16/09/18 - 1 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 22 (1) - matin de dernière


Le voilà enfin le matin calme,
qui introduit la séquence tant redoutée
des dernières fois
mais malgré tout, de bons fous rires avec les amis







Dimanche 16 septembre, 6h30.



Ça n’est pas non plus aujourd’hui que j’arriverai à me lever tard.

Pourtant, j’ai dépassé minuit hier.
J’adopte donc la même stratégie que les deux matins précédents : je reste couché.
À la radio, les belges de « Par Jupiter » sont en week-end.

Je tente France-Infos, mais je ne résiste pas trop longtemps.

Trop de mauvaises nouvelles, trop de français, trop vite.

J’éteins et me résigne à préparer le petit déjeuner.

7h45,
je bois un thé en regardant le ciel gris des traces du typhon.
Tout à l'heure, la radio française m’a informé qu'il a été baptisé Mangkhut et qu'il a déjà fait 8 morts aux Philippines.

À croire qu'il sait que je pense à lui, notre ami me salue par une belle averse .

(est-ce vraiment notre ami finalement ? l’a-t-il jamais été ? ok ils nous a fait de belles surprises hier mais l’amitié ça ne se gagne pas si facilement je crois)

8h15,
j’écris tout ce que je suis en train de vous raconter dans mon nouveau carnet.
Les journées furent belles.

J’aurais le cœur léger si je ne pouvais m’empêcher de penser à demain …
et après-demain !

D’ailleurs, je ne suis pas du tout prêt pour mon cours de mardi.
Je ne suis pas du tout prêt à rentrer d’ailleurs.

Ma vue se brouille.

C’est un peu tôt pour les premières larmes.
Continuer à écrire.



9h,
le ciel se dégage.

Il y a de la musique et des pétards au temple.
Voilà, c’est ça l’esprit d’aujourd’hui.
Le cours du mardi, pour l’instant, ça m’est égal.

J’écris ce qu’il s’est passé ici et j’en vis la suite.

9h45,
je ferme mon carnet et vais sur le balcon remplir la machine de ma dernière lessive.

Ça sera sec pour le voyage et j’aurais des choses propres à mettre pour mes premières journées françaises.

Quand je rentre dans l’appartement, je me dis que je vais avoir du travail demain pour le rendre aussi beau et propre que je l’ai trouvé.

Au moins, je n’aurais pas le temps de penser …

Le temps que mon linge se lave, j’essaie de profiter au mieux de ma matinée.

Je retouche quelques photos, je réfléchis, je joue …

Je crois que je m’y suis pris un peu tard pour la lessive.


Décidément, je sens que ce matin non plus, je ne partirai pas à l'heure.

10h30,
la lessive est prête à être étendue alors que je devrais être en train de fermer la porte de l'appartement.
Vous savez ce que ça fait quand on laisse trop longtemps du linge mouillé avant de le sécher ?
Je ne peux pas traverser le monde avec cette sale odeur.
Tant pis, comme tous ces derniers matins, j’envoie un message à Anaïs, 
et j'étends le linge.
Je lui laisse le choix de partir seule ou de m’attendre.

J’enverrai un message quand je serai sur le départ.
Ça lui laissera le temps d’arriver à Formosa plus ou moins en même temps que moi si elle n’est pas encore en route.
C’était bien pratique ces deux appartements finalement.



10h45,
je descends les neuf étages.

Dans Zhongshan road, j’envoie le message à mon amie,

et je rejoins la station, pensif.

Quand je suis sur le quai de la ligne orange, les panneaux lumineux annoncent un métro dans quatre minutes.

Je reçois une réponse d’Anaïs qui me dit de l’attendre.

La rame quitte la station quand je vois ces cheveux sur le quai.
« je vais dire à Wan Chu que c’est de ta faute si on est en retard.

