14/09/18 - 2 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 20 (2) - les Chroniques Formosanes - version taÏwanaise - Première
Tout a été enfin vérifié.
Lumières, images,
La mise est faite.
Nous pouvons nous lancer dans ce que l'on peut appeler une générale.
Enfin.
Cette fois-ci, on va finalement pouvoir se concentrer sur ... nous.
Le premier film s'étale sur la totalité de l'écran.
La voix de Mike est haute est claire, la transition avec celle de Çong Yen est parfaite.
En fermant les yeux, on pourrait presque croire qu'ils étaient tous les deux à l'avant-scène.
Merci monsieur Bitoniau !
La danse investit le plateau, et les corps vont mieux qu'hier.
La nuit de repos a été bénéfique, l’apaisement de l’atmosphère doit un peu aider aussi.
Les corps, le son, l’image, tout serait-il enfin en place ?
Et bien pas tout à fait.
D'abord, le sol accroche encore un peu.
Je m'en étais rendu compte hier mais comme personne ne s'en était plaint de manière à ce que je sente que c'était problématique, ça ne m'a pas alarmé.
Cheng Wei l'avait signalé à la régie,
on avait mis ce désagrément sur le compte de la climatisation,
en la réglant différemment, avec l'aide d'un peu de poussière de la veille, ça aurait dû s'arranger
mais il semble que non.
Il va falloir gérer.
Cheng Wei va-t-il me demander de danser en chaussettes ?
Nous verrons plus tard.
En dehors de ce souci de surface, il y a autre chose.
Où donc me demanderez -vous ?
Devinez ?
16h,
je fais les corrections des trois filages passés.
Cheng Wei a remarqué d'autres erreurs.
Il ne peut pas s’empêcher d’être un peu chorégraphe …
cela dit, c’est moi qui suis bien critique cette fois.
C’est son rôle d’assistant qu’il est en train d’assurer, et il le fait très bien.
On discute tranquillement de tout et corrige ce qui doit l'être.
Wan Chu me faire remarquer que quand elle a assisté aux derniers réglages tout à l’heure,
le poème du thé lui a paru plus court.
Il lui semble qu’il manque des lignes.
Je sors l’ordinateur (qui, finalement, aura aussi été utile aujourd’hui) ,
on compare avec la version française ,
elle a raison.
Il manque une strophe.
Je me suis trompé en recopiant.
Stress.
Il aurait fallu que je fasse la transcription avec quelqu’un qui puisse contrôler dans les deux langues au fur et à mesure.
Un jour, j’aurai peut-être un traducteur dans l’équipe ?
Pour l'instant c'est mal parti ...
Enfin bon, je rectifie le texte sous le contrôle de mes amis sinophones.
J’édite le nouveau film, je le compresse dans le bon format,
en priant tous les dieux - ceux de ce matin et puis tous les autres - pour que ça ne bugue pas à 95% comme ce matin.
(pour alléger le travail des divinités, j'ai choisi une qualité de compression moyenne)
17h30,
le film est prêt.
(j’ai beaucoup tremblé à 95%)
Je vais tester avec Beï Ji et tous ceux qui comprennent le texte.
C’est le bon.
Cette fois-ci, tout est en place.
Il n’y a plus qu’à espérer que tout se passe bien ce soir.
Je retourne dans les loges.
Il me faut du calme, encore plus de calme.
J’ouvre la porte, le ciel vire délicatement à l’orange.
On a le temps d’aller jusqu’au lac pour voir le coucher de soleil.
Le dîner ne va pas tarder à être livré mais comme Anaïs ne mange pas avant le spectacle,
je lui propose de faire ce qu’elle n’a pas encore eu le temps de faire :
aller voir le lac au soleil couchant.
Taïwan nous fait un joli cadeau de première.
Retour au théâtre.
Comme prévu, le dîner a été livré entre temps.
J’en grignote un peu pendant que les filles se maquillent.
