17/09/18 - 2 - Taiwan été 2018 - Jour 54 (2) - le temps de l'au revoir
derniers rangements,
et ...
rudes séparations.
Dernière balade en scooter de l’année.
En faisant semblant que tout va bien.
Que l’on refera pareil demain.
On fait d’abord une halte à l’arrêt de bus, le 88.
Le bus vert que l’on voit dans la vidéo de « la traversée ».
Cheng Wei vérifie qu’il s’arrête bien près du salon de massage et qu’il y en a un bientôt.
Tout a l’air sous contrôle.
En route.
Wu Fu road,
Le pont sur la Love River,
Central Park,
slalomer entre les voitures,
voir et sentir la ville une dernière fois,
il fait juste assez doux pour que l’air paraisse frais pendant la balade.
Cheng Wei ne s'en doute peut-être pas, mais cette simple promenade en scooter est un merveilleux cadeau de départ.
Pendant que nous traversons ces quartiers que je connais bien, Cheng Wei, qui adore discuter pendant qu'il conduit, me demande de lui transférer sur une clé USB les musiques du spectacle.
C'est pour la vidéo.
Évidemment, je n'ai pas de clé.
Chaque fois que j'en ai une, je la perds, ou je la prête et on ne me la rend pas.
« je dois en avoir une dans mon sac, je te la passerai tout à l'heure »
(les taïwanais sont des hommes modernes ...)
Nous voilà donc au magasin.
Je suis un peu gêné de demander quoi que ce soit à propos des chaussures que j’ai au pied et dont je n’ai aucune preuve d’achat mais bon, c’est Cheng Wei qui s’en occupe.
(c'est bien pratique de ne pas parler la langue parfois ...)
La vendeuse regarde la chaussure cassée, part dans l’arrière-boutique, passe un coup de fil, on patiente.
Je m’attends à ce qu’à son retour, elle commence sa phrase par le fameux « in wei » qui aboutit implacablement à une réponse négative.
Quand elle revient vers nous et qu’elle discute avec mon ami, j’ai beau tendre l’oreille, pas de « in wei ».
Cheng Wei m’explique :
« pas de problème pour l’échange mais le souci c’est qu’il n’y a plus ce modèle, il faut que tu en choisisses un autre »
Si ce n’est que ça …
Je trouve d’autres sandales à mon goût, à un prix équivalent, et sans lanière susceptibles de lâcher d’ici la fin de la journée.
Le souci c’est que j’ai oublié le montant de mon achat initial mais je sais à peu près jusqu’à combien je suis capable d’aller pour des chaussures.
Voilà, ce modèle-là ira très bien.
Il est 10 euros de plus ?
Ça va aller.
Je règle vite avant que Cheng Wei tente de négocier un échange au prix des anciennes chaussures.
(je le connais …)
On se quitte devant le magasin.
Après m'avoir donné la fameuse clé USB, il part rejoindre les touristes français au salon de massage.
Quant à moi, je retourne vers ce qui est pour quelques heures encore mon chez moi temporaire.
Nous sommes dans le quartier du centre culturel, j’espère un 248.
Rien.
Un 52 ?
Il me passe sous le nez.
Tant pis, pas de bus qui ressemble à un jouet, ni de rencontre magique avec mon chauffeur préféré.
Ce sera le métro.
Tout ça est bien triste.
Triste comme … un jour de départ.
Formosa.
Sortie 1 par l’escalator.
Je remonte Zhongshan avec mes nouvelles sandales,
pour la dernière fois.
Il fais gris.
Ce qui n’arrange rien.
Mais le canal d’Hebei est pourtant très joli.
J’aurais pris une photo si j’en avais l’énergie.
Neuvième étage, dernière ligne droite.
Transfert des dernières images possibles de l’appareil photo à l’ordinateur,
pendant qu’ils communiquent, second coup de balai dans le reste de l’appartement.
Transfert des musiques sur la clé USB que m’a donné Cheng Wei pendant que je prends une dernière douche,
puis nettoyage de la salle de bains et lessive des draps.
Quand l’ordinateur n’est plus utile sur la table du bureau, je remplis mon sac vert de tous les tas organisés le matin.
15h40,
message d’Anaïs.
Ils attendent toujours le bus.
Galère.
Je contacte Cheng Wei :
« bon, il n’y a pas de bus
- quoi ? qu’est-ce qu’on peut faire ? »
Ces amateurs de scooters … ils ne sont décidément pas à l’aise avec les transports en commun.
Je dis à Anaïs de prendre le métro jusqu’à Wucaicuo, qui est la station de métro la plus proche.
Message de Cheng Wei :
« je leur ai envoyé l’adresse, ils peuvent y aller en taxi »
Lui, c’est scooter ou taxi.
De toute manière, Anaïs n’a pas Internet donc elle aura le message par le wifi du métro.
La française coupe la poire en deux.
Ils vont aller sous terre jusqu’à la station Centre Culturel … et de là, ils prendront un taxi.
Affaire réglée.
Cela aura au moins eu le mérite de me faire penser à autre chose pendant quelques minutes ...
Cheng Wei reprend la conversation.
Il me dit de ne pas oublier de copier les musiques.
Je lui réponds que c’est en cours et qu’il faut que je le laisse pour finir la lessive et nettoyer le balcon :
« laisse, je le ferai … tu dois être fatigué
- non, je préfère le faire moi … en plus ça m’empêche de penser … »
Je lui propose, s’il a le temps, de me rejoindre à l’appartement.
