15/05/18 - la dernière ligne droite française - jour 21 (2) - Martigues - La version martégale
qui n'en est pas une,
vécue de l'intérieur,
Nous sommes en coulisses.
L’attente a commencé.
Côté cour,
je fais des allers retours dans les coulisses du lointain à l’avant-scène, encore habillé tout en noir,
pour voir qui sera là.
Je reconnais les professeurs du conservatoire,
l’amie de Soussou qui l’avait accompagnée l’autre jour,
William évidemment,
les amis prévisibles,
ceux qui sont juste à côté, et qui viennent d’habitude jusqu’à Marseille.
Comme on nous l'avait annoncé, le public est clairsemé.
Je regrette un peu qu’il n’y ait pas eu plus de tout ces gens qui ont transpiré avec moi ces dernières années
et qui ne sont pas si loin.
Alors oui, on est un mardi .. mais quand même ...
Peut-être viendront-ils à Gardanne ? ou à Marseille ?
On peut toujours rêver ...
Dans les amis prévisibles, un couple que j’aime bien manque à l'appel.
Je les croise régulièrement lors des manifestations de la Fédération Française de Danse.
Ils étaient venus à Marseille plus d’une fois pourtant.
Ils ont dû avoir un empêchement.
Dommage.
Alors que je suis au plus près du bord du pendrillon,
pour voir les premiers rangs et certaines rangées latérales,
j'ai la surprise.
Un regard bleu caché derrière des lunettes sous ces cheveux maintenant gris,
qui me ramène trente ans en arrière.
À l’époque, elle habitait Chateauneuf-les-Martigues, la petite ville juste à côté.
Dans une résidence qui s’appelait « la résidence ».
On avait dansé ensemble quelques années.
En cours, en stage, sur scène.
Et puis on s’était perdu de vue.
Les réseaux sociaux nous avaient permis de reprendre contact.
(comme quoi, ça n’est vraiment pas toujours une mauvaise chose)
Grâce à eux, nous nous sommes retrouvés,
elle avait été informée,
et elle était là.
Anne-Marie.
J’en ai bien-sûr parlé à mes camarades de jeu,
même si je savais que ça ne leur procurait pas autant de contentement que moi.
Il fallait que je partage cette joie.
Un peu de positif dans tout ce stress, ça peut ne faire que du bien.
De la régie tout là haut, la « demi salle » arrive.
(la « demi salle » c’est quand on n’éclaire plus le public qu’à moitié pour annoncer le spectacle,
quand on éteint tout c’est le « noir salle »,
ce qui, vous imaginez bien, m’a permis de faire tout un tas de plus ou moins bonnes blagues)
(d’ailleurs, je crois que je vous l’ai déjà raconté)
(et je suis encore tombé dans le piège des digressions …
reprenons)
La « demi salle » c’est le signal de mon départ.
Le moment où je quitte les amis en coulisses
pour aller m’asseoir à la table du thé, à jardin, de l'autre côté de la scène
et présenter notre travail.
J’aurais pu être de l’autre côté dès l’entrée du public
mais s’il y a une chose que je déteste encore plus que d’attendre avant de rentrer sur scène,
c’est d’attendre seul.
Les deux seules créations en solo ont été un calvaire de ce point de vue-là.
Alors pour cette pièce, j’ai décidé que nous rentrerions tous du même côté.
Pour pouvoir encore se voir, se toucher,
partager notre peur, jusqu’au dernier moment
(même si pour ceux qui veulent un peu de temps seul, c’est un peu moins agréable)
Je quitte donc mes amis et entre dans l’arène, du pas le plus assuré possible,
pour aller m’asseoir devant la table rouge.
Je salue tout le monde d’un bonsoir beaucoup trop grave pour être honnête
(mais beaucoup moins suave qu’avec Joseph quand même),
puis je remercie Magali, son équipe,
Anne et Joseph aux prénoms bibliques,
le fabuleux Fred,
Caroline de La Ciotat où nous sommes allés dès qu’on l’a voulu, sans même demander,
puis je raconte, comme à Sète, comment on en était arrivé là,
et qu'est-ce que seront que ces chroniques formosanes,
ce qui me permet de présenter les interprètes.
Je commence par les taïwanais qui m'offrent une jolie transition avec tout ce que je viens de raconter,
je passe ensuite à Anaïs, la perle,
pour finir avec Mike,
qui va prendre le relais.
Mon premier speech est fini.
