04/05/18 - la dernière ligne droite française - Jour 10 - Martigues - avancer tranquillement


Coup de chaud dès le matin,
une bien belle visite,
les danses s'installent,
le retour chez Jennifer








Vendredi 4 mai, 6h45


Je me suis pourtant octroyé 45 minutes de plus que prévu mais le réveil est ma foi toujours aussi rude.
De toute façon, je n’ai pas le choix,
il y a encore tant de choses à faire.
Après le passage obligé et salutaire par la cuisine,
je retrouve ma chaise en bois calée devant l’écran de l’ordinateur du bureau.
Je veux finir la vidéo de « rentrer » avant de partir répéter.

Rentrer avant de partir, tout un programme ...



Je fais les dernières images fixes nécessaires à la confection du film
(ce qui m’a permis de trouver de nouvelles manières d’aller de Kaohsiung à Marseille,
je testerai peut-être l'une d'entre elles lors d’un prochain voyage !)
et je transfère le tout sur mon logiciel de montage habituel.
À partir de là, il faut « juste » mettre les images dans l’ordre, et se lancer dans l’animation.

Je décide de faire au plus simple.

J’ai un étalon tout trouvé. :
comme il y a 24 images par seconde,
et que le tempo de la musique est à 120 battements par seconde,
il y a des diviseurs communs.

Vous n’avez rien compris ?

Pas grave.

Ce qu’il faut retenir de l’affaire c’est que c’est relativement facile à faire et que ça devrait aller vite.

Tout en regardant l’heure,
et aussi Messenger au cas où mes amis m’enverraient un message pour notre rendez-vous de 9h20,
je fais des allers retours entre le logiciel d’édition d’images et celui des vidéos.

Il y a parfois des erreurs dans les noms,
parfois la taille des flèches ou leur orientation ne convient pas.
J’ai aussi le casque sévèrement rivé sur les oreilles pour vérifier que musicalement cela tient la route.

Forcément, plus l’heure approche et plus je m’affole.

C’est ridicule.

Je pourrais tout simplement décider de finir ce soir ou demain.

Mais je tiens absolument à finir ce matin.
Je tente de garder mon calme, de vérifier scrupuleusement toutes les étapes pour éviter toute erreur ...


Mais ...

Vers 9h25, j’appuie sur le mauvais bouton.

Les 50 images bloquées dans le logiciel d’images se retrouvent dans un processus que je ne connais pas,
et que je ne pensais pas avoir demandé.

J’ai cliqué un peu trop haut , ou un peu trop bas,
en tous cas un peu trop vite.
La fameuse petite roue colorée que les utilisateurs d’Apple connaissent bien est en route
et ne semble pas vouloir s’arrêter.

(je crois que sur Windows c’était un sablier non ?)
Je tente d’arrêter la manœuvre, d’arrêter le logiciel, d’arrêter l’ordinateur ...

Je ne vais pas devoir le débrancher quand même !

Vite ! Prendre une décision.

Justement, depuis mon téléphone,
je vois que sur Messenger, Wan Chu me demande s’ils doivent emmener leurs valises avec eux
vu que ce soir ils repartent chez Jennifer.
Je lui dis que oui et j’en profite pour annoncer un retard indéterminé.
Je préviens aussi Anaïs.

Je leur enverrai un message quand je serai prêt à partir.
Vive la technologie …

Une fois que tout le monde est prévenu, un calme relatif revient.

Je vais me doucher, prépare mes affaires,
et laisse la machine reprendre ses esprits.

Quand je me rassois sur la chaise en bois, tout est rentré dans l’ordre.

Je reprends les diverses manœuvres et arrive à éditer un film que nous pourrons regarder aujourd’hui.
C’est déjà ça.



11h05,
message à tout le monde,
je pars enfin de chez moi.
Les amis en ont profité pour prendre un café au soleil.
Ils ont bien fait.

Récupération de mes collègues en catastrophe,
installation en un temps record de leurs valises dans le coffre,
et nous partons.