Cheng Wei vérifie avec Ha Bao que tout est en place pour accueillir les spectateurs,
puis vient de notre côté se transformer en danseur.
18h45,
le public entre dans un quart d’heure.
On n’aura pas le temps de faire une barre, mais ça n’a l’air d’inquiéter personne.
Les corps sont encore tièdes de l’après-midi.
Chacun sur son coin de scène se remet en route à sa façon et s’occupe de sa mise.
On décide de rester dans les loges le plus longtemps possible.
Attendre dans le noir en entendant le public rentrer n'aide pas du tout à calmer le trac.
Vu que l'on peut arriver discrètement dans les coulisses en longeant le rideau du fond,
on ira s’installer en coulisses au dernier moment.
19h,
avant de disparaître du plateau, on souhaite bonne chance à Beï Ji et son équipe.
19h20,
dans les loges, l’ambiance est calme et concentrée.
Sur l’écran de contrôle, on voit la scène baignée dans un joli bleu.
Il n’y a que trois personnes dans les gradins.
Grand flip.
On décide d’annoncer un retard de 15 minutes en raison de problèmes techniques.
Il y a peut-être des gens qui arrivent de Tainan avec le train de banlieue.
(bon, il est rarement en retard mais on se rassure comme un peu …
d’ailleurs si ça se trouve, ils sont en voiture donc dans les embouteillages …
donc c’est pour ça qui sont en retard)
19h42,
on ne peut plus attendre.
On apprend à Çong Yen les rituels d’avant-spectacle.
Cercle de concentration,
signes de bonne chance,
je dis à toute l’équipe : « we are the best anyway »
et ...
Nous sommes dans la coulisse à cour au lointain.
Le bleu disparaît,
Çong Yen part à l’avant-scène se concentrer sur son texte.
Noir salle.
La voix de Mike envahit le théâtre.
Que c’est bon de l’entendre avec nous.
J’ai bien-sûr un pincement au cœur qu’il ne soit pas là en chair et en os mais bon, c’est comme ça.
Je ne serai jamais un chorégraphe assez riche pour mener mes projets avec tous les moyens que j’aimerais avoir.
Mike finit son texte, Çong Yen enchaîne, parfaitement.
La passation de pouvoirs est belle à entendre.
« Made in China » c’est le repère !
(même nous français, nous comprenons !)
Cheng Wei se prépare, Wan Chu a déjà son regard de concentration.
Il y a quelques rires lors de l’entrée de nos amis en touristes chinois.
C’est fou comme les gens n’osent pas rire au théâtre ici si on n’annonce pas dès le départ qu’il y a des choses drôles.
Heureusement que je le sais, sinon je serais … inquiet.
Le coeur des amoureux apparaît à l’écran.
Je dis à Anaïs : « à tout à l’heure » et je vais dans ma coulisse.
Çong Yen finit son texte, les premières notes de la mélodie au carillon résonnent dans le 281.
On y est.
La ligne de basse au synthé, Anaïs est rentrée.
Reprise de la mélodie, c’est à mon tour.
Voilà Wan Chu qui fait timidement ses trois pas pour rejoindre sa place.
Et enfin Cheng Wei qui rentre les mains dans les poches.
Tiens ! Je n’avais pas remarqué …
La rythmique commence.
Les regards de mes amis.
Ces si beaux regards.
Qui disent déjà tellement de choses.
Et puis les marches,
et Çong Yen disparait,
et enfin les dernières courses,
Ça y est.
On danse.
Un prologue sans faute.
Et une suite d’une fluidité que je n’aurais espérée.
Tout s’enchaîne dans une belle douceur.
On distingue hélas beaucoup de chaises vides sur les gradins mais aussi des regards concentrés.
Notamment, un jeune homme au premier rang, qui m’a l’air d’être un collègue.
(oui j’arrive à voir tout ça tout en continuant à danser correctement, le métier messieurs-dames ..)
