et j'avais enchaîné sur « la tasse de Pu Er ».
Peut-être que je les ferai danser là dessus tout à l’heure.
Histoire de refaire des mouvements de la veille mais dans un rythme plus tranquille,
plus proche du mien ...

9h55,
je me demande si je dois réveiller l’autre danseur dont la tête n’est pas réapparue de derrière l’accoudoir du sofa.
Quand je m’approche des vitres de sorties,
je le vois émerger,
sortir une petite boîte,
mettre des verres de contact,

10h,
il est prêt.
Je laisse finir la musique et on commence.

Cela va tout de suite bien plus vite qu'hier.
Pas besoin de faire le premier exercice à gauche, ils le savent déjà.
Je plonge dans les corrections :
qualité de mouvement, continuité, précision rythmique, placement,
je tente de les amener à une certaine neutralité en les débarrassant d’automatismes
venant d’autres classes, d’autres techniques, pour les amener à ma façon de faire.
On travaille vite et bien,
on rit (et j’aime ça !)
Je rajoute un exercice d’étirements supplémentaires
(pour mes élèves, ils ont eu droit aux fentes ... les pauvres).

Vingt minutes avant la fin, on attaque la variation.
Je suis à la bourre,
mais je voulais tellement leur dire de choses,
qui sait quand est-ce que je les reverrai ?
Le troisième cours est dans trois semaines et je sais que ceux qui sont de Hong Kong seront repartis.
Pas assez de temps pour faire quelque chose de nouveau.
On reprend la chose de la veille.

On précise, on peaufine.
Les corrections globales de la veille, notamment par rapport à la musicalité, sont presque intégrées,
Il nous reste ... tout le reste.

11h20,
on continue un peu la variation
histoire d’aller un peu plus loin dans la découverte.
J’ai vu hier que de toute façon, la plupart des étudiants restait au studio après,
je peux donc (comme partout ailleurs) déborder … un tout petit peu.


11h25 passées,
Un homme et une femme apparaissent dans le hall d’entrée,
ce doit être les propriétaires des lieux.
Je continue mon travail.
L’ambiance est bonne,
ils ont compris qu’il fallait travailler dans l’amplitude,
je coupe le groupe en deux pour qu’ils puissent explorer.


11h45,
je suis sur le point de dire merci,
mais je sens bien que personne ne bouge.
Ça fait tellement de bien.
Je remonte la musique de deux minutes :
« Ok mais ce sont les dernières fois, il faut que j’aille à la plage moi ... »
Ils rigolent.

11h50.
Applaudissements chaleureux et nourris.
En cadeau, je leur montre la vidéo des kimonos,
un premier jet de la version tournée sur la splendide terrasse,
(je n’ai pas encore le droit de vous la montrer ... Patience ...)
Ils me demandent si c’est la prochaine pièce.
Je leur dis que je ne sais pas encore.
Les mouvements y seront,
pas sûr pour le reste …


À la fin de la vidéo, je les remercie encore
Ils applaudissent à nouveau et nous passons au rituel suivant :
photos de groupe et selfies ...


L’organisateur rappelle à tout le monde qu’il y a un troisième cours le samedi 19.
Je crois comprendre qu’il n’est pas au même endroit.

Je vais dans le hall d’accueil me présenter,
et discuter avec l’équipe dirigeante du studio.
Pas beaucoup de discussion avec elle,
la barrière de la langue je suppose,
je parle pas mal avec lui, qui s’exprime dans un français qui me désespère quand je vois les dix mots que je dis en mandarin (et encore ! Avec un accent pourri !).
Il a l’air très intéressé par les projets,
(ou est-ce par la manière dont on coopère avec Cheng Wei ?),
on se dit que ça serait une bonne idée de se recroiser calmement avant mon départ.

Je vais me changer quand la salle de bains qui fait office de vestiaire est libre.
Quand je reviens pour prendre congé, il me demande une carte de visite ...
que bien-sûr, je n’ai pas …
(oui bon, ça fait des années qu'on se dit avec Cheng Wei que je devrais faire une pour ici et puis .. on boit un coup)
Je note mes coordonnées sur une feuille d’un de mes cahiers,
quand je m’apprête à l’arracher pour lui donner.
« Non non, ça n’est pas la peine »
Il sort son téléphone et prend la page en photo ...
Monde moderne.

Je repars au métro accompagné de la chorégraphe de Hong Kong.
On parle un peu du boulot.
Elle me dit qu’il y a peut-être des choses à faire vers chez elle.
Il n’y a pas toujours beaucoup de moyens mais il y a des coopérations possibles
et des moyens de donner des ateliers qui aboutissent sur la présentation d'une création.
Elle me parle de festival underground, d’autres collègues.
Hong Kong, une nouvelle destination ?
Je lui dis que tout ça m’intéresse, qu’il faut que l’on reste en contact.
Elle est sur Facebook.
Les réseaux sociaux, parfois, c’est quand même bien.
Comme elle me reparle de mon cours,
de ma façon plutôt détendue de prendre les choses,
on parle aussi de la manière de travailler des taïwanais.
Elle est plus critique que moi.
Mais hier, elle était très critique par rapport à Hong Kong,
elle est sûrement plus blasée par ce qu'elle voit dans cette partie du monde.
On se sépare sur Bo Ai road,
elle me dit qu’elle me retrouvera sur Facebook.
On verra bien ...

Métro,
gare,
maison,
(sans s’acheter de smoothie à la mangue !),
douche.

Pendant que je sèche, je regarde le journal international de TV5 Asie
en buvant une bière, avant-dernier vestige de la fête du premier soir.
C’est une bière au chocolat,
et ma foi, ça fonctionne plutôt bien.

La sieste arrive,
je ne résiste pas.

15h,
(plus ou moins),
je me dégage des bras de Morphée.
Il est temps d’aller dire bonjour aux amis français.
Je m’installe au bureau quand un bruit très particulier, mais que je connais bien, arrive du dehors ...







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