17/09/18 - 1 - Taiwan été 2018 - Jour 54 (1) - encore un déjeuner
s'occuper l'esprit pour chasser la tristesse,
en vain.
mais retrouver les amis pour un repas chaleureux
C’est à peu près à cette heure-là que mon cerveau assez désembrumé m’a dit :
« ça y est, on y est, c’est le dernier »
Il y a peu de temps que j’ai ouvert les yeux.
Du moins, que j’ai ouvert les yeux sans les refermer en me disant que ça n’était pas encore le moment.
Je me désincruste du lit et lance les rituels du matin.
Pas de radio aujourd’hui.
La langue française reviendra dans mon univers bien assez tôt.
Je trempe dans ma tasse de thé les biscuits offerts par Beï Ji.
Ça me change de ce qui fut mon ordinaire ces deux derniers mois.
Rien à voir avec les cookies de supermarché (aussi bons qu’ils aient pu être).
Sacré Beï Ji, il a encore été magistral cette fois-ci.
Voilà de quoi a été constitué mon dernier petit-déjeuner taïwanais de l’année.
Alors oui … on en est déjà à deux ... et ça n'est pas près de s'arrêter :
plus que jamais dans cet article vous allez très souvent lire l’adjectif dernier …
désolé mais il n’y a pas vraiment de synonymes, à part ultime … ou définitif.
Mais ça serait un peu trop pompeux,
ou alors hors-sujet.
Un petit déjeuner définitif … ça n’a pas de sens.
Pas trop le temps de traîner, il y a les trois sacs à organiser et l’appartement à nettoyer avant d’aller rejoindre mes amis pour notre dernier (qu’est-ce que je vous disais ?) déjeuner ensemble.
À l’attaque.
10h,
finalement, pour meubler le silence qui ne me va pas très bien au moral, j’allume la radio.
C’est l’heure d’une émission culinaire astucieusement appelée « on va déguster ».
Elle parle de ce que l’on mange en Calabre.
J’écoute distraitement les discussions et les recettes pendant que je remplis le gros sac noir.
Première attaque au plexus.
Sans aucun facteur déclenchant (si ce n’est celui de faire mes affaires), ma barbe se remplit de larmes.
Je songe à arrêter mon activité pour écrire ce que je ressens mais non … je n’ai pas le temps.
Je m’en souviendrai quand-même …
Partir le lendemain de tout ça, c’est vraiment pire que tout.
J’espère ne plus avoir à le revivre.
Ces tee-shirts sales iront au fond du sac avec les chaussures.
10h30,
première pause sur le balcon.
Le ciel est banalement bleu et blanc.
La colline de Gushan s’étale tranquillement au loin.
Les croix des églises, les toits des temples, les immeubles, la rumeur de cette ville,
Dieu que ça va me manquer.
Je pleure à nouveau.
Vite.
S’occuper l’esprit.
Je quitte le balcon.
Les pantalons roulés cela prend beaucoup moins de place et en plus, ils sont moins froissés.
Je ne sais plus qui m’a donné cette idée.
Peut-être Naïm le jeune chorégraphe de Malaisie.
Je le revois rouler des pantalons qu’il avait acheté au night market le jour de son retour au pays.
Laisser des affaires chaudes pour l’arrivée en Europe et aussi de quoi être propre pour le voyage de ce soir,
voilà tout est rentré dans le gros sac.
Deuxième pause.
Je retourne sur le balcon fumer une pipe et jouer à des jeux stupides pour me changer des idées qui ne veulent pas être changées.
Je pleure encore.
Message de Wan Chu.
Jim ne pourra pas se joindre à nous.
Il n’a qu’une heure de pause et beaucoup trop de travail, mais on le verra à la gare ce soir.
Heureusement ! J’aurais vraiment été contrarié de ne pas avoir pu le remercier pour tout ce qu’il a fait.
À toute chose malheur est bon, si Jim ne vient pas, nous avons plus de latitude pour les horaires.
Cheng Wei lance un « alors peut-être à 12h30 ? » qui arrange tout le monde.
Je ne peux pas encore remplir les deux autres sacs dans la configuration qu’ils auront ce soir.
L’ordinateur va m’être utile cet après-midi et il va dans le sac vert.
Quant au sac marron, je pars déjeuner avec.
Alors je fais des tas.
Poche droite, poche gauche, poche centrale, intérieur du sac vert.
Une fois que tout ça aura disparu de mon champ de vision, ce qui restera ira dans le sac marron.
Les bagages sont aussi prêts que possible, je peux m’occuper de la maison.
Au premier coup de balai, une nouvelle salve de larmes.
Cette journée va être un calvaire.
