09/05/18 - la dernière ligne droite française - jour 15 - Martigues - le « filage arrêté »


pas de notes dans les carnets,
la lumière prend toute sa place,
une après-midi surprenante,
la nouvelle douleur qui ne s'en va pas









Mercredi 9 mai, 14h


14h,
c’est l’heure à laquelle nous nous sommes replongés dans les lumières artificielles de l’auditorium.
Enfin je crois.

Parce que je n’ai aucune trace de cette journée.
Comme pour hier matin,
Et aussi, si vous suivez assidument le blog, pour certains autres jours de la semaine précédente.
C’est ce que j’appelle un jour blanc.

La fatigue, les urgences, l’appréhension des jours clés qui approche
ont fait que mes carnets et mon appareil photo sont restés au fond du sac
sans me permettre de pouvoir partager avec vous des souvenirs très précis de la journée.
Cela m’arrive souvent quand le jour J approche.

Heureusement, ce jour-là, d’autres que moi ont pris des photos …
Il y a celles de Fred
(qui fait aussi des photos, et des très belles d’ailleurs,
vous pouvez jeter un oeil à sa galerie ici)
et puis quelqu'un d’autre dont je vous parlerai plus tard.
Grâce à ces clichés, je peux commencer à vous raconter.


Ce mercredi, nous avons dû pouvoir garder le rythme des jours précédents.
Je mise sur une arrivée aux alentours de 10h avec une vitesse de croisière conservée.
Il y a eu une barre succincte parce que le matin, nous avons surtout travaillé pour Anne et Fred.
Peu de danse, mais une présence sur scène indispensable
pour que le patron puisse peaufiner sa machinerie à sublimer ce dont j'ai rêvé.


C’était un mercredi,
donc Anaïs n’était pas là le matin.
Elle donnait ses cours juste à côté et n’arrivait qu’à 14h.
On était en pleines vacances scolaires mais elle les avait maintenus
car, avec les spectacles, elle allait être absente les deux semaines suivantes.

Donc non, sur la photo, ça n’est pas Anaïs qui porte un bonnet
mais Soussou, qui était venue nous rendre à nouveau visite,
(elle nous l'avait promis)
et avait endossé la tache quelque peu rébarbative de doublure lumière.

Forcément, cela a généré un nombre certain de fous rires
parce que la danseuse est consciencieuse.
Et elle avait mis un point d’honneur à apprendre le plus d’éléments possibles de la partition d’Anaïs.
Elle dansait donc des bribes de chorégraphies entre trois marches, deux courses, un demi porté.
Pour la séquence des couchers de soleil, j’avais laissé Wan Chu et Cheng Wei lui expliquer.
Elle avait assuré le rôle de la fille aux cheveux rouges à la perfection.

La passation de pouvoir s’est faite au déjeuner.

Anaïs nous a rejoints et Soussou a pu regagner les gradins.

Vitesse de croisière et matinée light ...
Le 14h que je vous annonçais tout à l'heure me paraît plus que probable.
À cette heure-là, nous avons fait la barre avec Anaïs.
Complète, celle-là.


Cette photo là, c’est Soussou qui l’a prise
.

Nous nous sommes ensuite lancés dans un « filage » arrêté.
C’est à dire un déroulé parties par parties
où on vérifie que tout ce que j'ai indiqué à l'équipe technique lundi et ce matin
(à quel moment on doit lancer telle musique, telle vidéo)
et tout ce que Fred a imaginé, fonctionne.
On arrête entre chaque séquence pour faire le point si nécessaire.

Ce qui s’est passé ?
Je m’en souviens comme si c'était le mois dernier.

Soussou était dans le public et on a commencé.

Mike a déroulé son premier texte au micro,

et comme il n'y a pas eu de gros souci particulier,
on a enchaîné avec le prologue,
qui n’a pas posé de problèmes non plus alors on a continué avec le bureau de tabacs.

Et puis le fabuleux Joseph, qui jusque là avait lancé musiques et vidéos aux moments parfaits,
a fait partir la musique du solo de Wan Chu sans attendre que je le dise.
Ça devait être assez bien, vu de là-haut.
Alors on a fait « the kiss of an angel », la transition entre le bureau de tabac et son solo,
puis, Wan Chu a dansé
et Mike a dit son texte en amenant les accessoires pour le duo au thé.

Je me suis assis à la table et j’ai entendu les premières notes du piano.

Je me souviens m’être dit : « sacré Joseph ... il se souvient de tout ... »
On ne s'est donc pas arrêté à ce moment-là non plus.
On a évidemment dansé ce duo, qui est la chose que nous connaissons le mieux,
depuis le temps ...

Je me rappelle l’émotion de voir le texte défiler à l’écran, à la bonne taille, au bon endroit,
pendant que je sortais au lointain, à cour.

Quand je suis arrivé en coulisses, la guitare de « la traversée » a commencé.

Ils avaient laissé tourner la vidéo.

En coulisses Cheng Wei m’a demandé si je n’avais pas annoncé un filage arrêté.