Ça n'est pas mon préféré.
Heureusement que je ne le ferai pas les prochaines fois.
Autant à Sète, avec les gens tous proches, ça n'était pas désagréable,
autant ici, je suis content que ça soit fini.
Je sors de scène avec un pas aussi peu assuré qu’à l’aller,
la bascule lumière se fait.
C’est parti.
« Cijin, fort de Cihou ... »
Le mandarin de Mike n’est pas encore au point mais je ne pense pas que grand monde ne s’en rende compte.
L'histoire du coucher de soleil loupé, mon matin sur le toit,
il avance doucement dans mes souvenirs.
Il est détendu malgré le trac.
Ça m’impressionne.
« Il est 7 heures … »
La vidéo se lance.
Tout est sous contrôle.
J’espère que tout ça n’est pas trop long.
Les habitués qui s’attendent à voir un spectacle de danse vont peut-être déçus.
En même temps, j’ai prévenu dans la présentation.
Et puis, si ça ne leur plait pas, ils peuvent encore partir.
Mais maintenant.
On n’est pas encore sur scène, c’est moins rude.
Quoique Mike si ...
Pauvre Mike.
Le trac qu’il doit avoir.
« Apparaît alors ce couple singulier … »
Cheng Wei et Wan Chu entrent sur scène.
La salle rit peu.
Tant pis.
Ça me fait bien rire pourtant ...
Cheng Wei prend le selfie du public comme à Sète.
Voilà, ils sont sortis.
Les taïwanais sont à jardin.
Les français à cour.
Nous sommes prêts pour le prologue.
Enfin presque.
Il faut que Wan Chu se change.
Mais elle a le temps.
Mike redescend à peine du fort.
Il parle des amoureux un peu trop tôt.
Le graffiti qu’il décrit arrive un peu après à l’écran.
Ça n’est pas bien grave.
Il prend le ferry, puis le bus,
il dit au revoir au chauffeur et la pression monte.
Je serre une dernière fois Anaïs dans mes bras et je vais à ma place.
« La dernière journée de mon séjour commençait bien. »
Joseph envoie la musique du prologue.
Première mesure.
Deuxième mesure.
J’entre.
Et puis Anaïs,
et puis Cheng Wei que je vois du coin de l’œil
avec son air faussement dégagé et ses mains crânement rangées dans ses poches,
et puis Wan Chu,
on y est.
Les regards, les marches, les courses,
les premiers mouvements,
le sol, l’autre sol,
la remontée est un peu douloureuse pour les genoux
mais je tiendrai, il le faut.
Je le veux.
Puis la première phrase à quatre,
la séparation filles garçons,
et là, alors que je suis immobile face au public, je vois quelqu’un arriver dans la salle.
Quelqu’un que je ne m’attendais pas à voir.
Je sais maintenant quelle activité empêche le couple dont je vous parlais tout à l’heure
de partager avec nous ce moment : le baby-sitting.
Ils gardent leur petit-fils, le fils de cette femme qui vient de rentrer là,
en retard.
Pourquoi était-elle venue ?
Elle déteste mon travail.
Pas assez contemporain, pas assez d’avant-garde,
aucune prise de risque,
et tout ce genre de choses qui après l’année que je viens de passer,
en questionnements, doutes, tâtonnements, découragements,
me font penser que c’est tellement facile de critiquer le travail des gens
quand on n’a pas traversé soi-même pleinement, longuement l’aventure de la création.
Je pense à tout ça quand je suis sur scène et … je perds le fil.
Je pars deux mesures trop tôt.
Que je rattrape aussitôt, mais je m’en veux.
Mes amis sont concentrés, sont présents, et moi, je pense ...
Bon, l’erreur est faite, je me regroupe.
J’oublie cette femme dans le public.
Enfin non, ça, je n’y arrive pas.
Je me regroupe pour donner le meilleur de moi-même.
Pour les autres.
Pour elle, ça ne sera jamais assez de toute façon.
Et puis,
tout s’enchaîne,
trop vite,
sans accrocs.
En fait, je ne sais pas s’il n’y a pas d’accrocs.
J’arrête enfin de penser à la pièce.
Je me concentre sur moi.
Interprète.
