05-06/05/18 - la dernière ligne droite française - jours 11 et 12 - un week-end presque "off"


travailler un peu et rire beaucoup, 
laisser mes amis être des touristes
pendant que j'avance tout ce qui n'est pas du mouvement,
se faire une petite frayeur.









Samedi 5 mai, 8h30


Je me réveille donc « très tard » ce matin.

La sonnerie radar est en week-end.

Après le petit déjeuner, je n’ai qu’une seule envie : me recoucher.
Je pense à mes amis taïwanais qui vont pouvoir profiter du jardin de Jennifer.

Cela dit, le temps n’est pas des plus cléments.

La terrasse couverte plutôt que le jardin ?
Probablement.
En tous cas, ils auront Internet,
sans conditions et gratuit.
Je pense aussi à Anaïs.
Elle va pouvoir profiter de ce pauvre William un peu plus longtemps.
Quoique non, elle participe aux rencontres chorégraphiques qui ont lieu ce week-end.
En tous cas, je ne serai pas le responsable de cette absence-là,
pour une fois …

Pour ma part, je mets ma casquette de relations publiques et je continue la promotion des spectacles à venir.

Sète ouvre le bal dans huit jours maintenant.

Et de là tout va s’enchaîner ...

Huit jours ...

Je travaille aussi sur la vidéo.
Maintenant, il ne manque plus d'épisodes au film définitif.
Il faudra probablement que je retouche l’ordre et le rythme des photos de la dernière séquence,
la seule que les danseurs ne connaissent pas tous
mais j’ai devant mes yeux un film d’un seul tenant.
Prochaine étape : le redécouper.
Non pas en fonction des chorégraphies,
mais à partir des tops que l’on va organiser lundi avec ce cher Fred.

Je m'attaquerai à ça pendant le prochain jour off.
Cela devrait être jeudi ou vendredi.
Avec les jours fériés de ce joli mois de mai, les établissements publics sont fermés.
Donc, exit Martigues.
Je vais bien prendre une matinée d'un de ces deux jours pour la vidéo,
mes amis pourront comme aujourd'hui, faire une grasse matinée.
Cela ne leur fera pas de mal.

Lundi Fred arrive.
Enfin.
Fred, le génie des lumières,
qui a dans ses points forts une de mes faiblesses.
J’ai toujours un peu peur qu’il n’arrive pas.
Pourtant je n’ai aucune raison.
Il ne m’a jamais laissé tomber au dernier moment,
il a toujours tenu les engagements qu’il a pris
mais quand même, tant qu’il n’est pas là,
j’ai un morceau de peur coincée dans le diaphragme.
Une appréhension en chasse encore une autre.

Mais il sera là.
C’est dit.

Et il gèrera la régie à ma place.
Il va détendre l’atmosphère comme il sait le faire.
Quoique finalement, l’ambiance est déjà bien détendue pour cette création ...
Il me calmera moi,
et c’est déjà pas mal.

Une matinée vidéo et promo donc,
mais à toute, mais alors toute petite, vitesse.
Je suis dans ces jours où tout mon corps et au delà, sont au ralenti.

Ce qui entraîne mon premier message aux camarades de jeux
où j’annonce que la répétition va se faire le plus tard possible.
Il est 14h20.
Du côté taïwanais, comme tous les samedis chez Jennifer, ils sont allés sur le marché de Plan-de-Cuques,
le village voisin d’Allauch (qui est en fait plus proche de la maison de Jennifer).

Je suppose qu’ils ont dû distribuer des flyers.
Ils l’ont fait pour chaque spectacle.

Je me demande si un jour on verra débarquer le boucher, la boulangère ou le marchand de fromages,
j’aimerais bien.


Ça me rappelle la résidence de « Ma collection particulière » à Franconville, en région parisienne.

C’était en 2010.
Cette pièce, écrite deux ans plus tôt, mêlait danse et peinture.

J’avais chorégraphié des pièces courtes inspirées par des tableaux.