Je lui avais répondu en souriant : « yes ... but well ... »
Alors nous avons regardé la vidéo des coulisses,
pour la première fois de cet endroit et sur un si grand écran,
et puis Cheng Wei a arrondi son dos, s'est mis à compter et ...
il est rentré sur scène.
J'avais été impressionné par la réactivité de mes amis.
Pas un seul retard, pas une remarque désobligeante sur le fait que nous ne faisions pas ce qui était prévu.
Rien.
Ils dansaient.
C'est tout.

Nous sommes allés comme ça,
de transition en transition,
jusqu’au bout de la pièce.


Cette photo me rappelle une anecdote.
Peut-être est-elle arrivée ce jour-là ?
À ce moment précis, le phare de la digue nord, au départ, je voulais que l’on soit en ligne au bord de la coulisse
pour que le public puisse plonger dans l'image sans être perturbé par notre présence.
Mais le déplacement en marche lente qui nous amenait à cette ligne ne fonctionnait jamais..
C'est drôle, le point de départ de la marche est l'autre photo de Fred un peu plus haut,
celle où Soussou et son bonnet sont là.
Vous nous imaginez donc aller d'une photo à une autre.
Mais je m'égare totalement.
Je vous disais donc que le déplacement ne fonctionnait pas.
On n'avait pas assez de temps, on se croisait maladroitement.
Alors que l'on cherchait comment résoudre les problèmes, quelqu’un de l’équipe a dit :
« pourquoi ne pas se mettre en diagonale ? »
J’ai gardé l’idée parce que c’était le plus facile.
On aurait le temps de revoir la chose après la présentation publique.

Mais quand j’ai vu la photo, je me suis dit que c’était LA solution.


Quelle après-midi !

Il y a bien-sûr eu des erreurs,
j’ai évidemment bafouillé dans mes textes,
mais pour la première fois, nous avons dansé la pièce
jusqu’au bout.
Je me souviens de mon esprit, de mon coeur,
du poids dont ils se sont délestés.
Soussou qui devait normalement partir avant la fin du filage arrêté
puisque réglages il devait y avoir,
a pu voir la pièce en entier.
Je me souviens avoir été aussi étonné que content de ça,
peut-être même que j’ai été un peu fier.

Du coup, je pense que c’est ce jour-là que je me suis autorisé à envisager
une transition plus riche qu’un simple duo entre Mike et moi
pour connecter « la traversée » au duo au parapluie,
aussi drôle soit-il.
Et là, comme vous n’êtes pas dans ma tête, vous vous demandez de quoi je parle.
En fait, à la fin de « la traversée », je viens raconter au public l’importance qu’a le scooter dans la vie des taïwanais.
(je suis d'ailleurs bien essoufflé quand je commence mon discours)
Je finis mon speech en expliquant que le seul moment où ce moyen de transport n’est pas très agréable,
c’est quand il pleut.
Ce qui permet à Mike d’entrer en scène avec un de ces fameux kways taïwanais
qui sont aussi moches que peu onéreux,
et de me forcer à en enfiler un.
De là, on va s'assoir sur les deux chaises, à jardin
et Mike dit le texte qui fait l’ouverture du duo au parapluie.
Vu qu’il nous reste encore une répétition vendredi,
je me dis que l’on peut aller plus loin et réaliser ce que j’avais déjà depuis longtemps dans un coin de la tête.
Je ne vous en dis pas plus, on en reparlera quand on sera vendredi.




Pour revenir à mercredi, on a dû retravailler tout un tas de choses le reste de l’après-midi,
une fois ma joie calmée d’avoir traversé cette chose germée dans ma tête il y a ...
Je ne sais plus tiens.

Quand est-ce que j’ai eu l’idée de faire cette pièce-là ?


On a dû râler sur « la traversée »,
revoir « the kiss of an angel » parce que le porté était fragile,
probablement reparler de tout un tas de placements qui ne fonctionnaient pas encore.

On a dû rire.

On a dû se plaindre de nos genoux pourtant pourvus des bandes magiques.
Mais sans aucun doute, on a été heureux.


Pour le soir, je me souviens d’une chose.

La douleur qui est apparue la veille pendant la répétition et que j’avais glacée le soir,
a continué de faire des siennes.

Si elle ne m’a pas vraiment empêché de danser,
j’ai décidé
(enfin … les danseurs m’ont poussé à le faire)
de me faire remplacer par Anaïs le soir pour le cours de La Ciotat.

La douleur était bizarre.
Pas comme les soucis musculaires habituels.
Pas non plus comme les grippages ou les déplacements vertébraux
qui font depuis un certain temps partie de ma vie quotidienne.

C’était autre chose.

Qui forcément m’inquiétait.

À suivre ...


Les Dieux du temps étant une fois de plus avec moi,
demain, jeudi 10 mai, c’est le jeudi de l’Ascension.
Nous ne pourrons pas venir à Martigues.

J’ai bien fait de mettre tout le monde au repos.

Moi en particulier ...



Nous l’avons bien mérité.

Je vous laisse avec cette petite vidéo de fin de répétition,
où ce cher Mike essaie de parfaire son mandarin
Comme je dis souvent, le mandarin, c'est pas rien ...







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