Le bureau de tabacs,
à mon tour de faire une photo …
le solo de Wan Chu,
l’installation du thé,
la bouilloire qui est presque à la bonne température,
(merci Mike d’y avoir pensé)
la note de piano qui tombe quand l’eau chaude envahit le gong fu cha,
le duo,
(il faut que je trouve une solution pour ce dernier porté, il me fait mal à tellement d’endroits)
le film du scooter,
je tape Cheng Wei, quand je revois le moment, où on se retrouve bloqué entre deux bus,
il sourit.
C’est qu’on a failli crever quand même !
Le repère de la prochaine entrée est musical.
On marque les mesures avec Wan Chu.
Anaïs est changée et … nous sourit.
Plus que deux mesures.
Cheng Wei baisse la tête, enroule le dos, et rentre,
je lui emboîte le pas.
Maintenant, il faut rester concentré plus que jamais pour ne pas se louper.
Je déteste le chorégraphe …
Les dernières phrases, mes trois amis sortent de scène.
J’ai fait deux erreurs rattrapables,
on va dire que pour une première c’est honorable.
Le speech d’après le scooter,
toujours aussi essoufflé,
puis les imperméables ...
Décidément, cela ne rit pas beaucoup ce soir.
Peut-être sont-ils un peu loin ?
Ne pas se poser ce genre de question,
et rester concentré jusqu’à ce que je sois à nouveau assis à la table rouge.
Là, je peux souffler un peu et regarder.
La balle est dans le camp d’Anaïs.
Elle a peur.
Je le sens.
Mais elle ne devrait pas, j’aime ce que je vois.
(enfin si, elle devrait ... mais pas autant)
Le duo au parapluie, Cijin,
je me lève pour rejoindre à nouveaux mes amis.
J’aime cette ambiance, cette musique.
Les couchers de soleil.
Mike reprend la main, je me concentre pour mes trois répliques,
je les dis en boucle dans ma tête tout en étant attentif à ce que dit mon partenaire de jeu,
ça serait ballot de rater notre échange.
Parler calmement.
Même si ça me paraît trop lent, c’est comme ça que ça doit être pour que je ne bafouille pas.
« C’est une des seules choses que j’avais retenu des guides touristiques
(guides que j’avais oublié d’emporter avec moi et que je n’ai jamais relus depuis) »
Pas sûr d’avoir dit le texte exact,
mais bon, ça passe à peu près ...
Puis on sort.
Nous voilà tous les quatre là où nous étions au début.
L’attente est longue.
Et je sens que dans le public aussi.
Il va falloir que je trouve quelque chose.
Ça ne vient pas seulement du fait qu’ils n’ont pas l’habitude de ne voir que du texte sur le plateau,
il y a autre chose.
Il va falloir revoir la copie.
Ça sert à ça les présentations publiques non ?
« Dong Si Nan Pei »
Les quatre points cardinaux.
Je tente de rendre mon intervention la plus vivante possible mais j’ai le sentiment que le public nous a lâché.
Ne rien laisser paraître.
Enchaîner.
Je reverrai tout ça plus tard.
Et puis si ça se trouve, je me fais des idées …
Le phare.
L’entrée en impros.
L’arrêt face à l’écran devant cet immense soleil couchant.
Je repense à Soussou.
J’ai été content qu’elle soit là.
Les marches au ralenti.
La diagonale.
Disparition.
Les filles et moi pouvons souffler, Cheng Wei se concentre.
Mais non, moi j’ai un changement de costume.
Bon c’est vite fait mais avec la sueur, on ne sait jamais ...
Le bruit de scooter, enregistré un matin sur Hebei Road,
Cheng Wei entame sa première course.
Lui aussi a peur.
Mais il se bat.
Comme il sait faire.
Et c’est déjà tellement.
Je fais mes entrées, mes marches,
et arrive cette fin que je trouve belle mais que je n’assume toujours pas.
Pourtant elle dit exactement ce que je veux dire.
Je suis en train de vieillir et je passe le relais.
Ironie du sort, à ce moment très précis où mon ami pour l'homme affaibli que je représente,
c'est lui le plus fatigué des deux.
Je me fais le plus léger possible, je l'encourage avec le souffle,
on sort.
Intermède.
Oui à ce moment de la pièce, j’ai décidé de faire une pause.
Je sens qu’il faut un peu d’air après le solo de Cheng Wei.
Peut-être que ça n’est que moi qui ressent ça.
Parce que la fin de notre danse est lourde de sens sur ce que je commence à envisager pour mon avenir.
Mais peut-être que dans la salle, les plus sensibles à ce que nous racontons, partageront ce sentiment.
