Cijin

retour dans un de mes endroits préférés,
si loin et si proche des rumeurs de la ville,
voir la mer, ceux qui partent par ses chemins,
et le soleil qui se donne en spectacle









Lundi 7 août
5h03.

Il est 5h,
Kaohsiung s’éveille.
(très facile je sais mais je n’ai vraiment pas pu m’en empêcher).

Il y a juste un nuage blanc qui se délite dans ce ciel particulièrement bleu.
J’aurais dû le filmer.
Enfin je l’aurais fait si je l’avais su.
De toute façon, pour le filmer il aurait fallu que j’aie le pied que j’ai perdu l’autre jour.
J’aurais peut-être dû tenter de demander au bureau de la station de métro s’ils l’avaient ?
Était-ce vraiment nécessaire ?
Pour un nuage ...

À propos de prévisions météo, je vérifie comment va se passer cette journée.
Plus de typhon,
plus de tempête,
ça devrait aller.

Quand il est minuit sur France Inter, le bleu est déjà plus pâle,
le soleil arrive de derrière les montagnes de l’est.
Je mange des brioches aux raisins avec mon thé au jasmin.
Il ne me reste plus grand chose, même en biscuits de secours.
Il va falloir organiser une expédition au supermarché
(d’autant que j’en ai vu un plus près que le précédent).

Je passe la matinée à écrire des choses que vous avez déjà lues.
Le ciel, s'il se maintient ainsi, augure d’un beau début de soirée.
Il n'y a que ce faible risque de pluie, annoncé sur le site officiel de la météo taïwanaise qui pourrait gâcher la fête.
On verra bien.

À midi,
n’ayant pas le courage de chercher un endroit anglophone où je pourrais manger,
je passe au Seven Eleven acheter des macis.




Et ici, il y en a des tas.
Des triangulaires, des cylindriques,
des plus petits
façon grosse pièce de monnaie pour jeu d'enfants.

Comme je ne sais jamais trop ce qu’il a dedans,
je choisis ceux où l'on peut distinguer ce que l'on mange,
où ceux, enroulés dans une feuille d'algues séchée.
Il y a une petite image.
J’arrive à peu près à voir si c’est de la viande ou du poisson,
comme sur celui que j'aime bien, qui doit être au thon.
Il y en a un autre avec un poisson rose,
je pense que c'est du saumon
(à moins qu'il y ait un autre poisson aussi de cette couleur),
je crois aussi avoir reconnu des huitres sur un autre.
Il faudra que j'essaye.





Je déjeune de tout ça à l’appartement en buvant une bière bien fraîche,
ce qui entraîne une semi sieste digestive alors que je tente de trouver des séries de mots sur un jeu de ma tablette.
Quand j’émerge, j’ai une mélodie en tête.
Je passe sous la douche (oui non là, il fait beaucoup trop chaud en fait)
et je m’y mets.

J’en profite pour retoucher les musiques déjà en route
(dont je vous parlerai peut-être bientôt),
l’une d’entre elles a une trop longue introduction.
En musique comme en danse, j’aime bien que les choses prennent du temps pour s’installer
mais je sais que je suis presque le seul à aimer que ça dure aussi longtemps.
Les élèves m’ont fait la remarque une fois en cours
et je sais (vu ce qu'ils m’en ont dit) qu’Anais les squeeze quand elle me remplace …
Alors je fais un peu plus attention.

Le ciel se charge.
Cette foutue Météo Taiwan avait encore raison.
(en fait c’est assez moche Météo Taiwan, ça marche bien sur Météo France mais là …).

En écrivant tout ça dans mon carnet, je me rends compte que je me paye le luxe
de n’avoir d’autre inquiétude que la couleur du ciel …
Une vie en business class,
pendant quelques jours.

Bon alors ?
J’y vais ? J’y vais pas ?
les nuages ont l’air de se diriger vers le nord.
L’ouest est dégagé, je tente la mer.