Comme pour la générale, j’arrive à faire des photos presque correcte à la fin de la scène du bureau de tabac.
Celle-ci me plait particulièrement.
Cheng Wei … et son air de premier de la classe sur le point de faire une grosse bêtise …
Je me suis concentré sur moi-même pendant le solo de Wan Chu mais je suis sûr qu’elle a été magistrale.
De toute manière, les dés sont jetés.
Il faut que je les laisse faire.
L’épisode du thé s’est passé sans événement majeur.
(c’est à dire que je tremblais, partout donc rien de bien différent de tous mes passages sur une scène quand je suis très impliqué dans un projet)
La même chose pour « the scooter part »,
à la suite de laquelle Çong Yen et moi arrivons réellement à faire rire les gens lors de mon apparition en imperméable.
Je dois vous avouer que j'aurais eu du mal à comprendre si personne n'avait ri en voyant le jeune homme m’engueuler à la fin de son speech parce que je le dérangeais dans ses explications, alors que j’achevais une entrée sur le double thème de monsieur muscle et du téléshopping.
Le duo au parapluie et Cijin sont décidément mes moments préférés.
J’ai savouré le plaisir de voir mes amis interpréter ce moment, tranquillement assis à la table, finissant la tasse de thé que je venais de me servir.
J'ai déjà partagé avec vous des photos de Cijin, voici deux jolies choses du duo.
(bon, Cheng Wei a encore une main dans une poche, je n'ai pas du tout le souvenir de lui avoir demandé non plus ...)
Contrairement à ce que je pensais, Çong Yen n’a pas encore trouvé le rythme idéal dans son monologue des couchers de soleil.
On sent de temps à temps quelques flottements par rapport au rythme des images.
Le jeune homme s'en était pourtant très bien sorti hier soir mais il semble que, contrairement au texte d'introduction, ça ait été un coup de chance.
Il faut dire qu’avec les nombreuses errances, et dans la traduction et dans l’installation de la vidéo au théâtre, il n'a pas beaucoup travaillé ce texte finalement.
J'aimerais bien qu'il ait un peu de temps pour ça.
Demain peut-être ...
Cheng Wei se sort bien de son solo.
Un peu trop en tension à mon goût, mais bien plus que regardable.
C'est que cette première est aussi importante pour lui.
Il ne peut pas encore être détendu.
J’ai encore eu un léger bug dans « rentrer ».
Dès la première phase !
Elles sont compliquées ces entrées.
Si je croise le chorégraphe …
On en arrive tout naturellement à l’épilogue,
qui est beau, léger, sans aucune tristesse.,
ça en est tellement agréable que j’en suis presque déçu.
(non mais l’autre, il voudrait que tout le monde pleure à chaque fois)
Nous voilà aux saluts.
Ce fut une belle représentation.
Je sais que je l’ai déjà écrit,
mais le seul mot qui peut décrire ce qui s'est déroulé sur le plateau ce soir est la fluidité.
Bien que pour la version taïwanaise, c’était une première, tout s’est enchaîné comme si nous avions dansé la même chose dans un autre théâtre peu de temps avant.
Comme dans une tournée quoi.
Arrive ensuite, l’épreuve des questions.
Puisqu’ici, souvent après les spectacles, le public peut rester discuter avec les artistes.
Le début de l’exercice se fait dans un grand cafouillage.
Cheng Wei, tout à l’excitation du moment, n’attend pas que nous soyons tous revenus des loges.
Je suppose qu'il a un peu peur que les spectateurs s'en aillent mais quand même ...
Nous sommes encore en train de nous congratuler quand je l’entends prendre la parole.
On se transforme au plus vite en personnes normales et on le rejoint.
Il y a peu de public comme nous l’avions plus ou moins vu en dansant mais les questions et les impressions n’en sont pas moins intéressantes.
