17-18/09/18 - Taiwan été 2018 - Jour 54 - 55 - La fin de l'histoire


Les retours se suivent
et se ressemblent,
les mêmes déchirements,
les mêmes chocs.




 
 



Lundi 17 septembre, 22h05


Grâce à l’efficacité des transports en commun de ce pays, nous sommes devant les comptoirs d’enregistrement exactement à l'heure qui était prévue.
(et ça, j’en suis sûr, cela vous laisse particulièrement rêveurs)

Il semble que nous soyons les premiers ?
En tous cas, il y a personne, et c’est parfait.

Pesage des valises.
Mes amis ont un doute.
Avec ce qu’ils ramènent en plus de ce qui a été nécessaire à l’élégance légendaire d’Anaïs, un excédent des bagages est bien possible.
Il y aura toujours le moyen de bourrer les bagages cabine le cas échéant, mais à ce que je vois, ils sont déjà bien remplis.
Moment de vérité.
22,8 kg chacune.

La bonne surprise que voilà.
Comme il reste deux bons kilos de disponibles, William déleste de quelques centaines de grammes les besaces qui resteront sur leurs dos, en comblant les espaces encore vides des sacs qui s'apprêtent à voyager en soute.
Nouveau pesage,
on y est.
Juste en dessous de la limite.
(William est un scientifique …)

S’enchaînent les étapes habituelles :
contrôle des bagages,
des passeports,
traversée du duty Free
où j’achète une petit Bouddha pour un ami qui en fait la collection, et aussi une paire de boucles d’oreille en jade pour Nadia,
puis première attente près de l'écran où est indiqué notre vol dans l’espace faussement boisé.

C'est le même vol que celui que nous avons pris à l'aller donc son point de départ est Manille.
Les passagers qui ont embarqué là-bas rejoignent les premiers la vraie salle d'embarquement située à l’étage en dessous.
(après avoir été « invités » à traverser l’aéroport pour « profiter » des toutes les offres promotionnelles du Duty Free …
Les taïwanais ont un sens certain du commerce).


La paisible atmosphère de notre traversée d’aéroport est brusquement rompue par les cris d’une famille néerlandaise qui, évidemment, a décidé de venir s’installer juste à côté de moi.
Heureusement, on peut assez vite rejoindre les philippins et ceux qui ont visité ce pays, dans la seconde salle.

On fait un dernier selfie pour nos amis avant de descendre


et on accède ce dernier espace intermédiaire où tout le monde se rue sur son téléphone pour communiquer avec le monde en profitant des dernières minutes de wifi gratuit.
Nous ne sommes pas en reste.
On laisse des messages aux taïwanais que l’on quitte,
et aux français que l’on va retrouver.

23h,
l'hôtesse annonce l’embarquement par zone.

Comme j’ai pris une option premium qui me permet d’avoir plus d’espace pour mes jambes plutôt grandes et endolories, je rentre dans l’avion avant mes amis.

Siège 14A .


23h50,
l’avion quitte la porte d’embarquement,
j’ai la tête collée au hublot,
on voit les techniciens nous dire au revoir,
même la nuit.
Ma vue se brouille.


Et puis on longe l’aérogare,
et puis l’avion se met en position de départ,
et puis il accélère,
et puis il décolle du sol,
j’ai l’impression que mon cœur s’arrache.


C’est quand-même bien excessif tout ça.

J’ai des amis qui m’attendent en France, et c’est pour eux que je rentre, à chaque fois.

J’ai même des gens que j’aime, juste là dans l’avion.
Je peux aussi me réjouir du fait que tout se soit bien passé, que nous avons relevé le défi, que tout le monde signerait bien pour une autre aventure.

Le seul qui en doute … c’est moi.

Rien n’y fait, je sanglote le nez au hublot.
La tristesse est plus forte que la raison.

Bientôt, il n’y a plus de lumières sous l’avion, c’est déjà la mer de Chine.

Je pleure encore.



Se souvenir des belles choses.
Je prends mon carnet et plonge dans la journée d’hier.
C’était bien, ils étaient beaux,
au bout du compte
, tout ça a valu le coup.

Le dîner,
les lumières qui se tamisent,
un début de film devant lequel, comme d’habitude, je m’endors.

Nous survolons la Chine, puis la Russie, puis la Scandinavie,
et les lumières reviennent.
Ces onze heures sont vite passées.

Un peu trop vite peut-être.

Un petit déjeuner cruellement européen,
et l’annonce de la descente toute proche vers Amsterdam.
À quelques centaines de mètres sous nos pieds, les lumières des villes hollandaises.

J’écris encore un peu avant de ranger mes affaires.

Le commandant demande à l’équipage d’être prêt pour l’atterrissage,
on voit les maisons grandir,
le sol se rapprocher,
et vient le choc des roues sur le tarmac,
et le freinage,
et le bruit des impatients qui débloquent leur ceinture de sécurité,
et l'annonce de la sentence : le tout petit nombre de degrés de la température extérieure.

On a perdu une vingtaine de degrés depuis Kaohsiung.
Et dire qu'ils nous souhaitent la bienvenue ...

Comme à Taoyuan, j’ai très envie de rester dans l’avion et de repartir sans délai d’où je viens.
Alors contrairement à tous mes voisins qui sont déjà debout prêts à sortir, je reste assis
et regarde à travers le hublot, les techniciens qui s’affairent à connecter la passerelle.
Ils ne nous disent pas bonjour eux.

6h40,
les moteurs de l’avion sont arrêtées.
L'agitation est partout, j’attends encore.
Le dernier moment.

Je n'ai plus le choix.
Il me faut quitter mon siège.
Mais je trouve une excellente raison de rester encore un peu dans l’avion : Anaïs et William ne sont pas encore sortis.