16h45,
je consulte le site des transports en commun.
Je n’aurai jamais le 248 de 17h.
On va viser le 17h20.

Pendant que je prends une troisième douche, je transfère les nouvelles musiques sur la tablette,
ça sera l’occasion d’entendre ce que ça donne ailleurs.


En route pour la gare routière.
Sur le plan que la dame regarde d'un air médusé, il y a l'organisation des lignes autour du bâtiment central.
J'aurais l'occasion de vous en parler une autre fois.
(décidément, j'ai encore plein de choses à vous dire).

J’écoute tranquillement Echo and the Bunnymen quand le bus arrive.
Il a cinq minutes d’avance ?
Ou alors j’ai mal regardé.

Quand je valide la carte, le chauffeur sourit et me dit le traditionnel « long time no see »
Il se souvient de moi ? De l’an dernier ?
Je lui souris à mon tour et vais m’installer dans une des rangées de sièges au fond.

La ville défile par la fenêtre.
Formosa boulevard,
ZhongZheng road,
le pont sur la Love River,
Yangchenbu,
Pier 2,
les rails vont déjà jusqu’au futur terminus.
La station intermédiaire est prête,
la dernière, accolée à la sortie principale du métro est encore en travaux.
O1 s’appelait Sizhiwan jusque là.
Parce qu’elle permettait de rejoindre ce quartier qui est à une petite demi heure plus loin.
Un second nom est apparu sous le premier.
Hamasen,
qui est l’autre nom de Gushan, que justement nous traversons.

L’arrêt de la gare du ferry.
Je descends en remerciant le chauffeur comme il se doit.
Il n’y a pas trop de monde qui attend à l'embarcadère.
L’avantage d’aller se promener en semaine.
Les week-ends, les petits bateaux sont pleins à craquer.
En plus, je n'attends pas trop longtemps :
à cette heure-là, il y a des navettes toutes les cinq minutes.

Embarquement.
Les portillons s'ouvrent.
D'abord les scooters, puis les piétons.
Je monte tout de suite sur le bastingage à bâbord, pour pouvoir voir la ville.

Le voyage est court mais me fait toujours le même effet.
Vu d’ici, je trouve cette ville très impressionnante.


Avec ma nouvelle musique dans le casque,
je ne me rends pas compte que je bloque le passage des autres voyageurs
jusqu’à un jeune ose me taper sur l’épaule.
Je les laisse passer en m’excusant platement.


Le parc des expositions, et sa forme bizarroïde.
Mon point de repère sur les quais quand je suis près de chez Wan Chu et Jim.
L’an dernier, il n’était pas encore inauguré.


Changement de bastingage.
La lumière crue du soleil qui ne se couche pas encore nous réserve souvent des belles choses.


Nous voilà à Cijin.
Je laisse passer ces touristes endimanchés.
Mère et fille en tutus,
cette autre demoiselle dont on distingue la chemisette beige vaporeuse sous le parapluie qui lui sert d’ombrelle.
Je sors de la gare et tourne à droite pour longer le chenal.
Quelques vieux sur les bancs,
des pêcheurs sur les barrières,
et la vue sur les collines de Kaohsiung,
Gushan, plus petite,
et Soushan, au fond.


et dire que je pensais m’être lassé de tout ça ...

Cette route qui s’enfonce un peu dans les terres,
on tourne à droite avant le temple,
et on rejoint l’autre route qui relie le phare en haut de la colline, au bord de la mer.
Derrière nous, le centre ville.
les collines de Gushan et Sushan,
Yanchengbu, l'ancien quartier dynamique à côté du port,
le 85 building,
les quais de Cijin.


Voilà le quai,
le dernier,
avant le grand large.


Là aussi quelques pêcheurs,
et cette pauvre touriste toute de noire vêtue, juchée sur ces talons, qui a l’air de souffrir le martyre.
Ces camarades de jeu sont déjà en route pour le fort de Cihou, près du phare, sur le sommet de la colline ..
Avec toutes les marches et la côte un peu raide,
ça ne va pas être simple pour elle.