Je finis quand même ce premier nettoyage général et organise les dernières poubelles en fonction du tri sélectif.
12h15,
la douche est prise, je suis sur le départ.
La clé noire … mais ça n’est pas encore la dernière fois.
Dans l’ascenseur, j’envoie un message à Anaïs :
« rendez-vous sur le quai, direction Sizhiwan, hélas »
Je salue le gardien et me fond dans la foule agitée des alcôves.
Il fait beau, j’ai mis mes sandalettes.
(et donc, j’ai acheté des sandalettes, et je ne me souviens plus du tout quand …)
Au niveau d’Hebei une lanière claque.
Dommage, elles sont neuves.
Je la cale comme je peux et je rejoins Formosa.
12h25,
je suis sur le quai.
Le son d'un rire familier m’arrive depuis l’escalator.
J'entends la jeune femme aux cheveux rouges bien avant de la voir.
Le rire d'Anaïs, il faudra que j’enregistre cette marque de fabrique un jour.
En tous cas, cela m'annonce qu'ils ont l’air de bien aller.
C’est déjà ça.
12h40,
nous sortons de terre à Yanchengbu et prenons la direction de l’ouest sur Wu Fu road.
Dernière balade dans le quartier.
J’essaie de donner le change mais je suis épuisé d’avoir pleuré, comme à chaque fois que ça m’arrive.
12h43,
nous arrivons au restaurant.
(c’est très précis hein ? Ne me demandez pas pourquoi. C’est noté dans le carnet donc c’est vrai)
Wan Chu et Cheng Wei sont en grande discussion.
On s’installe.
Ils finissent ce qu’ils ont à se dire et nous disent bonjour.
Peut-être est-ce une suite de débriefing du spectacle ?
Pas du tout.
Ils parlaient de Yung Hua.
Décidément, cette jeune femme fait beaucoup parler d’elle.
Wan Chu a dit à notre ami qu’elle ne pensait pas qu’elle était faite pour lui.
Je suis tout à fait d’accord.
Cheng Wei est pensif.
Il y a surement quelque chose au fond de lui qui dit la même chose.
Quand va-t-il se l'avouer ?
À suivre.
Il est temps de passer la commande.
Comme je vous le disais dans l’article précédent, nous sommes retournés dans un endroit qu’Ha Bao nous a fait découvrir en mars dernier.
En fait, plus qu’un restaurant c’est un salon de thé.
Mais au sens propre.
Ici, c’est le thé qui est important.
On n'y trouve que des grands crus.
L'après-midi, on le sert avec quelques pâtisseries et à midi un menu simple est proposé.
Il est constitué d'une viande ou d'un poisson avec quelques accompagnements.
Pour le choix, cette fois-ci, c’est assez facile.
(et c’est une bonne chose … vous vous souvenez qu’Anaïs et William sont des professionnels de l’hésitation devant un menu)
Pour la traduction aussi.
Là où on risque de prendre du temps, c’est pour le thé.
L’ambiance est aux fous rires.
Wan Chu opte pour le poisson :
« c’est bon pour la mémoire »
Et c’est vrai que notre amie peut facilement oublier des pans entiers de journée … ou de chorégraphie.
On rit.
Et on enchaîne avec un second fou rire quelque peu désespéré :
le poisson en question est celui dont nous avons tenté de prononcer le nom la veille en ne comprenant pas comment le dire correctement.
(nous n’avons pas mieux réussi aujourd’hui)
Cheng Wei lui, hésite, dans les accompagnements.
Il nous explique qu'une grande partie des ingrédients proposés sont bons pour la santé selon la médecine chinoise.
« je vais prendre ça, c’est bon pour la vue »
Nouvelle raison de rire.
Je dis à mon ami que je ne suis pas sûr que la vue soit tant son point faible que ça.
S’il y avait quelque chose pour le détendre, ça serait peut-être plus utile.
Tous ces rires.
Je retrouve l’euphorie que nous avions hier avant de commencer le spectacle.
Ce plaisir d’être ensemble et d’en savourer chaque minute.
C’est sûrement mieux comme ça.
Mieux que de passer le déjeuner à pleurer comme je l’aurais probablement fait si j’avais été seul.
Je n’ai pas noté dans mon carnet ce que nous autres français avons mangé.
J’ai juste écrit que nous avons tout apprécié.
Notre repas est presque terminé, les thés sont en préparation.
Je ne sais pas si je vous l’ai dit,
(c’est fort possible mais dans le doute …)
ici, trés souvent, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, on ne boit pas le thé pendant le repas mais après, sauf si vous le spécifiez au moment de la commande.
Le temps qu’il soit servi, je vais fumer dehors.
Histoire de soupirer sans plomber la bonne ambiance qui règne autour de la table.