Marie-France Montant qui dirigeait le service culturel de la ville, avait eu la brillante idée
de me commander une version originale de la pièce d'origine.
Elle avait aménagé une salle de spectacle dans une galerie de l'espace culturel.
et y avait fait exposé des copies des œuvres.
Un étudiant accueillait le public par petits groupes.
Il présentait les œuvres,
parlait du peintre, les situait dans la vie de l’artiste et dans l’histoire du pays où elles avaient été créées,
nous dansions,
et juste après, nous ouvrions un débat.

Quand il n’y avait plus de questions, de réflexions, d’échanges,
on passait à l’œuvre suivante.


Une « conférence dansée » en quelque sorte.

750 personnes en trois semaines.

Beaucoup de jeunes gens, des classes de tous niveaux, des centres aérés,

belle aventure d’une richesse de rencontres exceptionnelle.
J’aurais dû en faire un blog, tiens ...

On était hébergé dans un hôtel tout près de la gare.

Un de ces petits hôtels avec quelques chambres de moins en moins utilisées,
dont la principale activité était le bar restaurant.
Enfin surtout le bar ...
Dans les habitués du lieu, il y avait un bonhomme qui débarquait assez tôt dans la journée
pour boire ... ce qui était possible.

La description parfaite du pilier de bar.
On le voyait quand on finissait le petit déjeuner,
On le croisait quand on rentrait de répétition avant le dîner,
et parfois même après le dîner quand nous étions sortis en ville que nous rentrions avant la fermeture.

À la dernière représentation, merveilleuse surprise, on a vu débarquer le bonhomme, avec son plus joli costume.

Il s’est révélé être un féru d’histoire, agrémentant d’anecdotes supplémentaires, les éléments présentés par l’étudiant.
À la fin de la représentation, il était venu nous remercier tout ému.
Il venait de voir un spectacle de danse pour la première fois.
C’est la patronne de l’hôtel qui lui avait parlé de nous et elle avait rudement bien fait.

Un de mes plus beaux souvenirs.

Donc ma foi, si ce monsieur était venu,
pourquoi le boucher de Plan-de-Cuques ne débarquerait-il pas au théâtre des Chartreux ?

Il ne l’avait pas fait pour les deux créations précédentes
mais maintenant, il connaît bien nos amis
(il leur fait régulièrement des cadeaux …),
ça serait une jolie surprise.
On verra bien.


J’arrive enfin à quitter la maison vers 15h45.

Traversée de la ville.
(Allauch ... c’est la commune à côté ... mais c’est quand même une grosse demi-heure de route quand ça circule bien)
Quand j’arrive devant le portail de la maison, je passe un coup de fil.
Gabriel, le compagnon de Jennifer me répond :
« Mais tu n’es pas là ? »
Il pensait que j’étais déjà sur la terrasse ...

On repart de la villa une demi-heure plus tard sous une pluie fine qui ne nous quittera pas jusqu’à La Ciotat.
Anaïs est déjà là quand on arrive.

Elle était inquiète de ne pas nous voir.

Je l’avais prévenue pourtant ...

La matinée de repos a fait du bien à tout le monde.

Après la barre, on file toutes les danses.
On a presque tout maintenant.

Il ne reste plus que les scènes non dansées, une transition et la danse de fin.
Comme tout se passe bien,
(maintenant ça n’est qu’une question de rodage ... enfin !),
on règle le début du spectacle.
L’ouverture se fait par un long texte de Mike où apparaissent Wan Chu et Cheng Wei,
illustrant un couple de touristes chinois faisant des selfies.
L'histoire complète est ici.


On travaille leur entrée.

Il n’y a que des marches.
Mais comme tous les artistes le savent, marcher est une des choses les plus complexes à faire sur un plateau.
On règle le rythme, la qualité des arrêts.

Cheng Wei a oublié la perche à selfie.

(bon les appareils modernes sont maintenant équipés de grand angle qui rendent cet ustensile quelque peu obsolète
mais le couple de la photo en a une, donc il nous en fallait une)
On prend un bout de bois qui traîne au studio,
ce qui bien-sûr déclenche toute une série de blagues et de choses stupides à faire au lieu de répéter.