Quoi de mieux pour amener de l’air frais que de rire ?
Rire.
C’est une chose importante dans ma vie comme vous l’avez compris.
J’ai toujours mis un point d’honneur à injecter une dose d’humour plus ou moins conséquente
dans toutes mes pièces.
Dans les chroniques, il y a Cheng Wei dans le selfie,
Mike et moi avec nos imperméables,
certaines phrases que je dis dans « les couchers de soleil »,
il nous fallait rire encore un peu avant de parler de la suite.
J’avais d’abord pensé à faire une recette de cuisine.
Du moins la mettre à l’écran et élaborer quelque chose de drôle sur le plateau.
Mais je n’ai pas eu le temps de trouver la vidéo inspirante.
Et puis je voulais quelque chose où le public serait avec nous.
Il me restait une semaine pour trouver la bonne idée.
Pour ce soir, nous reprenons une recette déjà éprouvée dans « In Wei »
Nous parlons du mandarin.
Avec ces cinq manières de dire une syllabe qui engendrent autant de mots différents,
son nombre incalculable d’idéogrammes,
et ma difficulté à tenter d’apprendre cette langue
(et le pauvre Mike ne s’en sort pas mieux, vous vous souvenez ? non ? c'est en bas de cet article)
Alors je commence en présentant la langue,
et Cheng Wei finit en récitant un poème où l’auteur a fait la prouesse de n’utiliser qu’un seul son
pour raconter toute une histoire
(pour ceux que ça intéresse vous tapez « shi shi shi » sur votre moteur de recherche préféré et vous le trouverez)
Entre les deux, nous faisons compter le public.
Cela passe par la manière de compter sur ses doigts, qui est différente dans les deux pays
(et peut être à l’origine de certains quiproquos, surtout chez les danseurs !),
et la manière de dire les chiffres.
Quand je me retrouve face au public, je me rends compte qu’ils sont loin.
J’ai perdu l’habitude de présenter des spectacles
dans des salles où la jauge dépasse les cent (allez cent cinquante) personnes.
Cela explique peut-être pourquoi je ne les entendais pas rire pendant le reste de la pièce.
Je suis un peu décontenancé en réalisant tout ça alors que je commence mon speech.
Mais heureusement, comme au moment de « l’apparition » de début de spectacle,
la partie de moi qui doute est écrasée par la petite voix qui me dit : « bats toi »
Et puis, il y a eux, en coulisses, qui attendent.
Alors je me lance.
Je redoute un peu que tout le monde ne se lève pas au moment où on commence l’apprentissage des chiffres,
mais si on a réussi à faire se lever des taïwanais,
quatre fois,
et si je suis convainquant, ça sera pareil aussi.
C’est fou quand même tout ce qui peut passer dans une tête alors que tu es en train de raconter une histoire.
Ce choix a été le bon.
Le public s'est levé et j’ai vu des sourires.
Pas partout évidemment, mais juste assez pour que moi j’ai la force de continuer à croire à toute cette aventure.
Comme je vous disais tout à l’heure, j’ai besoin de sentir le public embarqué avec nous.
J’ai l’impression à ce moment, d’avoir rattrapé à la porte, ceux qui décrochaient.
Nous pouvons reprendre le cours du spectacle sereinement.
(enfin … surtout moi)
Impossible de me souvenir de « rentrer »
L’avons-nous fait ?
Peut-être que les interprètes de la compagnie qui lisent le blog nous diront la réponse.
En tous cas, ensuite, on a dansé l'épilogue.
Ce carillon,
ces images,
que d’émotion pour moi.
Presque dix ans de ma vie taïwanaise résumés en cinq minutes sur un écran.
Et puis, il y a ce qui se passe sur scène,
la première remontée des trois danseurs,
hérité de mon solo de 2009,
qui l’avait hérité de ma toute première pièce dix ans plus tôt.
La phrase principale
où Cheng Wei entre à ma place ...
Ce que j’ai dit à la fin de son solo se retrouve là dans le petit frère en pantalon noir et chemise blanche,
comme moi il y a neuf ans.
(j’ai d’ailleurs gardé ce même costume, même si le pantalon me serre aux cuisses bien plus qu’avant …)
Anaïs entre ensuite, je la regarde entrer à reculons,
et puis c’est mon tour et je fais les premiers pas les yeux plongés dans ceux de Wan Chu.
Que d’émotions !
Je me trompe d’ailleurs dans les pas.