Cheng Wei m’accompagne.
On allume nos pipes.
Je lui dis quelque chose qui me traîne dans la tête depuis la première représentation :
« Cheng Wei, je voudrais que tu gardes ce spectacle pour ta compagnie.
Comme on dit en France, que tu l’inscrives à ton répertoire.
Comme ça vous pourrez le redanser plus tard, que je sois là … ou pas
- mais ça ne sera pas pareil sans toi
- ça sera différent … mais ça sera bien aussi
- peut-être mais je ne veux pas
- Cheng Wei …
- qu’est-ce que tu peux être négatif ! on a parlé d’un nouveau projet hier soir … on le fera »
Il a raison.
Je suis négatif.
Mais je sens des choses dans mon corps qui m’annoncent une fin certaine.
J’ai une vingtaine d’années de plus qu’eux, je ne veux pas être un vieux danseur qui s’accroche à sa carrière passée.
Je me suis toujours dit qu’il fallait que j’arrête avant d’être dans cet état.
Et je sens que ça approche.
Mais mon ami a décidé que ça n’était pas maintenant.
Du moins, il ne veut pas en entendre parler et change de sujet de conversation.
Il a une idée d’activité pour cette après-midi.
À défaut de la traditionnelle excursion d’après spectacle, il nous propose un massage.
L’idée est bonne …
mais je me souviens qu’un jour où l’on passait devant un hôtel sur Wu Fu Road, il m’avait raconté avoir dormir là quand il était en tournée avec la Cloud Gate company.
Ils avaient eu des massages … qui étaient très … physiques.
« c’est comme le massage que tu m’as raconté ?
- plus ou moins
- il faut quand même que ça détende hein ?
- oui oui ne t’inquiète pas je dirai aux masseuses d’aller doucement »
Je ne suis pas sûr d’avoir totalement confiance.
« on en parlera tout à l’heure avec Anaïs et William.
Je ne sais pas s'ils ont fini de faire leurs affaires.
S'ils ont le temps, pourquoi pas ?
Moi je dois finir de ranger l’appartement »
(fabuleuse raison pour botter en touche ... ces massages … je ne suis pas sûr d’avoir confiance)
Je profite que nos pipes ne soient pas finies pour lui montrer ma sandale cassée.
« tu connais un cordonnier ?
- oui … mais on va plutôt aller au magasin les changer
- mais je les ai déjà mises une ou deux fois
- et alors ? »
Bon, ici cela doit être possible.
S’il le dit ...
« je t’y emmènerai tout à l’heure »
Quand on rentre, les thés sont servis.
Et là, je me souviens que j’ai pris un Alishan, et qu’il était très bon.
(attention ! interrogation ! que veux dire le Shan de Alishan que l’on retrouve dans Gushan et dont je vous ai parlé à propos de Fo Guan Shan ? j’attends vos réponses)
Wan Chu quant à elle a choisi un thé japonais servi avec du lait.
Problème, il n’est pas sucré.
Quand on voit la tête qu’elle fait quand elle le goûte,
quand elle nous explique qu’elle n’aime pas (ce qui était particulièrement évident)
et surtout quand elle nous dit qu’elle n’ose pas demander du sucre à la serveuse, évidemment, on rit.
J’aurais dû filmer ce moment où pour sucrer la boisson, elle mangeait un petit morceau de pâtisserie avant chaque gorgée avec un air à mi-chemin entre le dégoût et le désespoir.
Finalement, Cheng Wei s’est levé et est allé demander du sucre à la serveuse.
14h30,
on lève le camp après avoir organisé la suite de l’après-midi.
Anaïs et William qui ont accepté de relever le défi du massage, irons au salon en bus.
(à trois sur un scooter, c’est un peu délicat).
Le trajet étant assez long, Cheng Wei m’emmènera entre temps au magasin de chaussures et les rejoindra.
Wan Chu vaque à ses occupations et nous rejoindra à la gare avec Jim.
Je profite donc d’une dernière balade en scooter.
C’est un cadeau qui me semble bien plus agréable qu’un massage.


Je donne ma langue au chat pour Shan 😅😂…
RépondreSupprimerJ’avais pris bien du retard dans ma lecture du blog … ce qui m’a permis un fort agréable moment de lecture pour ce dimanche 💝
Que de travail derrière cette création sensible … que d’émotions bien compréhensibles … bravo bravo bravo !
Je ne sais comment en plus tu arrives à prendre autant de notes de tout cela…
Quel plaisir pour nous de pouvoir toucher du doigt ce que ça a été de l’intérieur… c’est un beau cadeau - un de plus ! - que tu nous fais…. Merci ! 🙏😘