11h30,
je me gare sur le parking du site Picasso.
Il va falloir être efficace.
(oui, je suis allé un petit peu vite … mais bon, je crois que je n'avais pas trop le choix)

Quand j’ouvre la porte de l’auditorium.
Le plateau a changé.
Les techniciens ont habillé le plateau de ce qui pourrait être une mise en lumière de la pièce.
Le cyclo est d’un joli bleu presque violet et les chaises sont dans des points de lumière que j’aime bien.
Il manque l’éclairage latéral.
On en parlera cet après-midi.
J’annonce le programme :
barre et filage de tout dans la foulée.
On filme chaque partie.

Je me chauffe comme je peux en tentant de me calmer de l’aventure matinale.

Heureusement que l’ambiance est bonne.

Tout le monde comprend et bosse aussi bien que possible.

12h30,
on est prêt pour le filage.


Le prologue,


le solo de Wan Chu,



le duo au thé,


Comme l’heure avance et que je ne veux pas trop fatiguer tout le monde,
on passe directement au duo au parapluie.


13h30,
alors que nous dansons « Cijin »,
quelqu’un entre dans le théâtre.

Même dans la pénombre, je la reconnais.
Surtout avec sa crinière blonde !

C’est mon amie Soussou.

Elle m’avait prévenu qu’elle rentrait à la métropole et qu’elle passerait dans le sud.

J’avais même son horaire d’arrivée de train ce matin mais ...
je lui avais dit que je ne pourrais pas aller la chercher à la gare.

(et avec le recul, vu ce qu’il s’est passé ce matin, j’avais triplement raison)

Les dieux du temps sont avec nous : elle arrive au moment rêvé pour faire une pause.
Anaïs emmène Wan Chu et Cheng Wei au supermarché.

Ce sera elle la gardienne des enfants dans l'aire de jeux aujourd'hui.
Cela me laisse le temps de parler avec mon amie.

On a tant de choses à se dire.

14h45,
on retourne au théâtre et je passe un peu de temps en régie.

J’avais promis hier que l’on parlerait lumières.
La lumière, c’est un de mes points faibles.

J’aurais vraiment préféré que Fred, le magique Drichos, soit là pour faire tout ça.

Mais il ne sera libre que lundi.
Alors je tente des choses,
sûrement bien trop colorées connaissant les goûts du petit génie.
Il effacera tout si ça ne lui plait pas.
En tous cas, cela nous permet de nous habituer à danser avec des latéraux,
parce que ça il y en aura forcément,
et aussi à ne pas trop rester dans les zones qui ne seront pas éclairées
comme l’avant-scène ou le mètre près de l’écran au lointain par exemple.

Une fois qu'une série d'effets sont enregistrés dans la machine pour la semaine prochaine,
on reprend le filage où on en était,
avec Soussou dans le public.

Comme mercredi avec Magali, je suis dans mes petits souliers.

Mais je sais aussi que c’est une bonne chose.

Si je me plante, elle me le dira.

Mike n’étant pas là, pas de couchers de soleil aujourd’hui.
C’est mieux, on gagne du temps.
(sauf que ça n’est pas non plus aujourd’hui que je travaillerai mon texte)
On passe au solo de Cheng Wei, que je regarde depuis la salle.
et on finit par « Rentrer »
fraîchement appris la veille,
que je filme comme les autres danses du matin.
Je jetterai un œil à tout ça (enfin plutôt deux ou trois d'ailleurs) demain à la maison.



On va plus vite que je ne le pensais.
Probablement parce que les danses se passent de mieux en mieux.
Ou parce que je fais de plus en plus confiance aux danseurs.
Du coup, il me reste du temps ... mais pas tant que ça.
Je pourrais en profiter pour attaquer la dernière danse qui reste à construire, l'épilogue,
mais je sens que la fatigue est toujours là.

J’ai un peu peur qu’elle ne nous lâche plus jusqu’aux derniers jours.


Avant de passer à quoi que ce soit d'autre, je demande aux danseurs s’ils ont assez d’énergie
pour montrer à Soussou le solo de Wan Chu
et surtout, le duo au parapluie, dont elle est en partie la créatrice.
Ils ne refusent pas.

Bien au contraire.

Je crois que le plus fatigué c’est moi.

Ou alors ils cachent bien leur jeu.
Sûrement aussi qu’ils sentent qu’ils ont besoin de faire tourner toutes ces danses.

C’est certain que plus ils les feront et mieux ils se sentiront.
Le concept même de la répétition …

En tous cas, leur enthousiasme me fait plaisir.

Je vais dans la salle regarder avec notre invitée.