Comme ça, on partirait tous les deux à la gare histoire de passer encore quelques minutes ensemble.
« je vais voir ce que je peux faire
- ne te stresse pas ! j’ai dit SI TU AS LE TEMPS … Tiens moi juste au courant »
Fin de la conversation,
je verse quelques larmes,
et finis le nettoyage.
18h53,
(alors là, la précision vient du fait que c’est une conversation Messenger)
Cheng Wei me dit qu’il va être un peu retard …
Je m’en doutais.
Cela m’apprendra à lui demander de caser au dernier moment des nouvelles activités à son emploi du temps d’homme pressé.
Comme je ne veux pas revivre la course du printemps dernier, je lui dis que je l’attends au rez-de-chaussée.
19h,
l’appartement est vide de mon passage.
Je pose ce symbole de la vie taïwanaise sur la table basse,
le prend en photo pour vous,
verse quelques larmes
et pour la dernière fois, j’utilise la clé noire.
Il n’est pas encore là quand je sors de l’ascenseur :
« tu es où ?
- là dans 4 minutes »
Je laisse mes sacs en consigne au gardien et j’en profite pour faire un aller retour avec les poubelles.
Impossible de tout prendre en une fois.
Il reste toutes les bouteilles d'eau.
Je verrai en bas si je fais un autre voyage selon qu’il soit déjà arrivé ou pas.
L'ami gare son scooter quand je suis en train de me débarrasser des sacs dans le local.
Je lui parle des bouteilles.
« laissez-les, je m’en occuperai après »
Je dis au revoir au gardien.
Cheng Wei lui explique que cette fois-ci, j’y vais pour de bon.
Ma gorge se serre quand je vois la tête du bonhomme qui pourtant ne faisait que me dire bonjour.
Je dis à Cheng Wei de demander au gardien de saluer ses collègues pour moi.
Je suis triste.
Bon sang.
19h20,
nous remontons Zhongshan vers la station de métro.
Vivement que le TGV arrive ici !
On gagnera au moins deux heures de vie taïwanaise à chaque séjour.
Au bar à thé, les vendeuses s’agitent.
J’aimerais leur dire au revoir et merci.
Mais quand je les vois s’activer dans tous les sens, je me rends compte que mon départ n’est pas grand chose dans leur vie de taïwanaises agitées,
la vie continue.
19h25,
nous sommes dans la nouvelle station de métro de la gare centrale.
J’envoie un message aux français :
« si vous arrivez avant moi à Zuoying, achetez les tickets de train, je vous rembourserai »
En écrivant la dernière partie de la phrase, je me dis que je m’expose au fait qu’ils refusent que je leur paie mon billet.
Bon ... On s’arrangera bien d’une façon ou d’une autre.
On est à Kaohsiung Arena quand je vois dépasser de la nuée de cheveux noirs de ce métro bondé, une tignasse blonde qui me semble familière.
J’entraperçois un peu de rouge.
Ils sont dans la même rame de métro.
19h40,
Zuoying.
Nous montons à la gare.
J’achète les billets.
Ce sera le train de 20h, arrivée 21h41.
Avec les vingt minutes de transfert, nous serons à 22h à Taoyuan.
Parfait timing.
Gare Centrale,
Zuoying,
TGV,
Taoyuan,
l’aéroport,
nous sommes en train de vivre la vidéo de « rentrer »
19h50,
c’est le moment.
Je pourrais sûrement écrire des lignes entières de ce que je ressens des corps qui se serrent, des regards qui se quittent, des larmes, des phrases échangées.
C’est tellement un crève-cœur de les quitter.
Et rarement ce mot n’aura eu de sens dans ma petite existence.
Crève-cœur.
Et c’est encore plus difficile, à chaque fois.
On passe nos billets dans les machines.
Voilà.
C’est terminé.
Ou plutôt, ça recommence.
La séparation.
Je sais plus que jamais, que de l’autre côté des composteurs,
je laisse des amis.
Il y a certes la belle consolation de voir grandir une amitié du côté d’Anaïs et William (du moins je l’espère) et puis aussi la joie de malheureusement les voir aussi tristes que moi.
Mais …
c’est vraiment, terriblement, éperdument, douloureux.
20h,
le train part inexorablement à l'heure.
Je regarde le quai défiler à travers la vitre, tout est flou de mes larmes.
On parle peu dans le train.
Si ce n’est pour partager ce que l’on vient de vivre.
Anaïs me demande si c’est aussi dur à chaque fois.
Hélas, c’est pire …
William me dit qu’ils ont vécu la même chose avec leurs amis du Canada.
Ils comprennent encore mieux.
Je me sens encore moins seul.
Un peu après Tainan, Cheng Wei m’envoie un message :
« on se disait avec Wan Chu que c’était de plus en plus difficile de se quitter »
On est tous sur la même longueur d’ondes.
Je pleure une nouvelle fois (je crains que ça ne soit pas la dernière) et je m’endors.
21h,
Taichung.
Comme à chaque voyage de retour, l'agitation des montées et descentes des voyageurs me réveille.
Dans ce sens de voyage, j'aurai rarement regardé le paysage.
21h41,
Taoyuan.
Je suis le flot de voyageurs avec la secrète envie de faire demi-tour.
Les escalators,
la passerelle,
le métro,
on fait une photo pour nos amis
la station de métro,
les composteurs,
les tapis roulants,
nous voilà à l’aéroport international de Taoyuan.
La porte du pays va bientôt se refermer sur nous.


Commentaires
Enregistrer un commentaire