Je n’avais qu’à me concentrer ...
Trop tard.
Mais je sais comment enchaîner,
ça n'est pas un drame.
Me revoilà assis à la table rouge, pour la dernière fois.
Les danses défilent comme les images.
Ils sont tellement beaux.
J’espère seulement ne pas les avoir embarqués dans une mauvaise voie.
La dernière phrase arrive.
Lente, circulaire,
avec cet équilibre à la durée aléatoire,
la jambe droite croisée sur la gauche sous un corps regroupé
attendant le « one » libérateur dans cette satanée musique aux comptes improbables.
Les spirales en solitaire chacun à son rythme,
et enfin Mike, à qui j’avais dit d’attendre mon regard pour nous rejoindre.
Que c’était bon de le regarder à ce moment-là.
Les tournesols.
Les quatre personnages qui marchent dans le soleil.
Voilà.
C’est fini.
Que s’est-il passé à l’applaudimètre ?
Honnêtement, je n’en sais rien.
Je me souviens de la série de « hugs » que nous nous sommes offerts.
De la traditionnelle discussion sur qui s’est trompé où.
J’ai mal dansé ce soir.
J’étais trop ému.
Mais c’est bien que cela arrive ce soir.
Maintenant, je sais.
Enfin je crois ...
On est allé se changer et j’ai demandé à Cheng Wei d’aller à la rencontre du public le premier.
Je l’ai suivi de près en cas de soucis de traduction
mais je sais qu’il est bon en « socializing » comme dit Wan Chu.
Dehors, (enfin, dans le hall), j’ai d’abord vu Anne-Marie.
(si vous avez déjà oublié qui c’est, c’est un peu gênant, c’est un peu plus haut dans le texte)
Je l’ai serrée fort dans mes bras.
Elle m’a dit de jolies choses sur ce qu’elle avait vu et sur ce que j’étais devenu.
Cela m’a fait du bien.
Un doux début pour l’épreuve des retours.
Je l’ai emmené trinquer à nos retrouvailles, au comptoir de la cafétéria.
Je lui ai présenté Cheng Wei
et c’est de cet endroit que j’ai reçu la plupart des retours de cette soirée.
La présence importante du texte a autant étonné que je le pressentais.
Ce que j’ai perçu au moment des couchers de soleil était juste,
il faudra que je pense à tout ça.
Cette nuit, probablement.
J’ai écouté d’autres avis.
De gens qui sont venus me parler directement ou dont j’entendais la conversation.
« il entend tout » disent toujours mes élèves, c’est parfois bien utile ...
Même si ça n’est pas toujours agréable.
Des inconnus nous ont souhaité bonne chance pour la suite,
un monsieur m’a demandé si c’était moi qui avait écrit le poème du thé
et a rajouté que l’on devrait le mettre en chansons.
Quelle drôle d’idée !
Mike et les filles sont arrivés entre temps.
Anaïs est allé voir William,
il y avait aussi sa sœur et son beau-frère (la sœur d’Anaïs, pas de William, vous me suivez ?)
J’aurais les retours familiaux demain probablement.
D’autres amis sont venus nous parler.
Je les ai écoutés, sans toujours entendre,
partant de temps à autre, loin, très loin dans mes pensées
dans un état bien complexe par lequel je suis passé souvent mais qui n’en est pas plus confortable.
Être présent sans vraiment l’être.
Comme si on était sonné après avoir pris un coup de poing.
(en fait, je n’en sais rien, je n’ai jamais reçu de coup de poing.
C’est quand même plus douloureux de toute façon.)
Enfin bon voilà, j’ai écouté.
Et j'ai tenté de me souvenir de tout ce qui valait le coup que je retienne,
en classant ce qui était de l’ordre de l’interprétation, de la chorégraphie, de la scénographie.
Cela allait sûrement infuser pour les prochaines fois.
J'ai regardé l’humeur des gens qui quittaient le site Picasso avec des souvenirs que j’espérais bons,
j’ai remercié,
j'ai souri bien que parfois encore ailleurs,
et je me suis accroché à mon verre de vin pour me donner la meilleure contenance possible.
Pendant ce temps-là, dans l’auditorium que nous venions de quitter,
nos trois compagnons s’affairaient.
Je suis allé les voir.
Leur dire merci.
Encore.
Certains avaient pris de l’avance.
Le volume sonore des rires était monté d’un cran.