Je vais lui raconter que j’étais à l’heure, que je n’ai pas pris le métro qui arrivait parce que je t’attendais et que comme il n’y a des métros que toutes les 20 minutes … »
On rit.
« je suis sûr qu’elle va me croire ».

Nous prenons le métro suivant, sept minutes plus tard, et nous le prenons ensemble,
pour la première fois de la semaine ...
et pour la dernière fois du voyage dans cette direction.

11h10,
Weiwuyin,
derrière nous sur l’escalator, un couple avec un plan à la main.
Probablement des touristes.


Comme mardi, la sortie la plus proche du théâtre, la sortie 6, était fermée, nous choisissons la prudence.

Valeur sûre, la sortie 3.
Il n’y a que Wu Fu road à traverser.

Alors que nous attendons sagement que le feu nous autorise à rejoindre l’entrée du parc, le couple de touristes sort de terre par la sortie 6 juste en face de nous.

Elle était déjà en service.

Mauvais réflexe français.
Les travaux ici, ne font jamais long feu.

Nous traversons le parc, une dernière fois, dans une chaleur moite qui nous semble presque banale,
mais qui va terriblement nous manquer sous peu.

11h20,
arrivée dans les loges.
Pour la dernière fois …
(alors oui, autant vous y préparer, vous allez lire « dernière fois » un certain nombre de fois dans les prochains articles)


Tout le monde est là.

Même Cheng Wei !
Je raconte l’histoire du retard à Wan Chu, et bien-sûr … elle y croit.
On rit.

Et on continue de rire parce que la taïwanaise nous annonce : « oh ! I didn’t turn off my hot spot »
Elle a donc un point particulièrement chaud, qu’elle a oublié d’éteindre ?

En fait, elle a un nouveau fournisseur d’accès avec son téléphone.

Et ils ont fait une offre promotionnelle pour le premier mois : Internet est illimité.

Elle avait donc laissé sa connexion ouverte hier pour qu’Anaïs s’en serve.
C'est ce qu’elle a appelé son « hot spot ».

On avait très bien compris de quoi elle parlait
mais comme l’urgence de Cheng Wei vendredi, la phrase était suffisamment ambiguë pour que nos esprits mal placés envisagent une toute autre activité.
Surtout de la façon ingénue dont Wan Chu l’avait lancé à tout le groupe.
Cette phrase va sûrement rester dans notre panthéon de « private jokes » pour les années à venir.

On va pouvoir décliner à l’envi cette petite expression :
Où est mon point chaud ?
Wan Chu ouvre ton point chaud j’ai besoin de contact
.
Et plein d’autres variantes qui ne me viennent pas maintenant à l’esprit mais que Cheng Wei et moi nous ferons un plaisir de trouver.


Pour le déjeuner, le choix est totalement ouvert aujourd’hui.
Ce qui allonge le temps de choix et de réflexion puisqu’il faut tout traduire sur la carte,
et être certain que l’on ne se trompe pas !
Croyez-moi, trouver comment se dit colin ou flétan, en passant par l'anglais, et bien ça n’est pas si simple.

Anaïs et moi tentons de profiter de l'occasion pour apprendre des nouveaux mots en mandarin.
C'est un peu peine perdue.
On passe un certain temps à comprendre, ou plutôt à ne pas comprendre, la prononciation d’un poisson.

On répète consciencieusement après Cheng Wei, qui nous dit en rigolant que l’on dit autre chose.
Le mandarin, décidément, ça n’est pas rien.

11h45,
il est temps de faire la cérémonie.

Et Cheng Wei insiste pour que l’on y aille, maintenant, tout de suite, avec un empressement quelque peu incompréhensible.

Je me dis qu’il a peut-être faim.

On obtempère (sans trop, il faut bien le dire, savoir vraiment pourquoi).

Midi,
les Dieux ont été honorés.

De retour aux loges, je m’étonne de ne pas voir nos lunch boxes.