J’ai retenu l’étonnement de certains quant à ma vision de Taïwan,
(cela dit, je suppose si Wan Chu ou Cheng Wei faisaient une pièce sur la France, nous serions surement étonnés)
une question m’a permis de retracer mon parcours sur l’île,
(en sept ans, je commence à avoir pas mal de choses à dire)
on nous a aussi demandé comment nous avions fait pour travailler ensemble,
Et c’est vrai qu’avec le recul, en arriver à cette qualité-là malgré toutes les difficultés, notamment logistiques, cela a été une sacrée gageure.
Ces deux questions m’ont fait réaliser à quel point ces trois personnes qui me suivent dans ces projets improbables sont remarquables à tout point de vue.
Enfin, dans mon carnet, j’ai noté quelques belles phrases :
« j’ai voyagé »
Certains français ont dit la même chose mais justement, quand un taïwanais le dit, alors que l’on n’est pas allé plus loin que les limites de la ville, c’est encore plus touchant.
« j’ai redécouvert ma ville »
Objectif atteint.
« j’ai été ému »
Là, je n’ai plus rien à dire.
21h30,
nous prenons congé du public.
La prof de yoga qui a suivi le stage au niveau débutant vient me dire tout le bien qu’elle a pensé de ce qu’elle a vu.
Elle aussi a découvert son pays autrement.
Cela lui a aussi fait réaliser que des choses simples qui paraissent évidentes pour elle, ne le sont pas forcément pour les étrangers.
Sa dernière phrase a été :
« je pense que le public a été touché »
Avec une phrase pareille, je peux repartir aux loges féliciter tout le monde encore une fois.
Dernier retour aux loges de la journée,
et …
Et bien, j’ai quand-même réussi à ne pas tout noter.
Je n’ai pas de notes sur le bonheur que nous avons eu à nous féliciter, à raconter nos petites erreurs,
à reparler des textes, des questions du public,
à nous lamenter quand-même du petit nombre de spectateurs.
Ha Bao nous dit qu’à partir de demain, ça ira beaucoup mieux.
Croisons les doigts pour qu'il ait raison.
On n’a pas dû trop traîner car demain on a deux représentations.
Mais je ne peux pas vous dire en détail à quel point j’ai saoulé de paroles la pauvre Anaïs dans le métro,
ni si Jin Li et Cheng Wei ont eu d’autres urgences …
(alors en fait, si, ça je pense pouvoir vous le dire : Yung Hua, la fiancée de Cheng Wei était là ce soir donc à priori, tout est rentré dans l’ordre pour l’instant établi)
Rien non plus sur mon retour une fois que j’ai quitté mon amie française.
Ai-je sauté de joie sur Zhongshan malgré mes genoux malades ?
Ai-je cogité sur de nouveaux projets ?
(là-dessus, j’ai ma petite idée …)
Me suis-je auto engueulé d’avoir autant stressé pour rien ?
(il y a de grandes chances)
mais hélas, vous ne le saurez jamais.
Je vous laisse avec cette photo (qui est presque la même que celle de tout en haut mais avec quelqu'un en plus)
Une équipe heureuse et soulagée d’avoir relevé le défi de raconter Taïwan à un public taïwanais,
à travers mon regard.
En commençant par le fond à gauche, vous reconnaissez Çong Yen qui, en bon taïwanais, nous fait un V de la victoire mais à l’horizontale.
À sa droite, la jeune femme avec une demi frange est notre amie de l’image.
Au milieu, il y a le malicieux Beï Ji.
L’autre V est fait par une jeune fille qui a accueilli le public aujourd’hui.
Vous devriez reconnaître tout le monde sur la ligne centrale.
De droite à gauche, Ha Bao, Cheng Wei (et son sourire indescriptible), Anaïs, Wan Chu et votre serviteur.
Tout en bas au centre, c’est la fameuse Yung Hua.










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