Des petites plaques rouges commençaient à apparaître dans le cou de Cheng Wei.
Son allergie à l’alcool ...
Je me suis plongé dans l’euphorie générale en continuant à laisser traîner mes oreilles radar.
J’entends dans un dialogue malheureusement trop proche :
« bon ok il y a les taïwanais, mais sinon ... »
Cela fait très mal.
Je me sers un autre verre.
Il était temps de faire le selfie de la nouvelle étape.
Je suis allé chercher Anne, Fred et Joseph
et nous avons fêté cette semaine.
William, Anaïs, Magali, Wan Chu, Anne, Fred, Joseph, votre serviteur, Mike
et au premier plan avec cet indescriptible sourire, Cheng Wei.
Nous avons ri encore un peu,
souhaité une nouvelle fois un joyeux anniversaire à Mike,
qui avait transféré nos bouteilles du frigo de la loge à celui de la cafétéria.
Anaïs m’a dit que William avait beaucoup apprécié.
Sa sœur et son beau frère reviendront à Marseille avec le reste de la famille,
ce qui n’était pas prévu.
Elle a rajouté que le thé pendant le duo était très bon.
(cette fille n’a pas fini de m’étonner)
Ayant compris le mot « thé » dans la conversation en français,
Wan Chu en a profité pour m’indiquer que je mettais trop de feuilles,
et que c’était dommage d’en gaspiller.
Pas grave, celui-là, bien que taïwanais, je l’avais acheté en France.
En même temps, il m’avait couté plus cher que celui que j’avais ramené de l’île,
mais il avait nettement moins de valeur à mes yeux.
Et puis, il a fallu ranger les affaires et quitter la maison.
Sentiments mélangés.
L’euphorie de la fausse première et la mélancolie du départ.
C’était une bien agréable villégiature.
Joseph m’a dit : « vous revenez quand vous voulez »
Que les Dieux l’entendent.
En même temps, ce que je sens dans mon corps me fait présager un avenir plus incertain encore.
Et là,
j’écris la phrase de tous les derniers articles.
Anaïs et Mike ont rejoint leur famille et j’ai ramené les taïwanais à Allauch.
Il était plus de minuit.
Arrivés devant la villa, Cheng Wei a ouvert le portail,
Wan Chu m’a pris dans ses bras et m’a dit merci.
En voyant la chose, le petit frère m’a dit qu’il ferait bien pareil mais qu’il est déjà un peu loin et trop fatigué.
J’ai ri.
Je suis rentré chez moi à je ne sais plus quelle heure.
Je me suis fait un thé et j’ai écrit,
ces notes que j’ai perdues.
Il me semble que ma mémoire ne m’a pas trop faut défaut finalement.
Mais on sait que c’est ...
Par le prisme de temps, la saveur des choses se transforme.
C’est donc quand même encore un tout petit peu rageant ...
Hélas, Sylvain n’étant pas là,
il n’y a pas de traces vidéo de cette soirée.
C’est un immense regret.
Même si je sais qu’il y aura le film de la première marseillaise.
Mais quand même, celle-là, j’aurais vraiment aimé la garder dans ma vidéothèque.
Le lendemain matin, j’ai écrit sur la page Facebook de la compagnie :
« Cogiter dans la voiture après avoir ramené tout le monde à bon port.
Se souvenir des retours positifs et des critiques constructives.
Ne pas se laisser polluer par le reste.
Être conscient d'avoir fait autre chose que « d’habitude » et être prêt à entendre ce que ce « différent » génère.
Se sentir béni des dieux d'avoir été aussi bien accueilli dans la maison de Magali
et d'avoir autour de soi une équipe qui me fait confiance autant que je crois en elle.
Picasso c'est fini.
Hélas.
Prochain arrêt : Gardanne
Avec plaisir. »
Laurette, l’amie de Soussou a répondu :
« Belle route en espérant te croiser plus longuement la prochaine et qui sait peut-être au soleil
Bravo à vous 5
Hier, j’ai voyagé »
Magali a écrit :
« Très touchée Claude Aymon par ce beau voyage poétique et remplit d’amour.
Cela a été pour nous un immense plaisir de t’accueillir avec ta magnifique équipe.
Profite encore et encore de chaque instant de cette belle aventure que tu t’es offerte
et que tu as su si bien partager.
Belle route à tous, vous allez nous manquer. »
À nous aussi, vous allez nous manquer.



Commentaires
Enregistrer un commentaire