Le bout du quai.
Pas la peine d’aller plus loin.
C’est déjà magique.

Je m’installe dans les rochers,
sort le tabac, la pipe, et la bière de mon sac
puis, je le cale dans les rochers.
Il va me servir de socle pour surélever l’appareil photo caméra.


Les vagues, le soleil et moi.
J’enlève mon casque,
ouvre la canette de bière,
me prépare une pipe,
je suis bien.


Le soleil va plonger à l’horizon,
des cargos entrent au port,
certains le quittent pour un voyage de nuit,
jusqu’à Hong Kong ? Manille ? Singapour ?
Ça c’est une chose que j’aimerais faire si j’avais le temps et l’argent,
faire le voyage depuis l’Europe en bateau.
Prendre le temps.


Il y a aussi ces petits bateaux de pêcheurs qui s’en vont juste bosser au large.
J’irais bien faire un tour avec eux aussi.

Et ce ciel qui m’offre à nouveau ce magnifique cadeau.
J’ai une chance inouie et je la savoure.


Je reste là, jusqu’à la tombée de la nuit.
Je tente à nouveau (et désespérément) de prendre en photo un des petits bateaux qui passent au crépuscule, mais il n’y a pas assez de lumière pour mon appareil en réglage automatique.
Je le sais bien,
mais j’essaie,
toujours.
Et ça ne marche pas toujours pas.

Je quitte mon fauteuil dans les roches juste avant la nuit noire.
Les pêcheurs de nuit sont installés le long du quai.
Avec leurs glacières, leurs radios, et les points verts fluos au bout de leurs cannes .
J’arrive à prendre une ou deux photos de Kaohsiung.
Comme disait l’autre, c’est beau une ville la nuit.


Dans la petite rue d’avant le temple,
les télés sont allumées,
un chien reste dehors, presque au frais,
ces deux dames discutent dans leurs fauteuils en plastique,
elles n’ont pas bougé depuis mon voyage aller.

Au dessus des palmiers de la rue, on distingue le beffroi de la gare de Cijin.


On attend un peu à l'embarcadère,
les bateaux sont passés à la fréquence du soir.

Même rituel : les scooters d'abord, puis nous.
Pour ce voyage de retour, j’ai un petit banc pour moi tout seul.
juste à l’angle entre la poupe et le bastingage.
Je vois Cijin s’éloigner,
Kaohsiung défiler majestueusement,
on croise un ferry jumeau qui retourne vers Cijin.

Il est aussi bruyant que celui sur lequel je suis,
ils sont probablement bien trop pollueurs,
mais je les aime.

19h45.
Je suis au débarcadère, je vois le 219 arriver.
Parfait.
Il va pouvoir me déposer à l’entrée du métro.
Il y a une de ces cuisines dont je vous parlais l’autre jour.
Je prends des raviolis, des omelettes, et des petits pâtés,
un de chaque parce que je ne sais jamais ce qu’il y a dedans.
Ils ont chacun un dessin différent pour les reconnaître mais j’oublie tout le temps.
C’est peut-être mieux comme ça, j’ai un dîner plus varié.

19h55
Je suis à Hamasen, à l’arrêt du 248,
l’indicateur me dit qu’il est là dans moins de cinq minutes.
Parfait timing.

20h,
je monte dans le bus,
c’est le même chauffeur !
Cette fois-ci, il engage un peu la conversation.
Mes voyages réguliers au ferry l’intriguent :
« vous travaillez ici ?
- oui
- vous êtes un pêcheur ? »
Moi,
travailler au port …
Je n’aurais jamais pensé qu'on puisse l'imaginer.
Et puis, je comprends.
En fait, il pense que je travaille à Gushan.
En montrant la ville je lui réponds :
« non je ne travaille pas ici, je travaille là-bas
- ooooh … »
Je pense que la prochaine fois, il osera me demander quel travail je fais …

Nous traversons la ville éclairée.
La Love River est multicolore et étincelante comme d’habitude.
ZhongZheng road, et ses boutiques spécialisées dans l'organisation des mariages,
Formosa,
ZhongShan.