Pourtant Mike n’est pas là ...
À croire que l’esprit de notre conteur clown ne nous quitte plus.



On peut voir sur la photo, que mes amis ont du mal à garder leur sérieux.
Il faut dire qu’en dehors de l’histoire du bâton, la situation est comique.
Cheng Wei hurle « photo » en mandarin toutes les dix secondes, comme le faisait le chinois de la photo
et c’est franchement drôle.
D’autant qu’il le fait très bien …

En me relisant, je me sens quand même chargé d’une bonne dose de mauvaise foi
en assignant à Mike la charge de la déconnade ambiante de la compagnie.
Même sans lui, nous ne sommes pas des travailleurs si sérieux que ça.
On bosse sérieusement, mais le rire est souvent en embuscade.
Et heureusement !

20h,
nous repartons avec une nouvelle chose dans la boîte.
Il manque de moins en moins de morceaux au puzzle.

Lundi, nous travaillerons la scène du bureau de tabac,

mardi, l’épilogue,
et mercredi ... toute la pièce sera finie.
Si tout va bien.

Nous sommes presque en haut de la colline.

Qu’est-ce que ça fait drôle !


Quant à dimanche,
on ne s’est pas vus.
Ça n’était pas arrivé depuis ... leur arrivée en France.

Une journée off.

Comme c’était le premier dimanche du mois, Jennifer a eu la bonne idée d’emmener les taïwanais au MUCEM.

Ils avaient déjà visité le bâtiment avec moi deux ans plus tôt
(je vous en parle ici)
mais nous n’étions pas rentrés à l'intérieur du musée.

J’avais dit à Jennifer de m’appeler quand ils avaient fini la visite.

On irait prendre un verre.

Mais ils ont oublié.

Tant pis.
Ou plutôt tant mieux, ils profitent de leur amie,
et je peux continuer à travailler sans scrupules.

Entre deux conversations avec les touristes, j'ai reçu un message d'Anaïs.
Elle avait enfin compris pourquoi elle avait dû attendre si longtemps devant le studio la veille au soir.
Mon message, comme tout un tas d'autres, était resté quelque part dans les ondes
et n'était arrivé jusqu'à son téléphone que ce dimanche matin.
La pauvre, elle aurait pu rester avec sa famille un peu plus longtemps au lieu de poireauter devant le studio.
Les limites de la technologie …

Une journée off donc où je n’aurais rien eu d’autre à vous raconter
si mon corps m’avait fait une petite blague.
(quoique, avec le recul, c’est plutôt moi qui ait fait ladite blague à mon pauvre corps)

Vers 14h, une douleur au ventre est apparue.

Et comme elle a décidé de m’accompagner tout l’après-midi, j’ai commencé à m’inquiéter,
à envisager des pires.
Quand on est seul devant un écran ou deux, on imagine facilement bien des choses.
En tous cas, moi c’est qui m’arrive …
Comme la sorte de point de côté avait l’air de se situer dans un coin de l’abdomen, j’ai pensé à l’appendice.
Vu que je l’ai encore, comme mes amygdales, tout était possible.
De là, bien-sûr, j’ai échafaudé tous les plans,
allant même jusqu’à réorganiser toute la pièce si jamais je devais être à l’hôpital dans les jours à venir.

Qu’est-ce qu’ils devaient réaménager ?
Quelles vidéos devaient être modifiées ?
Quelles notes il fallait que je leur laisse ?

J’ai pensé à tout ça tout en peaufinant les films et les musiques,
jusqu’à me rendre compte ...
 que je n’avais rien mangé depuis samedi midi.

22h30,
je vais sur le Vieux-Port m’acheter un hamburger chez Steak n’Shake,
et le mal de ventre disparait.

D’ailleurs, ils sont bien ces burgers.

Il faudra que j’emmène les danseurs touristes ici un de ces jours.


Couché avant minuit, le ventre plein et détendu.
La semaine à venir va être haute en émotions.



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