Pendant le duo, je crois avoir sentie Soussou bien émue.

Autant que moi en tous cas.

À moins que je projette ce que je ressens dans le regard de mon amie ?

C’est peut-être mieux de ne pas se poser cette question là.

Je prends cette émotion partagée et ça me fait le plus grand bien.

17h,
Soussou repart.

Elle reviendra la semaine prochaine.

Et ça me fait bien plaisir.

C’est Laurine qui l’emmène.

Une jeune femme que je ne connaissais que virtuellement et que je suis très content de croiser en vrai.
Elle a partagé la vie d’un danseur, enseignant, chorégraphe hip-hop,
Natho,
parti bien trop tôt le même été qu’un autre personnage haut en couleurs de la danse dans ce sud de la France, Babeth Angelvin.

Je me souviens encore du moment où on m’a appris son décès.

J’étais à Glory Pier.

Il nous reste un tout petit peu de temps.
Juste assez pour une petite chose.
Je choisis la transition qui suit la scène du bureau de tabac.

Nécessaire, ni trop long, ni trop énergivore.
Ça sera toujours ça de pris.

Pour cette ponctuation, j’ai une idée de danse qui permettrait à Anaïs et Wan Chu d’intervertir leurs rôles :
l’une doit rentrer sur scène, l’autre en sortir.
Ensuite, il faut que nous allions tous au sol à cour près de la chaise haute.
C'est là où nous commençons pour le solo de Wan Chu.
Pour Mike et moi, je ferai au plus simple.

Il faut que l’on se débarrasse de nos accessoires.

Son texte, mon sac,
une marche sera suffisante.

Pour les deux autres danseurs, je concocte un petit duo.

Puisqu’ils s’entendent bien, autant en profiter.


C’est un bon début, on peaufinera ça la semaine prochaine.
Alors si vous avez l'oreille un peu fine, vous avez peut-être entendu des voix d’enfants en arrière plan.
Ce sont les enfants du technicien son qui sont venus rejoindre leur père
mais il n’a pas voulu qu’ils restent trainer en régie …



Bref, c’est tout pour aujourd’hui.

Anaïs rentre chez elle et je ramène les taïwanais chez leur hôte préférée : Jennifer.
(je devrais peut-être écrire hôtesse d’ailleurs)



Comme hier, il y a les bouchons d’entrée de ville mais on n’est pas pressé.

La seule chose qui nous attend, c’est l’apéritif.

(« apéro » étant un des premiers mots que Jennifer a appris à ses invités).
Même si la route est longue, l’idée du bon verre de vin frais probablement assorti de bonne cochonnaille
me permet de prendre mon mal en patience.
Et puis je suis content, les choses avancent.
Sur la route, je pense à l’organisation des prochains jours.
Ce week-end, je vais les laisser souffler un peu.
Demain, on se voit juste pour un filage.
J’aurais pu faire une grande répétition où on aurait bouclé toutes les chorégraphes restantes,
mais il y a encore le 8 mai, où nous ne pourrons pas travailler à Martigues puisque c’est un jour férié.
Je finirai tout ce qu’il y a à finir ce jour-là.
Je sais que les échéances se rapprochent
mais déjà pour Sète et aussi pour la présentation publique de Martigues,
je n’ai aucune obligation de tout montrer.
Si on n’est pas prêt, on ne le danse pas en public
et on le répète jusqu’à ce que ça soit aussi bon que le reste.

Nous voilà chez Jennifer.


Wan Chu a pris son rosé, comme ... d’habitude.

(mon Dieu, elle a ses habitudes-là maintenant,
elle qui, lors de son premier séjour en France, disait que les français buvaient du vin
comme les taïwanais buvaient du thé et qu’elle n’était pas sûre d’aimer ça ...)
Nous autres, nous savourons un de ces excellents vins blancs dont la cave de notre hôte regorge.

Un Bourgogne, évidemment.
Jennifer est bourguignonne.

Ils me proposent de rester dîner et ma foi, j’accepte volontiers.
Un repas simple,
endives au jambon,
tarte aux framboises.

L’occasion de faire découvrir les endives à nos touristes.

Je rentre chez moi vers minuit,
fatigué mais heureux.

Là, je crois que j’ai le droit d’écrire
que l’horizon s’éclaircit vraiment.





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