Nous sommes au carrefour de Cisian road.
Le feu est rouge.
J’ai un doute.
Est-ce que ce bus va à la gare à cette heure-là ?
S'il part vers l’est, je vais devoir marcher ...
Mais je n’ai plus le temps de regarder sur le site des transports de la ville.

Le feu passe au vert,
le bus tourne à gauche.
Je m’affole, j’appuie sur le bouton arrêt.
Un peu trop tard.
Le chauffeur arrive juste à s’arrêter à la station.
Je l’entends râler.
« Sorry
- oooh ! it’s you ?! ... ok ... no problem »
Ça a du bon d’être un étranger dans un pays où on aime les accueillir.
Je le remercie, reviens sur mes pas et prends Zongshan road jusqu’à l’appart’.
Hebei et Henan road sont belles ce soir.


La balade au bord de mer,
suivi des petits pâtés encore chauds,
voilà un de ces rituels que j’aime tant.

Je souris au gardien souriant,
et monte vite avaler mon dîner car je vais boire un verre avec Cheng Wei dans moins d'une heure.

Et ça (aussi !), je vous en parlerai une autre fois …



À Cijin, j'y suis retourné le mercredi,
(j’espère bien d’ailleurs y retourner avant la fin de mon séjour)
mais j’y suis arrivé trop tard.
Arrivé à la gare routière, le 248 de 17h20 m’est passé sous le nez.
Le suivant m’a fait arriver à Gushan quand le soleil était prêt à plonger.


L’occasion quand même de reprendre une photo du port de Kaohsiung,
en faisant gaffe cette fois de ne gêner personne …


Un des bateaux de pêcheurs dont je vous parlais plus tôt, a croisé la route du ferry.
Ils sont plus magiques de nuit mais bon, je vous un montre un.


À mon arrivée à Cijin, je savais que j'avais raté une partie du spectacle.









Le soleil se cachait déjà derrière la colline de Cihou,
découpant la forme du phare dans un ciel sur le point de virer à l’orange.
Mais je n'avais pas envie de me presser.
Tant pis pour les photos.
De toute façon, ça serait quand même beau,
la bière serait quand même fraîche
et je pourrais toujours rêver au passage des bateaux.








Et ma foi, j’ai bien fait de prendre mon temps.
Car le soleil m’avait attendu.
Il s’était somptueusement posé sur l’horizon
embrasant le ciel d’un rouge qui avait poussé la couleur de l'eau vers un de ces outremers profonds.


Nous n’étions que deux à surprendre ce moment
alors que sur l'autre rive, sur le belvédère de Sizhiwan, ils étaient si nombreux …
Tant mieux pour nous.

J’ai attendu sagement que tout le rouge disparaisse,
et que la mer reprenne la couleur qu’on lui connaît.
Il y a des cargos, comme tous les soirs …


Il y avait de la musique en face, et même au stade de base ball près de l’université.


Ici, tout était calme.


Je suis reparti à la nuit tombée,
comme d’habitude.
En essayant de capter les dernières couleurs qui résistaient à la nuit.


Kaohsiung était encore belle.


Il y a eu plus de monde sur le ferry.
Des touristes chinois que les cars attendaient à Gushan.
Je suis rentré avec le 248 de 20h que j’ai pris directement au débarcadère
sans m’arrêter pour m’acheter quoi que ce soit,
et j’ai attendu sagement qu’il me dépose à la gare,
sans m’inquiéter quand il a tourné à gauche sur Cisian
(bon ok, cette fois-là, j’ai vérifié avant …).
Ça n'était pas le même chauffeur,
ça n'a pas non plus été la même soirée,
plus calme, avec de la glace et un film à la télé.

Mais ça n'a rien changé au plaisir que j'ai, d'aller me poser à Cijin,
le temps que le soleil passe de l'autre côté.








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