Je profite d’un passager qui a du mal à descendre sa valise pour me caler dans les sièges vides de la zone où mes amis ont passé la traversée.
Les voyageurs défilent, le Boeing 737 se vide à toute vitesse.
Mon esprit est ailleurs mais je dois tout de même rester attentif sinon je vais rater la tignasse blonde et la chevelure rouge assortie.

Le flot de valises se tarit.
Où sont-ils ?

Je me lève, regarde vers l’arrière de la cabine, ils sont encore assis.

Je souris.
Nous descendrons dans les tous derniers de l’avion.

Contrôle de sécurité.
On me demande m’ouvrir mon sac vert parce qu’il y a une boîte suspecte.
C’est le Bouddha.

Ils l’ouvrent, scrutent la statuette et auscultent son contenant.

Heureusement que j’ai gardé la note et que je n’ai pas demandé de papier cadeau …



Contrôle des passeports.

Comme souvent quand on arrive tôt le matin, il y a embouteillage.

Tous les vols de nuit arrivent au même moment et il n’y a toujours pas assez de bureaux ouverts pour absorber tout ce monde.
On patiente à moitié endormis que notre tour arrive.

Je n’ai rien noté de remarquable quant au contrôle en lui-même.

Le fait que je sois en transit et accompagné a peut-être facilité les choses.

En tous cas, c’est certain, la notion d’accueil n’est toujours pas au programme de formation de ces agents pourtant plus affables que leurs homologues français.

Schiphol et son aérogare.
Il va falloir trouver une place pour petit déjeuner.,
et ce, sans trop tarder, car même si l’espace restauration est immense, nous sommes loin d’être seuls.

Je ne sais plus qui de nous trois a repéré cette table près des fenêtres, mais c’est l’endroit adéquat pour rester un peu connecté au ciel et reculer pour quelques temps encore l’immersion dans le vieux continent.

Là, succession de nouveaux chocs.

Le service pour le moins minimal,
le prix de ce qui va nous servir de petit déjeuner,
le goût du Oolong … en sachets,
et le retour de langues beaucoup plus compréhensibles.
(on n’en est pas encore au français … c’est déjà ça)

Le soleil pointe son regard sur les pistes.

Premier réflexe des services de l’aéroport : baisser les stores.

Mais pourquoi ?

Heureusement qu’ils changent d’avis.


On reste là le plus longtemps possible,
parlant peu.
Qu’est-ce que l’on pourrait dire de toute façon ?

À part que l’on va devoir parler de tout ça à l’imparfait.



Voilà.
Les notes dans mon carnet s’arrêtent là.
Je me souviens que peu de temps après que j'ai pris cette photo, un père est venu s’asseoir avec sa petite fille et qu’elle refusait de manger sa banane.
Anaïs en avait rit.

Après … plus rien.
Je suppose que j'ai été désespéré d'entendre des premières paroles françaises
(et si j'osais être mauvaise langue tout en étant presque sûr de ne pas être si loin de la réalité, je dirais qu'ils devaient être en train de se plaindre)

Je n'ai plus rien de noté, mais j’ai pris quelques photos,
dont celle-ci qui me permet de vous dire que l’avion s'est présenté à la piste d'atterrissage par l’est, face au vent,
ce qui nous donne l’occasion d’avoir une jolie vue sur une ville de Marseille ensoleillée.


Je sais que j’ai fini de noter tout ce que je viens de vous raconter pendant le vol depuis Amsterdam
et que j’ai achevé la dernière ligne d’écriture au moment-même où l’avion atterrissait à Marseille Provence.
C'est probablement pour ça que la fin du voyage n'a pas été consignée dans le carnet.
J’ai tenté de plonger dans les méandres de mon cerveau où pourraient s'être cachés des souvenirs de notre arrivée sur le sol français.
Rien ne m'est revenu.
C’est sûrement mieux comme ça.


J'ai dit « à bientôt » à William et « à demain » à Anaïs.

Un de leurs téléphones a vibré, c’était le père de mon amie qui venait d’arriver.
On a fait un dernier selfie pour envoyer aux autres, là-bas, si loin,


je les ai accompagné dehors et les ai laissé partir.


Ensuite, j’ai fumé sur un banc.
Le regard dans le vide.



Les Chroniques formosanes version taïwanaise se sont arrêtées là.
Ça n’a pas été simple tous les jours,
mais le pessimiste que je suis en retient malgré tout énormément de bonheur.


Comment se sont passés les jours suivants ?

Et bien je me souviens d'un mardi soir assez flou avec une barre constituée de beaucoup moins d'exercices qu'elle l'aurait dû (pour le plus grand plaisir des élèves) et d'une variation déjà éprouvée dans les stages taïwanais dans lesquels j'ai essayé de cacher ma nostalgie.

Mercredi soir quand j’ai vu Anaïs et que je lui ai demandé comment ça allait, elle a souri tristement et m’a répondu :
« on boit »
On a éclaté de rire et on est allé rencontrer ceux qui allaient partager notre saison ciotadine.
À la fin de cours-là, on s’est dit : « à la semaine prochaine »
Et ça, ça a fait tout bizarre.
Nous, qui si souvent pendant cette année, avons passé presque toutes nos journées ensemble.

J’ai repris ma vie française,
revu mes amis,
suis resté encore bien longtemps rêveur en regardant les avions dans le ciel,
j’ai pesté contre Wan Chu et Cheng Wei qui ne donnaient, comme à leur habitude, pas assez de nouvelles,
et j’ai continué d’avancer en me posant la question : stop ou encore ?


Comme j’aime soigner mes épilogues, et que je ne peux pas vous lâcher comme ça.
Cette aventure fera l’objet d’un prochain article,
le dernier de ce blog,

où je vous réserve une petite surprise.




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