Ha Bao nous dit qu’elles ne seront pas livrées avant 13h.
Là, première question :
« pourquoi tu nous as fait nous dépêcher Cheng Wei ?
- parce que la cérémonie doit se faire avant midi »
C’était donc ça.

Pourquoi il ne dit pas les choses clairement ?

(ce qui est une deuxième question mais on va dire qu’on ne la compte pas)
Deuxième question :
Le spectacle est à 14h30.

Il va falloir faire un choix de planning.

Il y a trois activités au programme : la barre, le déjeuner, les corrections.

Dans quel ordre faisons-nous tout ça ?
Discussions en mandarin entre nos trois amis.
Je pressens un désintéressement total de la question du côté de Wan Chu qui ne mangera que très peu, comme d’habitude, mais elle met un point d'honneur à ponctuer de temps à autres les fins de phrase des deux garçons qui sont eux totalement investis dans la résolution de ce problème.


Finalement, Ha Bao part chercher les repas pour que l’on mange plus tôt.

Il est vraiment très serviable.


Alors que l’on attend son retour, Ally apparaît à nouveau dans les loges.

Elle a un autre cadeau : des boissons.

Tout le monde la remercie.

(bon, je ne pourrai pas boire la mienne parce que c’est du thé au lait et elle a oublié que je ne supportais pas le lait)
Notre amie reste un moment avec nous.

Elle faisait juste un crochet avant de vaquer à ses occupations.
Ally …
Avant de partir, pour je ne sais quelle raison (mais en faut-il vraiment une ?), elle se met à chanter.

Et c’est très joli.

Alors je lui demande de recommencer pour que je puisse l’enregistrer



13h,
la barre.

La dernière à plus d’un titre.

La dernière de ma saison,
la dernière pour nous,
la dernière pour ici,
la dernière pour Taïwan.


J’ai déjà écrit un article sur les dernières fois.

Nous revoilà plongés dans un nouvel épisode.

Avant de repartir se préparer,
je demande à la régie de caler la vidéo de « rentrer »
Il faut que l’on vérifie ce début et que Wan Chu retrouve enfin ce qu'elle doit faire.
Une fois que tout est mis au clair, on danse ces fameuses entrées
et chacun se prépare, à sa façon.

13h30,
l’échéance approche.
L’équipe vidéo est arrivée.

Elle installe les caméras.

C’est génial d’avoir une trace de cette version là-aussi.

Même si j’aurais préféré que ça soit Sylvain qui la fasse …



Il est temps de faire la mise (et cette fois, je mets tout au bon endroit),
puis pendant que les filles peaufinent leur maquillage, je me repasse une dernière fois ces moments qui étaient encore fragiles dans les derniers spectacles.

Une dame apparaît à l’entrée des loges.

Si Ha Bao l’a laissée passer c’est qu’elle doit connaître quelqu’un.

Je la reconnais.

Ils ont les mêmes yeux.

C’est la mère de Cheng Wei.

Elle lui dit plein de choses et, comme j’ai pu le faire avec ma mère au même moment, je sais qu’il est en train de lui dire de retourner le plus vite possible dans le hall d’accueil, et de nous laisser tranquille.
Les mères.

On a bien de la chance qu’elles s’inquiètent et nous soutiennent autant.

14h,
l’écran de contrôle s’anime.

Les premières chaises se remplissent dans les gradins.
Je sors fumer une pipe pour me détendre.

J’aimerais tellement que cette dernière soit réussie.
D’autant que l’on filme aujourd’hui !

14h15,
je n’ai plus le choix.

Pantalon noir, chemise blanche.

Le dernier cercle de concentration.

On se souhaite bonne chance.
(alors là aussi, je me souviens que l’on a eu un fou rire salutaire, parce que quelqu’un a dit quelque chose, mais je ne sais plus ni qui ni quoi)

14h30,
Ha Bao nous donne le top départ.

Le dernier.



Et maintenant vous le savez,
la suite
(si je ne me trompe pas cher Fréderick, c'est par là >>>)





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